{"id":811,"date":"2013-04-10T11:18:56","date_gmt":"2013-04-10T10:18:56","guid":{"rendered":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/?p=811"},"modified":"2013-04-10T11:25:38","modified_gmt":"2013-04-10T10:25:38","slug":"on-navait-pas-vu-ca-en-grece-depuis-loccupation-liberation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/on-navait-pas-vu-ca-en-grece-depuis-loccupation-liberation\/","title":{"rendered":"\u00abOn n\u2019avait pas vu \u00e7a en Gr\u00e8ce depuis l\u2019Occupation\u00bb | Lib\u00e9ration"},"content":{"rendered":"<p>Lib\u00e9ration | 30 janvier 2012<\/p>\n<div>\n<p><img decoding=\"async\" itemprop=\"image\" alt=\"Le Parth\u00e9non \u00e0 Ath\u00e8ne et le drapeau europ\u00e9en\" src=\"http:\/\/md0.libe.com\/photo\/377102\/?modified_at=1327905877&amp;ratio_x=03&amp;ratio_y=02&amp;width=476\" \/><\/p>\n<div>Le Parth\u00e9non \u00e0 Ath\u00e8ne et le drapeau europ\u00e9en (Photo Louisa Gouliamaki. AFP)<\/div>\n<div>\n<h2 itemprop=\"description\"><strong>Pendant que les n\u00e9gociations sur l\u2019effacement de la dette grecque se poursuivent, la mairie d\u2019Ath\u00e8nes fournit deux repas par jour \u00e0 des salari\u00e9s licenci\u00e9s victimes des plans d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et menac\u00e9s de famine. Une situation que certains Grecs n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 comparer au temps de l&rsquo;Occupation.<\/strong><\/h2>\n<div itemprop=\"author\">Par\u00a0<strong>MARIA MALAGARDIS<\/strong>\u00a0Envoy\u00e9e sp\u00e9ciale \u00e0 Ath\u00e8nes<\/div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>Tous les jours, la m\u00eame sc\u00e8ne : \u00e0 midi, une foule silencieuse se presse devant les grilles de la mairie d\u2019Ath\u00e8nes, \u00e0 deux pas de la place Omonia. Combien sont-ils ? Une centaine ? Bien plus encore ?\u00a0<em>\u00abLe soir, ils sont deux \u00e0 trois fois plus nombreux\u00bb,<\/em>\u00a0soupire Xanthi, une jeune femme rousse, charg\u00e9e par la mairie\u00a0<em>\u00abde g\u00e9rer la foule\u00bb<\/em>. L\u2019ambiance est tendue quand les grilles s\u2019ouvrent enfin, et qu\u2019une longue cohorte se forme jusqu\u2019au stand o\u00f9\u00a0l\u2019on distribue un Coca-Cola light et une sorte de pur\u00e9e de patates dans une gamelle en plastique.<\/p>\n<p>Certains tentent de doubler, d\u2019autres de repasser une seconde fois. Il y a des cris, des disputes, tout doit aller tr\u00e8s vite : la distribution ne dure qu\u2019une demi-heure. Et tant pis pour les retardataires ! Gestes f\u00e9briles, regards fuyants, ils s\u2019accrochent \u00e0 leur repas qu\u2019ils avalent rapidement assis dans la cour. Au milieu des quelques marginaux et des vieillards aux v\u00eatements us\u00e9s, on remarque tout de suite cette nouvelle cat\u00e9gorie de citadins jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent peu habitu\u00e9s \u00e0 qu\u00e9mander sa nourriture. La plupart d\u2019entre eux refusent de parler aux journalistes, d\u00e9tournent la t\u00eate d\u00e8s qu\u2019on les aborde.<em>\u00a0\u00abIls ont honte\u00bb,<\/em>\u00a0confie Sotiris, 55\u00a0ans, qui s\u2019est retrouv\u00e9 au ch\u00f4mage apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 vingt ans dans une compagnie de s\u00e9curit\u00e9.\u00a0<em>\u00abMais en Gr\u00e8ce, les allocations ch\u00f4mage ne durent qu\u2019un an\u00bb,<\/em>\u00a0rappelle-t-il. Tirant nerveusement sur sa cigarette, il \u00e9voque sa femme, malade du cancer et alit\u00e9e, ses deux fils, aussi au ch\u00f4mage, qui vivent sous le m\u00eame toit.\u00a0<em>\u00abQue va-t-on devenir ?<\/em><em>Je n\u2019ai plus d\u2019argent et je ne peux m\u00eame plus payer les traites pour mon appartement ! Bient\u00f4t, ils viendront le saisir\u00bb,<\/em>\u00a0s\u2019affole-t-il. Juste avant de partir, il demande un euro, murmurant :\u00a0<em>\u00abJuste pour un caf\u00e9. J\u2019en ai oubli\u00e9 le go\u00fbt.\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Ann\u00e9es fastes.<\/strong>\u00a0En Gr\u00e8ce, on les appelle les\u00a0<em>\u00abn\u00e9opauvres\u00bb,<\/em>\u00a0ou encore les \u00abSDF avec iPhone\u00bb : des salari\u00e9s vir\u00e9s d\u2019une des nombreuses PME qui ont fait faillite, des fonctionnaires licenci\u00e9s \u00e0 la suite des mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 prises depuis deux ans. Tous se sont retrouv\u00e9s au ch\u00f4mage, alors que les cr\u00e9dits \u00e0 la consommation les avaient pouss\u00e9s \u00e0 se surendetter pendant les ann\u00e9es fastes. Qui ne sont pas si loin : entre\u00a02000 et\u00a02007, la Gr\u00e8ce affichait encore un taux de croissance prometteur de\u00a04,2%. Puis la crise bancaire de\u00a02008\u00a0et l\u2019annonce coup de tonnerre d\u2019un d\u00e9ficit budg\u00e9taire record de\u00a012,7%\u00a0du PIB fin\u00a02009\u00a0ont fait s\u2019effondrer, comme un ch\u00e2teau de cartes, une \u00e9conomie aux bases trop fragiles pour r\u00e9sister au jeu sp\u00e9culatif des march\u00e9s.<\/p>\n<p>Premier pays \u00abd\u00e9grad\u00e9\u00bb d\u2019Europe, la Gr\u00e8ce est aujourd\u2019hui le plus mal not\u00e9 par les agences financi\u00e8res. Travail au noir, fraude fiscale, administration inefficace : les maux sont connus et une grande partie de la population accepte la n\u00e9cessit\u00e9 des r\u00e9formes structurelles exig\u00e9es par \u00abMerkozy\u00bb, comme on appelle ici le tandem Angela Merkel-Nicolas Sarkozy, qui domine les n\u00e9gociations \u00e0 Bruxelles. Mais les plans d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9s au pays depuis le printemps\u00a02010 passent mal. Ils frappent en priorit\u00e9 les salari\u00e9s et les retrait\u00e9s, qui ont vu leurs revenus diminuer, voire dispara\u00eetre quand ils ont \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9s, et leurs imp\u00f4ts, pr\u00e9lev\u00e9s \u00e0 la source, augmenter de fa\u00e7on exponentielle. R\u00e9sultat ? En deux ans, le nombre de sans-domicile-fixe a augment\u00e9 de\u00a025% et la faim est devenue une pr\u00e9occupation quotidienne pour certains.<\/p>\n<p><em>\u00abJ\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 m\u2019inqui\u00e9ter lorsqu\u2019en consultation j\u2019ai vu un, puis deux, puis dix enfants qui venaient se faire soigner le ventre vide, sans avoir pris aucun repas la veille\u00bb,<\/em>\u00a0raconte Nikita Kanakis, pr\u00e9sident de la branche grecque de M\u00e9decins du monde. Il y a une dizaine d\u2019ann\u00e9es, l\u2019ONG fran\u00e7aise avait ouvert une antenne en Gr\u00e8ce pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019afflux aussi soudain que massif d\u2019immigr\u00e9s clandestins sans ressources.\u00a0<em>\u00abDepuis un an, ce sont les Grecs qui viennent nous voir. Des gens de la classe moyenne qui, en perdant leurs droits sociaux, n\u2019ont plus droit \u00e0 l\u2019h\u00f4pital public. Et depuis six mois, nous distribuons aussi de la nourriture comme dans les pays du tiers-monde,\u00a0<\/em>constate le docteur Kanakis, qui s\u2019interroge.\u00a0<em>Le probl\u00e8me de la dette est r\u00e9el mais jusqu\u2019o\u00f9 peuvent aller les exigences de Bruxelles, quand des enfants qui ne vivent qu\u2019\u00e0 trois heures d\u2019avion de Paris ou Berlin ne peuvent plus de soigner ou se nourrir ?\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>Diktats.\u00a0<\/strong>Jeudi, une sc\u00e8ne insolite s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e au c\u0153ur d\u2019Ath\u00e8nes, sur la place Syntagma, juste en face du Parlement : des agriculteurs venus de Th\u00e8bes, \u00e0\u00a083 km de la capitale, distribuent \u00a050\u00a0tonnes de patates et d\u2019oignons gratuitement. Annonc\u00e9e \u00e0 a t\u00e9l\u00e9vision, la distribution tourne vite \u00e0 l\u2019\u00e9meute. Tout le monde se pr\u00e9cipite sur les \u00e9tals. A nouveau des disputes, des cris.\u00a0<em>\u00abOn n\u2019avait pas vu \u00e7a depuis l\u2019Occupation\u00bb,<\/em>\u00a0peste Andreas qui observe le spectacle \u00e0 distance. L\u2019occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale avait provoqu\u00e9 une terrible famine qui reste dans toutes les m\u00e9moires.<\/p>\n<p>Mais si le mot revient si souvent pour d\u00e9crire le retour de la faim qui frappe les classes moyennes, c\u2019est aussi en r\u00e9f\u00e9rence aux diktats de Bruxelles, et plus encore de Berlin.\u00a0<em>\u00abTous les trois mois, on nous menace de faillite imm\u00e9diate et on nous ordonne d\u2019\u00e9trangler encore plus les plus pauvres. L\u2019argent qu\u2019on nous promet ? Ce sont des pr\u00eats qui ne servent qu\u2019\u00e0 rembourser nos cr\u00e9anciers !\u00bb<\/em>\u00a0s\u2019exclame Andreas.<\/p>\n<p>Employ\u00e9 dans une entreprise maritime, il rit en \u00e9voquant l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de supprimer les treizi\u00e8me et quatorzi\u00e8me mois des salari\u00e9s du priv\u00e9. Comme beaucoup d\u2019employeurs, le sien ne lui verse aucun salaire depuis des mois.\u00a0<em>\u00abLes patrons invoquent la crise pour \u00e9viter de payer leurs employ\u00e9s\u00bb,<\/em>\u00a0se plaint-il. Puis, se tournant vers l\u2019ancien Palais royal qui abrite le Parlement, il ajoute :\u00a0<em>\u00abIci, il y a\u00a0300\u00a0cr\u00e9tins qui suivent un gouvernement non \u00e9lu par le peuple. Est-ce qu\u2019ils ont diminu\u00e9 leur train de vie ? Les fonctionnaires de l\u2019Assembl\u00e9e touchent toujours seize mois de salaires et personne \u00e0 Bruxelles ne s\u2019en pr\u00e9occupe.\u00bb<\/em><\/p>\n<p><strong>\u00abLaboratoire\u00bb.<\/strong>\u00a0Loin d\u2019avoir, comme en Italie, provoqu\u00e9 un sursaut national face \u00e0 la crise, Loukas Papademos, le Premier ministre \u00abtechnocrate\u00bb nomm\u00e9 en novembre, brille surtout par son silence. Alors que le pays n\u00e9gocie \u00e0 nouveau sa survie en promettant de nouvelles mesures de rigueur, la seule interview qu\u2019il a accord\u00e9e \u00e9tait destin\u00e9e au\u2026\u00a0<em>New\u00a0York Times.<\/em>\u00a0Andreas en est persuad\u00e9 :<em>\u00a0\u00abNous vivons sous une dictature \u00e9conomique. Et la Gr\u00e8ce est le laboratoire o\u00f9 l\u2019on teste la r\u00e9sistance des peuples. Apr\u00e8s nous, ce sera le tour des autres pays d\u2019Europe. Il n\u2019y aura plus de classe moyenne.\u00bb<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lib\u00e9ration | 30 janvier 2012 Le Parth\u00e9non \u00e0 Ath\u00e8ne et le drapeau europ\u00e9en (Photo Louisa Gouliamaki. AFP) Pendant que les n\u00e9gociations sur l\u2019effacement de la dette grecque se poursuivent, la mairie d\u2019Ath\u00e8nes fournit deux repas par jour \u00e0 des salari\u00e9s licenci\u00e9s victimes des plans d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 et menac\u00e9s de famine. 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