{"id":848,"date":"2013-04-10T12:03:51","date_gmt":"2013-04-10T11:03:51","guid":{"rendered":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/?p=848"},"modified":"2013-04-10T12:05:55","modified_gmt":"2013-04-10T11:05:55","slug":"en-espagne-les-papys-font-de-lassistance-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/en-espagne-les-papys-font-de-lassistance-le-monde\/","title":{"rendered":"En Espagne, les papys font de l&rsquo;assistance |\u00a0Le Monde"},"content":{"rendered":"<p>M le magazine du Monde\u00a0|\u00a0<time itemprop=\"datePublished\" datetime=\"2012-10-19T12:24:36+02:00\">19.10.2012 \u00e0 12h24<\/time>\u00a0\u2022 Mis \u00e0 jour le\u00a0<time itemprop=\"dateModified\" datetime=\"2012-10-20T13:42:34+02:00\">20.10.2012 \u00e0 13h42<\/time><\/p>\n<p>Par\u00a0<a href=\"http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/journaliste\/sandrine-morel\/\">Sandrine Morel<\/a><\/p>\n<div id=\"articleBody\" itemprop=\"articleBody\">\n<figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Pilar, 65 ans, aide son fils en gardant le petit Mario, elle soutient aussi financi\u00e8rement sa fille a\u00een\u00e9e, m\u00e8re c\u00e9libataire, en lui versant 600 euros par mois. | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\" alt=\"Pilar, 65 ans, aide son fils en gardant le petit Mario, elle soutient aussi financi\u00e8rement sa fille a\u00een\u00e9e, m\u00e8re c\u00e9libataire, en lui versant 600 euros par mois. \" src=\"http:\/\/s1.lemde.fr\/image\/2012\/10\/18\/534x267\/1777229_3_07a2_pilar-65-ans-aide-son-fils-en-gardant-le_20c2632f08f77ad4fa32c6844654d30f.jpg\" width=\"534\" height=\"267\" data-lazyload=\"false\" \/><figcaption data-caption=\"Pilar, 65 ans, aide son fils en gardant le petit Mario, elle soutient aussi financi\u00e8rement sa fille a\u00een\u00e9e, m\u00e8re c\u00e9libataire, en lui versant 600 euros par mois. | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\">Pilar, 65 ans, aide son fils en gardant le petit Mario, elle soutient aussi financi\u00e8rement sa fille a\u00een\u00e9e, m\u00e8re c\u00e9libataire, en lui versant 600 euros par mois. | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Ils sont \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9cole, aident \u00e0 boucler les fins de mois, sans oublier d\u2019aller manifester contre l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 pr\u00f4n\u00e9e par Bruxelles. Les \u00ab\u00a0abuelos\u00a0\u00bb sont devenus l\u2019un des derniers piliers d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 chancelante.<\/strong><\/p>\n<p>Ses lunettes de vue se balancent autour de son cou, tandis que Pilar Goytre, 65 ans, court derri\u00e8re son petit-fils de 2 ans. Elle lui attrape la main avant qu&rsquo;il ne s&rsquo;approche trop pr\u00e8s de la route et reprend son chemin, direction les terrains de jeux du fleuve Manzanares. Tous les vendredis, cette grand-m\u00e8re dynamique, cheveux blonds grisonnant coup\u00e9s \u00e0 la gar\u00e7onne, vient chercher Mario \u00e0 la sortie de la cr\u00e8che de Puerta del Angel, un quartier populaire du sud-ouest de Madrid. Devant les grilles, comme elle, de nombreuses\u00a0<em style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">abuelas\u00a0<\/em>(grands-m\u00e8res) attendent.<\/p>\n<p>Selon une enqu\u00eate du minist\u00e8re de la sant\u00e9 et des politiques sociales, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des grands-parents espagnols s&rsquo;occupent de leurs petits-enfants quotidiennement et ils sont pr\u00e8s de 70 % \u00e0 les prendre en charge durant les vacances scolaires. En Espagne, les grandsparents ont toujours occup\u00e9 une place centrale mais avec la crise, leur aide est devenue plus que jamais une n\u00e9cessit\u00e9. Une \u00e9tude du Conseil \u00e9conomique et social d&rsquo;Espagne (CES), qui regroupe les partenaires sociaux, estime \u00e0 422 600 le nombre de foyers vivant en 2011 gr\u00e2ce \u00e0 la pension des grands-parents sur 17 millions de foyers. C&rsquo;est 21 % de plus qu&rsquo;un an plus t\u00f4t.<\/p>\n<figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Chaque vendredi, Pilar, 65 ans, traverse Madrid en m\u00e9tro pour s'occuper de Mario, 2 ans, apr\u00e8s la cr\u00e8che.\u00a0 | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\" alt=\"Chaque vendredi, Pilar, 65 ans, traverse Madrid en m\u00e9tro pour s'occuper de Mario, 2 ans, apr\u00e8s la cr\u00e8che.\u00a0Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\" src=\"http:\/\/s1.lemde.fr\/image\/2012\/10\/18\/534x267\/1777228_3_83b7_chaque-vendredi-pilar-65-ans-traverse-madrid_4ab038a455e1ebbce800aef686d7ff5d.jpg\" width=\"534\" height=\"267\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<p>Pilar, retrait\u00e9e depuis le mois de mars, fait trois quarts d&rsquo;heure de m\u00e9tro pour s&rsquo;occuper de Mario jusqu&rsquo;au retour de son fils Miguel et de sa belle-fille Virginia. A 37 ans, ils sont tous deux des\u00a0<em style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">mileuristas<\/em>\u00a0(ils gagnent 1 000 euros par mois). Lui est employ\u00e9 d&rsquo;une agence de voyage, elle, agent de contr\u00f4le de la qualit\u00e9 dans un laboratoire. S&rsquo;offrir une nounou \u00e0 temps plein : impossible. Mais Pilar ne s&rsquo;en plaint pas.\u00a0<em style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">\u00ab\u00a0Je suis amoureuse de mes petits enfants\u00a0\u00bb<\/em>, proclame-t-elle en tendant un biscuit en forme de dinosaure au petit Mario. Maintenant que ses deux autres petits-enfants, n\u00e9s de sa fille a\u00een\u00e9e, ont grandi (ils ont 8 et 11 ans), Pilar s&rsquo;en occupe moins. Mais elle aide d&rsquo;une autre fa\u00e7on leur m\u00e8re, Claudia, 43 ans.\u00a0<em style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">\u00ab\u00a0Je lui donne 600 euros tous les mois pour qu&rsquo;elle puisse s&rsquo;en sortir,<\/em>\u00a0explique-t-elle.\u00a0<em style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">Elle travaille dans une agence de communication mais avec la crise, c&rsquo;est compliqu\u00e9. Et puis, elle est s\u00e9par\u00e9e et le p\u00e8re des enfants ne paie pas la pension alimentaire. Elle a un cr\u00e9dit immobilier \u00e0 rembourser, beaucoup de frais&#8230; Elle n&rsquo;y arrive pas seule.\u00a0\u00bb Ancienne responsable administrative, Pilar estime qu&rsquo;elle a\u00a0<em>\u00ab\u00a0une bonne pension\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0: 1 500 euros par mois.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Je suis une privil\u00e9gi\u00e9e<\/em>, ajoute-t-elle, la retraite moyenne \u00e9tant de 950 euros.\u00a0<em>Cela me permet d&rsquo;aider mes enfants.\u00a0\u00bb\u00a0<\/em><\/em><\/p>\n<p>Manuel Martinez, lui aussi, joue les soutiens de famille. Chaque jour, il s&rsquo;occupe de ses petits-enfants, Borja, 4 ans, et Iker, 6 ans, \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9cole San Bernardo, au bord du Rio Manzanares.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Je les am\u00e8ne le matin et je viens les chercher&#8230; avec le go\u00fbter; puis on les aide \u00e0 faire leurs devoirs, on les baigne et on leur donne le d\u00eener. A 20 heures, leurs parents viennent normalement les chercher mais comme ils habitent loin, en banlieue, on les garde parfois la nuit\u00a0\u00bb<\/em>, raconte le grand-p\u00e8re, l&rsquo;air \u00e9puis\u00e9.<em>\u00ab\u00a0S&rsquo;ils ne s&rsquo;en occupaient pas, l&rsquo;un de nous devrait arr\u00eater de travailler<\/em>\u00ab\u00a0, explique sa fille Beatriz, venue exceptionnellement pour une r\u00e9union avec le directeur. Concierge, elle gagne 1 200 euros par mois. Son mari, employ\u00e9 dans la construction, alterne les petits boulots et les longues p\u00e9riodes d&rsquo;inactivit\u00e9. Tandis que les grands-parents, \u00e0 eux deux, cumulent 1 900 euros de retraite.\u00a0<em>\u00ab\u00a0On ne leur donne pas d&rsquo;argent mais de la nourriture\u00a0\u00bb<\/em>, pr\u00e9cise Manuel. Sa femme, Margarita, pr\u00e9pare non seulement le repas pour ses petits-enfants, mais aussi pour sa fille et son gendre qui emportent de quoi manger le soir et le lendemain midi. Manuel trouve tout cela normal.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas le moment de jeter l&rsquo;argent par les fen\u00eatres\u00a0\u00bb<\/em>, estime-t-il. Pendant les vacances d&rsquo;\u00e9t\u00e9, toute la tribu est partie ensemble et c&rsquo;est encore Manuel qui a pay\u00e9,\u00a0<em>\u00ab\u00a0une semaine dans un h\u00f4tel \u00e0 Benidorm, et le reste dans notre maison de campagne \u00e0 la Rioja\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le go\u00fbter, les devoirs, le bain, le d\u00eener de Borja, 4 ans, sont pris en charge tous les jours par le grand-p\u00e8re Manuel. &quot;Et comme les parents habitent loin, on le garde parfois la nuit.&quot; | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\" alt=\"Le go\u00fbter, les devoirs, le bain, le d\u00eener de Borja, 4 ans, sont pris en charge tous les jours par le grand-p\u00e8re Manuel. &quot;Et comme les parents habitent loin, on le garde parfois la nuit.&quot; \" src=\"http:\/\/s1.lemde.fr\/image\/2012\/10\/18\/534x267\/1777227_3_af6a_le-gouter-les-devoirs-le-bain-le-diner-de_ab9a15713bc797092ca0faaf2a25462b.jpg\" width=\"534\" height=\"267\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<p><strong>FILET DE S\u00c9CURIT\u00c9<\/strong><\/p>\n<p>En Espagne, plus de 1,7 million de foyers comptent la totalit\u00e9 de leurs membres au ch\u00f4mage et pr\u00e8s de 300 000 familles ont perdu leur logement depuis le d\u00e9but de la crise. Alors pourquoi le pays n&rsquo;explose-t-il pas ? Les \u00e9conomistes et les sociologues apportent tous la m\u00eame r\u00e9ponse :<em>\u00ab\u00a0le poids de l&rsquo;\u00e9conomie souterraine\u00a0\u00bb<\/em>, qui repr\u00e9senterait entre 20 et 25 % du PIB national. Mais surtout,\u00a0<em>\u00ab\u00a0la solidarit\u00e9 familiale\u00a0\u00bb<\/em>, v\u00e9ritable filet de s\u00e9curit\u00e9 en cas de coup dur. Une expression presque trop faible pour r\u00e9sumer le r\u00f4le que jouent les grands-parents dans la crise actuelle. El\u00e9ments essentiels de la soci\u00e9t\u00e9, ils pallient les d\u00e9faillances du syst\u00e8me social, \u00e0 commencer par le manque de place dans les cr\u00e8ches publiques ou leurs horaires souvent incompatibles avec une vie professionnelle. Ils sont l\u00e0 aussi pour h\u00e9berger ceux qui ont perdu leur logement, prendre le relais des indemnit\u00e9s ch\u00f4mage quand ces derni\u00e8res arrivent \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance ou payer les vacances.<\/p>\n<p>Pourtant, la crise les frappe eux aussi doublement : tout d&rsquo;abord comme tous les citoyens, ils subissent la politique d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 du gouvernement espagnol (leurs pensions ont \u00e9t\u00e9 gel\u00e9es en 2011 et revaloris\u00e9es d&rsquo;\u00e0 peine 1 % en 2012, bien moins que l&rsquo;inflation, proche de 3 %) ; par ailleurs, ils doivent \u00e0 pr\u00e9sent payer une partie des m\u00e9dicaments, jusqu&rsquo;alors gratuits pour les retrait\u00e9s. Les seniors souffrent aussi en tant que parents, la crise frappant leurs enfants et leurs familles, lesquels se reposent souvent sur eux \u00e9conomiquement, mais aussi moralement.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je suis convaincue que la g\u00e9n\u00e9ration de mes enfants ne vivra pas aussi bien que nous\u00a0\u00bb<\/em>, regrette Pilar, attrist\u00e9e de voir son pays\u00a0<em>\u00ab\u00a0reculer\u00a0\u00bb<\/em>. Indign\u00e9e, elle a d\u00e9cid\u00e9 de lutter contre les cons\u00e9quences de la crise\u00a0<em>\u00ab\u00a0en aidant\u00a0<\/em>(sa)\u00a0<em>famille mais aussi en sortant dans la rue\u00a0\u00bb<\/em>. Comme beaucoup d&rsquo;autres\u00a0<em>abuelos<\/em>, elle est au premier rang des manifestations qui d\u00e9noncent les injustices sociales et les coupes budg\u00e9taires dans l&rsquo;\u00e9ducation et la sant\u00e9 publiques. Elle fait partie des Yayoflautas, terme qui d\u00e9signe la section troisi\u00e8me \u00e2ge des \u00ab\u00a0indign\u00e9s\u00a0\u00bb, les v\u00e9t\u00e9rans de ce mouvement de contestation citoyen n\u00e9 au printemps 2011.\u00a0<em>Yayo<\/em>\u00a0signifie papy en castillan,<em>flautas<\/em>\u00a0(fl\u00fbtes) fait r\u00e9f\u00e9rence au terme p\u00e9joratif\u00a0<em>perroflautas<\/em>\u00a0(chien-fl\u00fbtes), utilis\u00e9 par l&rsquo;ancienne pr\u00e9sidente de la r\u00e9gion de Madrid, Esperanza Aguirre pour d\u00e9signer les \u00ab\u00a0indign\u00e9s\u00a0\u00bb, qu&rsquo;elle associait \u00e0 des hippies jouant de la fl\u00fbte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leur chien.<\/p>\n<figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Avec sa pension de 1 500 euros par mois, Pilar s'estime &quot;privil\u00e9gi\u00e9e&quot;. En plus d'aider son fils en gardant le petit Mario, elle soutient financi\u00e8rement sa fille a\u00een\u00e9e, m\u00e8re c\u00e9libataire, en lui versant 600 euros par mois. | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\" alt=\"Avec sa pension de 1 500 euros par mois, Pilar s'estime &quot;privil\u00e9gi\u00e9e&quot;. En plus d'aider son fils en gardant le petit Mario, elle soutient financi\u00e8rement sa fille a\u00een\u00e9e, m\u00e8re c\u00e9libataire, en lui versant 600 euros par mois. \" src=\"http:\/\/s1.lemde.fr\/image\/2012\/10\/18\/534x267\/1777230_3_a5c0_avec-sa-pension-de-1-500-euros-par-mois-pilar_526e692f7818dfb0131779feafa1e4b6.jpg\" width=\"534\" height=\"267\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<p><strong style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">\u00ab\u00a0MULTICARTES\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Les yayoflautas n&rsquo;ont pourtant pas l&rsquo;air de hippies. Cheveux gris, lunettes fines et visages rid\u00e9s, ils sont une trentaine sur la place de la Puerta del Sol \u00e0 manifester, comme tous les lundis \u00e0 19 heures, contre la politique du gouvernement de Mariano Rajoy. Martos Ruiz-Gimenez, 74 ans, porte une pancarte autour du cou :\u00a0<em>\u00ab\u00a0Qui s\u00e8me l&rsquo;indignation r\u00e9colte la r\u00e9volution\u00a0\u00bb<\/em>. Avec fiert\u00e9, ce grand-p\u00e8re au visage rond, dont les yeux p\u00e9tillent sous sa casquette blanche, pr\u00e9cise :\u00a0<em>\u00ab\u00a0C&rsquo;est ma petite-fille qui me l&rsquo;a \u00e9crite.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0Sur sa petite pension de 700 euros par mois, Martos fait vivre son \u00e9pouse, mais aussi l&rsquo;une de ses petites-filles, Marta, 29 ans, qui a repris des \u00e9tudes de biologie et pr\u00e9f\u00e8re habiter chez lui plut\u00f4t que chez ses parents, divorc\u00e9s. Depuis 2008, Martos a aussi r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 son fils, Marcos, 44 ans, dans la maison familiale qu&rsquo;il a \u2013\u00a0<em>\u00ab\u00a0heureusement\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0\u2013 fini de payer. Travailleur ind\u00e9pendant dans la fabrication de persiennes, un secteur lucratif pendant le boom de la construction mais beaucoup moins aujourd&rsquo;hui, Marcos n&rsquo;a pas de quoi s&rsquo;offrir un logement \u00e0 lui.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Ne me demandez pas comment on s&rsquo;en sort. C&rsquo;est ma femme qui tient les comptes et \u00e0 moi, elle ne donne pas un euro&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>, affirme le grand-p\u00e8re en riant, avant de reprendre le chemin de la manifestation.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il nous reste des forces pour d\u00e9fendre les droits de nos enfants et petits-enfants\u00a0\u00bb<\/em>, lit-on sur la pancarte d&rsquo;Elladia Martin, 71 ans, une canne dans une main et l&rsquo;autre lev\u00e9e, le poing serr\u00e9. A ses c\u00f4t\u00e9s, Chuss Otero, 63 ans, vit avec sa fille de 32 ans. La crise l&rsquo;a-t-elle fait revenir \u00e0 la maison ?\u00a0<em>\u00ab\u00a0Elle n&rsquo;est pas revenue parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est jamais partie. Elle a \u00e9tudi\u00e9 la philologie hispanique et encha\u00eene les petits boulots de r\u00e9ceptionniste\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9pond Chuss, dont la seconde fille\u00a0<em>\u00ab\u00a0s&rsquo;est exil\u00e9e\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0en Angleterre, pour fuir la crise.<\/p>\n<figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"&quot;Il nous reste des forces pour d\u00e9fendre les droits de nos enfants et petits-enfants&quot;, clame la pancarte d'Elladia Martin, 71 ans. | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\" alt=\"&quot;Il nous reste des forces pour d\u00e9fendre les droits de nos enfants et petits-enfants&quot;, clame la pancarte d'Elladia Martin, 71 ans. Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\" src=\"http:\/\/s1.lemde.fr\/image\/2012\/10\/18\/534x267\/1777232_3_689a_il-nous-reste-des-forces-pour-defendre-les_951d9cab49bc7445ebaa0bec2b1637d9.jpg\" width=\"534\" height=\"267\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<p>Pedro Torres et Raquel Rosa sont \u00e9galement venus manifester. A respectivement 68 et 64 ans, ils ont investi leurs \u00e9conomies dans la caf\u00e9t\u00e9ria mont\u00e9e dans les Asturies par leur fils et sa femme apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre retrouv\u00e9s au ch\u00f4mage.\u00a0<em style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">\u00ab\u00a0Quand vont-ils nous rembourser ? Jamais !\u00a0\u00bb<\/em>, lance, entre ironie et lassitude, Pedro.\u00a0<em style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">\u00ab\u00a0Et pendant tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9, comme leurs parents ne prennent pas de vacances, nous devons nous occuper de nos deux petits-fils\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise Raquel.<\/em><\/p>\n<p>Signe de leur importance dans la soci\u00e9t\u00e9 , le prix de la \u00ab\u00a0femme travailleuse\u00a0\u00bb d\u00e9cern\u00e9e le 8 mars dernier par la Communaut\u00e9 de Madrid \u00e0 Concepci\u00f3n Benito, membre de l&rsquo;association de grands-parents Abuespa, pour\u00a0<em>\u00ab\u00a0toutes les grands-m\u00e8res d&rsquo;Espagne\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0et<em>\u00ab\u00a0le r\u00f4le qu&rsquo;elles jouent socialement et \u00e9conomiquement\u00a0\u00bb<\/em>. Mais attention aux abus. Dans le livre<em>Le Syndrome de la grand-m\u00e8re esclave. Pand\u00e9mie du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<\/em>\u00a0(Grupo editorial universitario, 2001, non traduit), le m\u00e9decin Alejandro Guijarro met en garde contre la surcharge de travail souvent donn\u00e9e aux grands-parents.\u00a0<em>\u00ab\u00a0De nombreux grands-parents ont fait une croix sur leur propre vie et se consacrent \u00e0 100 % \u00e0 leurs enfants et petits-enfants\u00a0\u00bb<\/em>, reconna\u00eet le pr\u00e9sident de l&rsquo;association Abuespa, Francisco Mu\u00f1oz, qui voit de plus en plus de cas de personnes \u00e2g\u00e9es \u00e0 bout de force. La plupart, cependant, pr\u00e9f\u00e8rent ne pas en parler.\u00a0<em>\u00ab\u00a0Les enfants sont effondr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de demander de l&rsquo;aide, d&rsquo;autant qu&rsquo;ils n&rsquo;ont aucune id\u00e9e de l&rsquo;avenir qui les attend, et leurs parents supportent mal ce qu&rsquo;ils per\u00e7oivent comme l&rsquo;\u00e9chec de leur prog\u00e9niture\u00a0\u00bb,<\/em>\u00a0ajoute-t-il. Baby-sitters, h\u00f4teliers, banquiers&#8230;Depuis le d\u00e9but de la crise en Espagne, les grandsparents sont devenus \u00ab\u00a0multicartes\u00a0\u00bb. Mais combien de temps pourront-ils encore tenir ?<\/p>\n<figure><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Martos, 74 ans fait partie des Yayoflautas, ces &quot;papys indign\u00e9s&quot; qui manifestent chaque lundi Puerta del Sol, \u00e0 Madrid. | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde\" alt=\"Martos, 74 ans fait partie des Yayoflautas, ces &quot;papys indign\u00e9s&quot; qui manifestent chaque lundi Puerta del Sol, \u00e0 Madrid. \" src=\"http:\/\/s1.lemde.fr\/image\/2012\/10\/18\/534x267\/1777231_3_3f84_martos-74-ans-fait-partie-des-yayoflautas-ces_0d3a27454c7b014b7823f916a124d8df.jpg\" width=\"534\" height=\"267\" data-lazyload=\"false\" \/><\/figure>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<ul>\n<li itemprop=\"author\"><a href=\"http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/journaliste\/sandrine-morel\/\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"\" alt=\" \" src=\"http:\/\/s1.lemde.fr\/image\/2013\/03\/29\/24x24\/1100508283_4_360f_13645757160506-avatar-morel_df3dd9ac0be3487f38899008dfa3414e.jpg\" width=\"24\" height=\"24\" data-placeholder=\"true\" data-lazyload=\"true\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/abonnes.lemonde.fr\/journaliste\/sandrine-morel\/\">Sandrine Morel<\/a><br \/>\njournaliste au Monde.fr<\/li>\n<\/ul>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M le magazine du Monde\u00a0|\u00a019.10.2012 \u00e0 12h24\u00a0\u2022 Mis \u00e0 jour le\u00a020.10.2012 \u00e0 13h42 Par\u00a0Sandrine Morel Pilar, 65 ans, aide son fils en gardant le petit Mario, elle soutient aussi financi\u00e8rement sa fille a\u00een\u00e9e, m\u00e8re c\u00e9libataire, en lui versant 600 euros par mois. | Gianfranco Tripodo pour M, le magazine du Monde Ils sont \u00e0 la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[101],"class_list":["post-848","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-articles","tag-espagne"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/848","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=848"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/848\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":853,"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/848\/revisions\/853"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=848"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=848"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=848"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}