{"id":911,"date":"2013-04-16T02:29:10","date_gmt":"2013-04-16T01:29:10","guid":{"rendered":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/?p=911"},"modified":"2013-04-16T07:12:25","modified_gmt":"2013-04-16T06:12:25","slug":"ces-genereux-milliardaires-une-vieille-histoire-americaine-marianne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/bliss.pro\/fracture\/ces-genereux-milliardaires-une-vieille-histoire-americaine-marianne\/","title":{"rendered":"Ces g\u00e9n\u00e9reux milliardaires, une vieille histoire am\u00e9ricaine | Marianne"},"content":{"rendered":"<p>Marianne | Vendredi 7 Janvier 2011 \u00e0 15:01<\/p>\n<p>ERIC DIOR &#8211; MARIANNE<\/p>\n<h3>L&rsquo;extr\u00eame richesse, toujours plus ind\u00e9cente en p\u00e9riode de r\u00e9cession, ne date pas d&rsquo;hier. Alors qu&rsquo;ils pourraient faire vivre dans l&rsquo;opulence des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;h\u00e9ritiers, certains nababs choisissent de reverser une \u00e9norme partie de leur pactole. De Rockefeller \u00e0 Bill Gates, en passant par Carnegie, Eric Dior dresse un tableau de l&rsquo;accumulation de richesse \u00e0 travers l&rsquo;histoire am\u00e9ricaine.<\/h3>\n<p><img decoding=\"async\" title=\"Ces g\u00e9n\u00e9reux milliardaires, une vieille histoire am\u00e9ricaine (1\/3)\" alt=\"Ces g\u00e9n\u00e9reux milliardaires, une vieille histoire am\u00e9ricaine (1\/3)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928949-1101294.jpg?v=1297165079\" \/><br \/>\nLa pire mal\u00e9diction de la richesse, c\u2019est, dit-on, de devoir vivre, avec des gens riches. Reste, alors, \u00e0 s\u2019improviser ami du genre humain apr\u00e8s avoir accul\u00e9 \u00e0 la ruine les opini\u00e2tres qui osaient vous concurrencer. A se r\u00e9inventer saint Bernard quand on a aff\u00fbt\u00e9, des ann\u00e9es durant, ses crocs de loup-cervier. Voyez Warren Buffett et Bill Gates, les deux cas les plus r\u00e9cents de reconversion dans la bienfaisance. Deuxi\u00e8me fortune mondiale, le premier a octroy\u00e9 85% de ses 44 milliards de patrimoine \u00e0 la fondation cr\u00e9\u00e9 par son \u00ab pote \u00bb. Lass\u00e9s d\u2019accumuler, le \u00ab sorcier de Wall street \u00bb et l\u2019ex-patron de Microsoft se proposent de recycler dans le \u00ab caritatif \u00bb, la bagatelle de 60 milliards de dollars, soit deux fois le budget de l\u2019Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 et plus du double de l\u2019aide humanitaire am\u00e9ricaine \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Ennemis declar\u00e9s de l\u2019h\u00e9ritage, les deux lascars affichent, pour comble, des mines \u00e9panouies depuis qu\u2019ils se sont d\u00e9lest\u00e9s de leurs maudits pactoles. Comme il est doux de se sentir bons et d\u2019avoir l\u2019opulence altruiste. Aussi suave que de faire enrager sa descendance &#8211; ces \u00ab\u00a0<em>spermatozo\u00efdes chanceux<\/em>\u00a0\u00bb ironise Buffett &#8211; qui devra se contenter des grosses miettes laiss\u00e9es par leurs g\u00e9niteurs. Un d\u00e9pit d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 par les rejetons des \u00ab barons voleurs \u00bb, b\u00e2tisseurs, au 19e si\u00e8cle, du capitalisme am\u00e9ricain. Eux aussi s\u2019ing\u00e9ni\u00e8rent sur leurs vieux jours \u00e0 refouler leurs instincts carnassiers en distribuant \u00e0 tout va. Satur\u00e9s d\u2019honneurs, d\u2019avanies et de dollars, ils consacr\u00e8rent le dernier tiers de leur existence \u00e0 effacer les traces de leur jeunesse impitoyable.<\/p>\n<p><a style=\"font-size: 1rem; line-height: 1;\" href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/suzymushu\/2808930095\/#\/photos\/suzymushu\/2808930095\/lightbox\/\"><img decoding=\"async\" title=\"(John D. Rockefeller - Flickr - Ethan Bloch - cc)\" alt=\"(John D. Rockefeller - Flickr - Ethan Bloch - cc)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928949-1101301.jpg?v=1297165080\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/suzymushu\/2808930095\/#\/photos\/suzymushu\/2808930095\/lightbox\/\">(John D. Rockefeller &#8211; Flickr &#8211; Ethan Bloch &#8211; cc)<\/a><br \/>\nEnroul\u00e9 dans un plaid, John D. Rockefeller, le C\u00e9sar du p\u00e9trole, montre, sur un clich\u00e9 d\u2019\u00e9poque, sa t\u00eate de vieil oiseau d\u00e9plum\u00e9. Avec son bon sourire, Andrew Carnegie, roi de l\u2019acier et du rail, a l\u2019allure pateline d\u2019un notaire de province qui vient de marier sa fille a\u00een\u00e9e. Jay Gould, le \u00ab Mephisto de Wall Street \u00bb a l\u2019air apais\u00e9 d\u2019un homme qui n\u2019a pas encore \u00e0 redouter l\u2019imp\u00f4t sur le revenu et plus \u00e0 pousser au suicide ses rivaux d\u00e9faits (\u00ab\u00a0<em>Il ne comprend rien au pr\u00e9sent, rien au pass\u00e9, rien \u00e0 l\u2019avenir mais il comprend tout d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019argent<\/em>\u00a0\u00bb, disait de lui l\u2019une de ses victimes).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/jaycross\/803570997\/sizes\/m\/in\/photostream\/\"><img decoding=\"async\" title=\"(Henry C. Frick - Flickr - jaycross - cc)\" alt=\"(Henry C. Frick - Flickr - jaycross - cc)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928949-1101302.jpg?v=1297165080\" \/><\/a><\/p>\n<div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/jaycross\/803570997\/sizes\/m\/in\/photostream\/\">(Henry C. Frick &#8211; Flickr &#8211; jaycross &#8211; cc)<\/a><\/p>\n<p>Ou encore Henry Frick, le bien nomm\u00e9, comparse de Carnegie qui l\u2019aida \u00e0 b\u00e2tir son empire sid\u00e9rurgique par la manipulation boursi\u00e8re, la corruption des \u00e9lus et le recrutement massif de cr\u00e8ve-la-faim, irlandais, chinois et polonais, jet\u00e9s par la mis\u00e8re sur les rivages am\u00e9ricains. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai les moyens,\u00a0<\/em>clamait-il<em>, d\u2019acheter la moiti\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re am\u00e9ricaine et de lui ordonner de massacrer l\u2019autre moiti\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb ! Le tableau serait incomplet si l\u2019on omettait d\u2019y ajouter John Pierpont Morgan, le \u00ab mar\u00e9chal de l\u2019industrie \u00bb. Sorte de banque centrale \u00e0 lui tout seul, il irriguait de ses dollars trusts et monopoles car le plus gros avantage de la richesse est de pouvoir accumuler les dettes impun\u00e9ment. Un d\u00e9routant bonhomme qui usait de son droit de gr\u00e2ce sur les firmes d\u00e9ficitaires entre deux rendez-vous galants. Ses ennemis attribuaient \u00e0 sa trogne cramoisie, due \u00e0 une rarissime maladie de peau, le complexe \u00e0 l\u2019origine de sa soif de pouvoir. Son nez vermillonn\u00e9 comme une fraise trop m\u00fbre lui donne, de fait, un air trompeur de vieux clown avin\u00e9.<\/p>\n<p>Reste que compar\u00e9 au pactole qu\u2019ils amass\u00e8rent, tous, en un temps record, m\u00eame Rupert Murdoch ferait figure de gagne-petit. A trente ans, Rockefeller \u00ab p\u00e8se \u00bb d\u00e9j\u00e0 200 millions de dollars, soit environ 2% du PIB de son pays, et contr\u00f4le 90% de l\u2019industrie p\u00e9troli\u00e8re de l\u2019Union (le revenu annuel d\u2019une famille am\u00e9ricaine moyenne, est, alors de 500 dollars). En dollars constants, Bill Gates, actuelle premi\u00e8re fortune mondiale, aurait occup\u00e9 p\u00e9niblement la 31e place dans ce palmar\u00e8s de la magnificence ou le gros lot allait au plus implacable. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est une loi constante de l\u2019histoire humaine que la fortune \u00e9choit \u00e0 un petit nombre d\u2019individus. La majorit\u00e9 des hommes sont, en effet, incapables de s\u2019imposer le sacrifice qui permet d\u2019accumuler des biens. La richesse de la nation est vou\u00e9e \u00e0 demeurer entre les mains de quelques \u00e9lus tandis que la masse subvient \u00e0 ses besoins par son labeur quotidien<\/em>\u00a0\u00bb, tranche, en 1893, David J. Brewer, juge \u00e0 la Cour supr\u00eame et bon samaritain des bien nantis.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La richesse concentr\u00e9e par quelques uns sert bien plus la cause du progr\u00e8s que lorsqu\u2019elle est \u00e9miett\u00e9e en salaires destin\u00e9s \u00e0 faire vivre la multitude<\/em>\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit Carnegie, adepte de la s\u00e9lection des plus forts qui pensent grand et voient loin ! Buffett et Gates auraient trouv\u00e9, \u00e0 coup s\u00fbr, leur niche dans cette Am\u00e9rique de l\u2019apr\u00e8s Guerre de S\u00e9cession, o\u00f9 l\u2019on cartellisait \u00e0 tout va, en brandissant l\u2019arme du\u00a0<em>lock-out<\/em>, anc\u00eatre de nos d\u00e9localisations. Sans parler de l\u2019empressement toujours actuel \u00e0 solliciter l\u2019aide financi\u00e8re d\u2019un gouvernement, \u00e9perdu de complaisance, sit\u00f4t que la conjoncture bat de l\u2019aile. Au sommet de son r\u00e8gne, Morgan si\u00e8ge dans quarante-huit conseils d\u2019administration et Rockefeller pr\u00e9side trente-sept instances de direction. Une toute puissance a priori obsc\u00e8ne mais que le n\u00e9o-lib\u00e9ralisme s\u2019acharne, depuis 30 ans, \u00e0 r\u00e9habiliter : \u00ab\u00a0<em>Les entreprises am\u00e9ricaines d\u2019il y a vingt cinq ans ont peu \u00e0 voir avec les structures impitoyables qui nous entourent<\/em>, \u00e9crit, aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9conomiste Paul Krugman.<em>A l\u2019aune des pratiques contemporaines, elles feraient presque figure de r\u00e9publiques socialistes. Les directeurs g\u00e9n\u00e9raux y touchaient des salaires n\u00e9gligeables, compar\u00e9s aux fabuleux packages des r\u00e9mun\u00e9rations actuelles. Ils ne donnaient pas non plus la priorit\u00e9 absolue \u00e0 la performance boursi\u00e8re. Ils estimaient \u00eatre au service d\u2019un \u00e9ventail d\u2019acteurs, dont leurs salari\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On peut, au choix, consid\u00e9rer les \u00ab barons pillards \u00bb du XIXe si\u00e8cle comme des pionniers qui accouch\u00e8rent au forceps du capitalisme moderne ou des flibustiers, d\u00e9j\u00e0 acharn\u00e9s \u00e0 liquider, avec la complicit\u00e9 de l\u2019Etat, ce qui subsistait de concurrence. Seule certitude, la mondialisation avec sa qu\u00eate du moindre co\u00fbt et sa soif jamais assouvie de dividendes aurait combl\u00e9 leur fringale. Apr\u00e8s le naufrage de la social-d\u00e9mocratie redistributive, \u00e9tudier leur ascension c\u2019est comprendre pourquoi le capitalisme, sit\u00f4t qu\u2019il est affranchi des \u00ab contraintes \u00bb \u00e9tatiques, finit toujours par renouer avec la f\u00e9rocit\u00e9 de ses origines. La comparaison ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Tout comme leurs \u00e9mules d\u2019Enron et de Worldcom, ces \u00ab visionnaires \u00bb des temps h\u00e9ro\u00efques, excellaient d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019escamotage des passifs, les transactions fictives, et les jeux de miroir de la manipulation comptable. Le tout assorti de l\u2019habituelle l\u00e9gende sur leur jeunesse sans le sou. Le pasteur Russell Cornwell, leur plus ardent propagandiste, sera ainsi charg\u00e9 de r\u00e9pandre, au cours de centaines de conf\u00e9rences, le conte des nababs, partis de rien : \u00ab\u00a0<em>98% d\u2019entre eux, clamait-il, se sont hiss\u00e9s au sommet \u00e0 la force du poignet. Je compatis n\u00e9anmoins avec ceux qui sont rest\u00e9s pauvres m\u00eame s\u2019ils doivent, d\u2019abord, \u00e0 leur propre incomp\u00e9tence de n\u2019avoir pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 leur condition<\/em>\u00a0\u00bb. Une fiction recycl\u00e9e \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 pour pr\u00e9server, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, le moral de la nation. \u00ab\u00a0<em>Ce qui continue \u00e0 distinguer les Etats-Unis des autres d\u00e9mocraties c\u2019est une r\u00e9partition des revenus plus statique qu\u2019en Europe et moins de chances d\u2019ascension sociale<\/em>\u00a0\u00bb corrige l\u2019\u00e9conomiste Alan Krueger.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/nostri-imago\/3012227278\/sizes\/s\/in\/photostream\/\"><img decoding=\"async\" title=\"(John P. Morgan - Flickr - cliff1066 - cc)\" alt=\"(John P. Morgan - Flickr - cliff1066 - cc)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928953-1101307.jpg?v=1297165082\" \/><\/a><\/p>\n<div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/nostri-imago\/3012227278\/sizes\/s\/in\/photostream\/\">(John P. Morgan &#8211; Flickr &#8211; cliff1066 &#8211; cc)<\/a><\/p>\n<p>Ma\u00eetre du cr\u00e9dit, Pierpont Morgan est ainsi, lui-m\u00eame, le fils d\u2019un banquier et il a h\u00e9rit\u00e9 de son g\u00e9niteur l\u2019horreur de la concurrence \u00ab\u00a0<em>qui<\/em>, dit-il,\u00a0<em>cr\u00e9e la banqueroute et lamine les profits<\/em>\u00a0\u00bb ! Pendant la Guerre de S\u00e9cession, cet adolescent prometteur ach\u00e8te \u00e0 un arsenal, 3,5 dollars pi\u00e8ce, des fusils qu\u2019il revend \u00e0 un g\u00e9n\u00e9ral nordiste 22 dollars chaque ! Contrairement \u00e0 la l\u00e9gende, Gould et Rockefeller sont, eux-aussi, issus de la bourgeoisie. En \u00e2ge de combattre, tous \u00e9chappent au hachoir de la guerre parce que leurs familles leur ach\u00e8tent, pour 300 dollars, un rempla\u00e7ant dans la d\u00e8che, fraichement d\u00e9barqu\u00e9 sur le territoire am\u00e9ricain. \u00ab\u00a0<em>Un homme peut \u00eatre patriote mais beaucoup d\u2019autres vies ont bien moins de valeur que la tienne<\/em>\u00a0\u00bb r\u00e9sume, en ouvrant sa bourse, le p\u00e8re de Morgan. La suite de leurs carri\u00e8res est un cocktail d\u2019astuce, de fourberie et, surtout de promptitude \u00e0 exploiter dare-dare, \u00e0 l\u2019instar de Bill Gates, les innovations techniques. Futur propri\u00e9taire de l\u2019American Tobacco Company, James Duke terrasse ainsi la concurrence gr\u00e2ce \u00e0 sa machine \u00e0 d\u00e9biter quotidiennement 100.000 cigarettes. L\u2019ancien boucher, Gustavus Swift va r\u00e9galer l\u2019Am\u00e9rique de steaks \u00e0 prix cass\u00e9s en utilisant les wagons frigorifiques.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Statue_of_James_B_Duke.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"(Statue de James Duke - Wikimedia Commons - cc)\" alt=\"(Statue de James Duke - Wikimedia Commons - cc)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928953-1101308.jpg?v=1297165083\" \/><\/a><\/p>\n<div>\n<p><a href=\"http:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Statue_of_James_B_Duke.jpg\">(Statue de James Duke &#8211; Wikimedia Commons &#8211; cc)<\/a><\/p>\n<p>Car, en cette fin de XIXe si\u00e8cle, le rail, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, le p\u00e9trole et le t\u00e9l\u00e9phone r\u00e9volutionnent l\u2019Occident. \u00ab\u00a0<em>Tout dans le monde moderne repose d\u00e9sormais sur le machinisme. Les Etats-Unis domineront la plan\u00e8te parce qu\u2019ils ont le go\u00fbt de la m\u00e9canique et qu\u2019ils peuvent produire le fer et la houille \u00e0 bon march\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb pronostique le journaliste fran\u00e7ais Paul See dans son pamphlet,\u00a0<em>Le P\u00e9ril Am\u00e9ricain<\/em>. Un jour comptable, l\u2019autre t\u00e9l\u00e9graphiste, les futurs satrapes, en d\u00e9pit de leurs origines bourgeoises, d\u00e9butent t\u00f4t dans la vie active. Il est vrai qu\u2019ils m\u00e9prisent les id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, d\u00e9pourvues d\u2019applications rentables. Jeune courtier \u00e0 Wall Street, John D. Rockefeller a d\u2019entr\u00e9e de jeu l\u2019intuition qui assurera, dans le secteur p\u00e9trolier, sa supr\u00e9matie. Plut\u00f4t que de s\u2019\u00e9puiser en forages co\u00fbteux et al\u00e9atoires, mieux vaut utiliser comme base op\u00e9rationnelle, une seule raffinerie pour casser les co\u00fbts et laminer la concurrence. Cent apr\u00e8s cent, il acculera ainsi ses rivaux \u00e0 la faillite en concluant des accords avec les compagnies ferroviaires, charg\u00e9es du transport de l\u2019or noir. Son rival le plus tenace sera mis hors jeu par une s\u00e9rie de sabotages\u2026.. Il d\u00e9couvrira trop tard que son chef m\u00e9canicien s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 acheter par le machiav\u00e9lique cr\u00e9ateur de la Standard Oil.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/nostri-imago\/3438823285\/sizes\/m\/in\/photostream\/\"><img decoding=\"async\" title=\"(Andrew Carnegie - Flickr - cliff1066 - cc)\" alt=\"(Andrew Carnegie - Flickr - cliff1066 - cc)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928953-1101309.jpg?v=1297165083\" \/><\/a><\/p>\n<div>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/nostri-imago\/3438823285\/sizes\/m\/in\/photostream\/\">(Andrew Carnegie &#8211; Flickr &#8211; cliff1066 &#8211; cc)<\/a><\/p>\n<p>Carnegie, lui, a tout juste vingt ans lorsqu\u2019il fait la d\u00e9couverte de sa vie. Il investit ses premiers 500 dollars, p\u00e9niblement gagn\u00e9s comme employ\u00e9 au t\u00e9l\u00e9graphe, dans le capital de la Pennsylvania Railroad, une compagnie ferroviaire en pleine expansion. \u00ab\u00a0<em>Aussi longtemps que je vivrai<\/em>, avouera-t-il plus tard,\u00a0<em>je me souviendrai de mes premiers dix dollars de dividendes. Je contemplais longuement le ch\u00e8que que, pour la premi\u00e8re fois, je n\u2019avais pas gagn\u00e9 \u00e0 la sueur de mon front<\/em>\u00a0\u00bb. Son slogan ? \u00ab\u00a0<em>L\u2019intelligence, plus l\u2019\u00e9nergie, plus l\u2019enthousiasme, plus le don d\u2019anticipation engendrent les b\u00e9n\u00e9fices<\/em>\u00a0\u00bb. Ajoutons-y sa promptitude \u00e0 r\u00e9aliser ses actifs dans un secteur en voie de saturation pour les r\u00e9investir aussit\u00f4t dans un cr\u00e9neau plus riche en opportunit\u00e9s. Ainsi, apr\u00e8s avoir extrait ses premiers 100.000 dollars de la construction de ponts m\u00e9talliques, l\u2019Ecossais va se consacrer corps et \u00e2me au coulage de l\u2019acier. Un tyran d\u00e9routant qui m\u00eale \u00e0 ses calculs des bouff\u00e9es d\u2019illuminisme biblique. Pacifiste proclam\u00e9, il juge n\u00e9anmoins que \u00ab\u00a0<em>des gr\u00e9vistes qui se liguent pour menacer le droit de propri\u00e9t\u00e9 doivent \u00eatre abattus comme des chiens enrag\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb ! Multir\u00e9cidiviste de la manipulation boursi\u00e8re, il estime pourtant que \u00ab\u00a0<em>de toutes les idol\u00e2tries, celle de l\u2019argent est la plus redoutable<\/em>\u00a0\u00bb. Est-ce le m\u00eame homme qui d\u00e9nonce, lors d\u2019un voyage en Grande-Bretagne, \u00ab\u00a0<em>les conditions scandaleuses d\u2019existence du prol\u00e9tariat anglais<\/em>\u00a0\u00bb et qui pr\u00e9tend, chez lui, indexer la pitance de ses man\u0153uvres sur les fluctuation des cours de l\u2019acier. Raflant mines, fonderies et hauts fourneaux, il vise, comme Rockefeller pour le p\u00e9trole, \u00e0 exercer son h\u00e9g\u00e9monie sur la totalit\u00e9 du processus. De l\u2019extraction mini\u00e8re \u00e0 la fabrication de rails ou de plaques de blindage pour les cuirass\u00e9s de l\u2019US Navy.<\/p>\n<p>Pay\u00e9s aux pi\u00e8ces, ses ouvriers de l\u2019aci\u00e9rie de Homestead d\u00e9brayent lorsqu\u2019il pr\u00e9tend r\u00e9duire leurs bonifications \u00e0 mesure que grimpe leur productivit\u00e9. Pay\u00e9s 12 dollars par semaine, ils travaillent 12 heures par jour, sept jours sur sept et b\u00e9n\u00e9ficient de deux jours de vacances par an (pour No\u00ebl et la f\u00eate nationale!). Les accidents du travail dans l\u2019industrie am\u00e9ricaine font alors 20.000 morts par an ! \u00ab<em>\u00a0Vous m\u2019appellerez Ma\u00eetre Carnegie car je suis tellement riche que vous m\u2019appartenez corps et \u00e2me<\/em>\u00a0\u00bb, dit une complainte de l\u2019\u00e9poque. Dans cette foire d\u2019empoigne pas encore mondialis\u00e9e, Carnegie ampute ainsi, sans pr\u00e9avis, leurs salaires hebdomadaires de deux dollars. Son coup de force aboutit \u00e0 un bain de sang. Expuls\u00e9s de l\u2019aci\u00e9rie par les gros bras de l\u2019agence Pinkerton, les gr\u00e9vistes s\u2019emparent de la ville voisine d\u2019Allegheny. L\u2019\u00e9pisode divise l\u2019Am\u00e9rique. Selon qu\u2019elle encaisse ses rentes ou vit de son travail, elle promeut l\u2019Ecossais \u00ab d\u00e9fenseur de l\u2019ordre \u00bb ou \u00ab vampire, suceur de sang \u00bb. L\u2019affaire se solde par une vingtaine de morts, l\u2019intervention de l\u2019arm\u00e9e et la d\u00e9couverte par ce monarque absolu qu\u2019il serait temps de soigner un peu plus sa popularit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"para_5\">\n<div>\n<div>\n<p><a href=\"http:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/3\/34\/Jay_Gould_1911.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"(Jay Gould - Wikimedia Commons - cc)\" alt=\"(Jay Gould - Wikimedia Commons - cc)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928953-1101310.jpg?v=1297165084\" \/><\/a><\/p>\n<div><a href=\"http:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/3\/34\/Jay_Gould_1911.jpg\">(Jay Gould &#8211; Wikimedia Commons &#8211; cc)<\/a><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div><\/div>\n<div>\n<p>Moins soucieux de plaire, Jay Gould est, lui, l\u2019exemple achev\u00e9 de sp\u00e9culateur, sujet aux fulgurances. Un as de l\u2019intox, du coup boursier et du pot de vin. Son duel avec Cornelius Vanderbilt pour s\u2019assurer le contr\u00f4le de la compagnie ferroviaire Erie Railroad, \u00e9tablit sa r\u00e9putation. Illusionniste hors pair, Gould \u00e9met plusieurs dizaines de milliers de fausses actions \u00e0 son nom gr\u00e2ce \u00e0 la complicit\u00e9 des \u00e9lus de l\u2019Etat de New-York qui se partagent une enveloppe d\u2019un million de dollars. Trop lent \u00e0 r\u00e9agir, Vanderbilt crie gr\u00e2ce. \u00ab\u00a0<em>Gould est capable de faire surgir des capitaux \u00e0 partir de rien et de s\u2019assurer le contr\u00f4le d\u2019une firme en trompant son monde sur sa puissance r\u00e9elle gr\u00e2ce \u00e0 ses talents de prestidigitateur<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e9crit son biographe, Edward J.Renehan. Ma\u00eetre de l\u2019Erie, il \u00e9tend alors son r\u00e9seau vers l\u2019ouest. Pass\u00e9e dans la l\u00e9gende, cette \u00ab bataille du rail \u00bb entre l\u2019Union Pacific et la Central Pacific pour joindre les deux rives de la jeune r\u00e9publique, assurera, outre celle de Gould, la fortune de nombreux \u00e9lus. Les deux compagnies emprunteront les trac\u00e9s les plus tortueux afin d\u2019arracher le maximum de subventions aux villes qu\u2019elles traversent. Elles annexeront au passage 3 millions d\u2019hectares. \u00ab\u00a0<em>Les terres vierges ont disparu. Le moindre demi-hectare de sol cultivable appartient aux compagnies ou aux int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb, se d\u00e9sole Hamlin Garland, un ouvrier de Boston, parti vers l\u2019ouest pour faire fortune.<\/p>\n<p>Une banque \u00e9cran sera m\u00eame cr\u00e9\u00e9e pour ventiler vers diverses poches les 94 millions d\u2019aide gouvernementale soit environ le double du co\u00fbt r\u00e9el de la construction de la transcontinentale. Afin d\u2019\u00e9viter une \u00e9ventuelle enqu\u00eate, on arrosera une nouvelle fois les \u00e9lus du Congr\u00e8s et jusqu\u2019au vice-pr\u00e9sident Schuyler Colfax. 24.000 Chinois et Irlandais s\u2019\u00e9chineront, pendant quatre ans, \u00e0 frayer un passage au cheval de fer pour un salaire quotidien de deux dollars. Au total, l\u2019\u00e9pop\u00e9e ferroviaire se soldera par le plus gigantesque d\u00e9tournement de fonds de l\u2019histoire am\u00e9ricaine et une enqu\u00eate vite enterr\u00e9e par les autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales. En 1900, 1% des Am\u00e9ricains d\u00e9tiennent ainsi 45% de la richesse nationale et 19 des 22 plus grosses fortunes de l\u2019Union sont n\u00e9es du rail. \u00ab\u00a0<em>Aujourd\u2019hui, la combinaison de l\u2019\u00e9lectronique, de l\u2019informatique, du divertissement et de la t\u00e9l\u00e9communication engendre un ph\u00e9nom\u00e8ne comparable. Les monopoles prosp\u00e8rent et les fortunes se concentrent dans des proportions jamais vues depuis le temps de Vanderbilt<\/em>\u00a0\u00bb, r\u00e9sume l\u2019\u00e9conomiste Bradford Delong.<\/p>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div id=\"para_1\">\n<p>On voudrait croire que leurs intarissables dividendes furent tout de suite r\u00e9investis au b\u00e9n\u00e9fice de la collectivit\u00e9 suivant la \u00ab th\u00e9orie de la cascade \u00bb, ch\u00e8re aux id\u00e9ologues n\u00e9o-lib\u00e9raux. En fait, les barons alimentent d\u00e8s qu\u2019ils le peuvent la chronique mondaine en s\u2019effor\u00e7ant d\u2019imiter l\u2019aristocratie europ\u00e9enne. En 1883, Ava Vanderbilt, l\u2019\u00e9pouse du vaincu de la guerre du rail, organise \u00e0 New-York, pour se remonter le moral, un bal costum\u00e9. Elle y appara\u00eet d\u00e9guis\u00e9e en ampoule \u00e9lectrique et Vanderbilt, lui-m\u00eame, en Duc de Guise. \u00ab\u00a0<em>Parmi les invit\u00e9s, \u00e9crit un chroniqueur, on d\u00e9nombre pas moins d\u2019une dizaine de Louis XVI et huit Marie-Antoinette, en plus d\u2019un assortiment de Walkyries et de chefs indiens. Seul le pr\u00e9sident Grant, l\u2019invit\u00e9 d\u2019honneur, n\u2019a pas jug\u00e9 bon de se travestir<\/em>\u00a0\u00bb. Le bon peuple, lui, contemple avec un m\u00e9lange d\u2019envie et de r\u00e9pulsion ces potentats, pas encore philanthropes, qui ach\u00e8tent sur catalogue castels en Europe et marient leurs filles avec des ducs anglais. Surtout, il s\u2019interroge sur cette nouvelle noblesse, n\u00e9e de l\u2019industrialisation \u00e0 marche forc\u00e9e, qui a concentr\u00e9, en \u00e0 peine 20 ans, l\u2019essentiel de la richesse de l\u2019Union. De 1897 \u00e0 1903, le nombre des holdings passe brutalement de douze \u00e0 trois cents cinq. Les trusts de Rockefeller et Morgan contr\u00f4lent, \u00e0 eux seuls, pas moins de 112 compagnies. Les deux tiers des 3,5 millions de kilom\u00e8tres de r\u00e9seau ferroviaire, sont dirig\u00e9s par sept groupes que Morgan s\u2019empresse de f\u00e9d\u00e9rer. Avec ses 170.000 t\u00e2cherons, ses 78 hauts-fourneaux, ses 150 aci\u00e9ries et sa flotte de 112 navires, l\u2019US Steel Corporation, ex-Carnegie Steel and Co, produit les trois cinqui\u00e8mes de l\u2019acier am\u00e9ricain. En fait, par le jeu des \u00e9changes d\u2019actions et de l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration des conseils d\u2019administration, la Morgan Trust s\u2019empare des cinq principales banques nationales, en plus de la General Electric et de l\u2019American Telephone and Telegraph.<\/p>\n<p>La voracit\u00e9 d\u2019une poign\u00e9e de carnassiers mine ainsi l\u2019\u00e9vangile de la richesse pour tous, arc-boutant du r\u00eave am\u00e9ricain. Exclue du banquet, la classe moyenne, principale d\u00e9positaire de l\u2019id\u00e9al m\u00e9ritocratique, grogne devant cet \u00e9talage de dividendes. Surnomm\u00e9 le \u00ab dompteur des trusts \u00bb, son grand homme, le r\u00e9publicain progressiste, Th\u00e9odore Roosevelt va faire adopter une s\u00e9rie de lois r\u00e9primant les ententes illicites et imposant au Congr\u00e8s la cr\u00e9ation d\u2019un \u00ab Bureau des corporations \u00bb, charg\u00e9 d\u2019enrayer le pouvoir des cartels. Morgan, lui-m\u00eame, fait pression sur le patronat pour qu\u2019il accepte le principe d\u2019un imp\u00f4t sur le revenu et d\u2019un arbitrage de l\u2019Etat en cas de conflit social. Carnegie para\u00eet pareillement soucieux de laisser \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 un bon souvenir depuis qu\u2019il a vendu, pour 480 millions de dollars, ses aci\u00e9ries \u00e0 Morgan. La transaction s\u2019est faite lors d\u2019un d\u00eener. Le Mephisto de l\u2019acier a inscrit sur un bout de papier le montant qui fait de lui l\u2019homme le plus riche du monde. Le lendemain, l\u2019humoriste Mark Twain sollicite son bon c\u0153ur : \u00ab\u00a0<em>Ca a plut\u00f4t l\u2019air<\/em>, lui \u00e9crit-il,\u00a0<em>de marcher pour vous. Pourriez-vous, en cons\u00e9quence, m\u2019octroyer un pr\u00eat de un dollar pour m\u2019aider \u00e0 acheter un recueil de cantiques ? Dieu vous le rendra au centuple \u00bb<\/em>. \u00ab\u00a0<em>Les jours de la ploutocratie sont compt\u00e9s. Je vais maintenant m\u2019appliquer exclusivement \u00e0 faire le bien autour de moi<\/em>\u00a0\u00bb, lui r\u00e9pond son correspondant qui tiendra parole. Fondations pour la paix, le d\u00e9veloppement des sciences ou l\u2019attribution de pensions \u00ab\u00a0<em>aux veuves des h\u00e9ros qui ont sauv\u00e9 des vies humaines<\/em>\u00bb. Ses largesses prolif\u00e8rent et l\u2019ex-despote va distribuer par brass\u00e9es un bon tiers de son pactole. En plus de centaines de dons \u00e0 des anonymes sans le sou ( y compris, une pauvresse, \u00e9gar\u00e9e dans son palais, qui a la bonne fortune de ressembler \u00e0 sa m\u00e8re! ), il subventionne la construction du Carnegie Hall de New York et de l\u2019universit\u00e9 Carnegie de Pittsburgh. Sa grande passion est, d\u00e9sormais, la promotion de la paix entre les nations. Il esp\u00e8re l\u2019activer en subventionnant la promotion d\u2019un esperanto \u00ab simplifi\u00e9 \u00bb, inspir\u00e9 de l\u2019anglais, qui terrasserait, promet-il, la d\u00e9magogie belliciste. Il cr\u00e9e au total une quinzaine de fondations et ne poss\u00e8de plus \u00e0 sa mort un seul dollar en propre. Un jaloux pr\u00e9tend m\u00eame qu\u2019il aurait volontiers donn\u00e9 des millions \u00e0 la Gr\u00e8ce \u00ab\u00a0<em>si celle-ci avait rebaptis\u00e9 le Parth\u00e9non Carnegopolis<\/em>\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s sa mort, en 1919, La lecture de son testament traduit, en tous cas, son d\u00e9sir de se r\u00e9concilier dans l\u2019au-del\u00e0 avec les \u00ab\u00a0<em>partageux<\/em>\u00a0\u00bb qu\u2019il avait poursuivi, jadis, de sa hargne, \u00ab\u00a0<em>car<\/em>, conclut-il,\u00a0<em>celui qui meurt riche, dispara\u00eet dans la disgr\u00e2ce<\/em>\u00a0\u00bb. Le syndicaliste Thomas Burt et le socialiste anglais, John Elliott Burns, y sont m\u00eame gratifi\u00e9s d\u2019une rente annuelle de 5000 dollars!<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.flickr.com\/photos\/mbahareth\/3771184817\/sizes\/m\/in\/photostream\/\"><img decoding=\"async\" title=\"(Warren Buffet - Flickr - m_bahareth - cc)\" alt=\"(Warren Buffet - Flickr - m_bahareth - cc)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928954-1101313.jpg?v=1297165084\" \/><\/a><\/p>\n<div>\n<p>Carnegie donne le ton. Enfin repus, les racketteurs de la chevauch\u00e9e industrielle vont rivaliser de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Comme s\u2019ils voulaient d\u00e9montrer que l\u2019on peut singer le bon dieu apr\u00e8s avoir longtemps flirt\u00e9 avec le diable. Claquemur\u00e9 dans son palais new-yorkais, Pierpont-Morgan finance la construction du Mus\u00e9e am\u00e9ricain d\u2019histoire naturelle du Metropolitan Museum of Art. Entre autres bienfaits, Rockefeller rach\u00e8te syst\u00e9matiquement pour les mus\u00e9es du nouveau monde les \u0153uvres de peintres europ\u00e9ens. Un si\u00e8cle plus tard, le \u00ab\u00a0<em>charity business<\/em>\u00bb continue d\u2019autant mieux \u00e0 prosp\u00e9rer que la richesse est plus que jamais concentr\u00e9e entre quelques mains. En cumulant leurs avoirs, les sept milliardaires les plus riches de la plan\u00e8te pourraient, aujourd\u2019hui, fournir le minimum vital au quart le plus d\u00e9muni de l\u2019humanit\u00e9. Evalu\u00e9e \u00e0 218 milliards de dollars, leurs fortunes combin\u00e9es \u00e9quivaut au total des PNB des 48 nations les moins d\u00e9velopp\u00e9es. La tendance \u00e0 un nivellement des conditions, trait dominant de l\u2019apr\u00e8s-guerre, n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 aux assauts conjugu\u00e9s de la mondialisation, de la r\u00e9volution technologique et de l\u2019extinction, pour cause de banqueroute, du d\u00e9fi du bloc sovi\u00e9tique. En d\u00e9pit de la mont\u00e9e en puissance de l\u2019Asie, la toute puissance de Wall Street continue \u00e0 garantir la surrepr\u00e9sentation des Etats-Unis dans le club des bien fortun\u00e9s. \u00ab\u00a0<em>La tendance est \u00e0 la polarisation des r\u00e9sultats \u00e9conomiques \u00bb,<\/em>\u00a0euph\u00e9mise James Spath, auteur d\u2019un rapport de l\u2019ONU sur l\u2019aggravation des disparit\u00e9s. Ainsi la fourchette des revenus dans l\u2019Angleterre blairiste est aussi large qu\u2019en 1886 ! De plus les pronostics sur l\u2019extinction in\u00e9luctable des vieilles dynasties au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une technostructure de managers se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s pour le moins pr\u00e9matur\u00e9s. Six petits enfants de William Randolph Hearst, le Pape de la presse, p\u00e8sent encore 5,7 milliards de dollars. Avec 50% du march\u00e9 du chewing-gum aux Etats-Unis, William Wrigley, troisi\u00e8me du nom, accuse 3,1 milliards de dollars\u2026.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/upload.wikimedia.org\/wikipedia\/commons\/3\/31\/Bill_Gates_2004.jpg\"><img decoding=\"async\" title=\"(Bill Gates - Wikimedia Commons - cc)\" alt=\"(Bill Gates - Wikimedia Commons - cc)\" src=\"http:\/\/www.marianne.net\/photo\/art\/default\/928954-1101314.jpg?v=1297165084\" \/><\/a><br \/>\nAvec son air lunaire et son humilit\u00e9 feinte, Bill Gates n\u2019a, en apparence, plus grand chose de commun avec les <em>condottieri<\/em>\u00a0de l\u2019\u00e9pop\u00e9e industrielle. Outre leur passion partag\u00e9e du monopole, il peut n\u00e9anmoins, comme eux, jouir du privil\u00e8ge rare de se retrancher du monde tout en envahissant la vie de ses contemporains. D\u2019ailleurs, \u00ab\u00a0<em style=\"line-height: 1.714285714; font-size: 1rem;\">la lutte des des classes a repris aux Etats-Unis et ce sont les gens dans mon genre qui sont en train de la gagner<\/em>\u00a0\u00bb, avertissait Buffet, le magnifique, du temps o\u00f9 son magot lui pesait encore sur la conscience.<\/p>\n<p>Le genre de provoc&rsquo; que Carnegie, m\u00eame au sommet de sa magnificence, n\u2019aurait pas os\u00e9 prof\u00e9rer\u2026.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marianne | Vendredi 7 Janvier 2011 \u00e0 15:01 ERIC DIOR &#8211; MARIANNE L&rsquo;extr\u00eame richesse, toujours plus ind\u00e9cente en p\u00e9riode de r\u00e9cession, ne date pas d&rsquo;hier. Alors qu&rsquo;ils pourraient faire vivre dans l&rsquo;opulence des g\u00e9n\u00e9rations d&rsquo;h\u00e9ritiers, certains nababs choisissent de reverser une \u00e9norme partie de leur pactole. 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