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Riches à pleurer | Le Monde

Long reportage du Monde sur être riche en France, avec témoignages contradictoires de Pierre Bergé et Pierre Kociusko-Morizet.

LE MONDE CULTURE ET IDEES | 22.11.2012
Par Dominique Gallois, Claire Gatinois, Michel Guerrin et Raphaëlle Rérolle
Les plus fortunés se disent mal aimés. Enquête sur les relations ambigües des Français avec la richesse.

L'affiche du film de Costa-Gavras, "Le Capital", avec Gad Elmaleh.

 

Sur l’affiche du dernier film de Costa-Gavras, Le Capital, le banquier Gad Elmaleh descend d’un jet privé. Dans le ciel, une phrase vaut programme : « Continuons de prendre aux pauvres pour donner aux riches. » Ce film vient s’ajouter à une bonne douzaine sortis en cinq ans sur le même sujet, dont Inside Job ou Margin Call. Si, après les avoir vus, vous n’avez pas envie de mettre un contrat sur la tête des gens très riches, c’est que vous en êtes un. Car le profil est tranché : le financier – et non plus l’industriel – invente des équations insensées qui lui permettent de remplir ses poches et de vider celles des plus modestes.

« Cette affiche ? Elle me fait éclater de rire », dit Marie-Christine Coisne-Roquette, PDG de Sonepar (matériel électrique, 33 000 salariés). Elle est bien la seule. Car la quinzaine d’industriels, financiers, sportifs, héritiers, tous très riches, que nous avons interrogés en ont marre d’être détestés – au point, pour certains, de s’exiler. Pierre Kosciusko-Morizet est très remonté : « A un moment on a cherché les juifs, maintenant on cherche les riches. » Cet entrepreneur, qui a amassé plus de 40 millions d’euros en vendant son entreprise de commerce en ligne Priceminister, ajoute : « On dit ‘Les riches, les riches, les riches’. On voit les couvertures de journaux terrifiantes : ‘A quoi servent les riches ?’ Tout cela sent mauvais. A un moment j’aimerais bien qu’on me dise merci [de payer plus d’impôts], et pas que je suis un connard. »

Marc Ambrus, fondateur de la société Ticketac.com, juge aussi qu’« on diabolise l’argent et la réussite ». Depuis la revente de son entreprise dont il est toujours PDG, il a créé une société de conseil dans l’art, tout en naviguant entre Paris et New York. « Je suis pour le partage des richesses, mais il y a des limites. » Un quadragénaire qui dirige une société de conseil d’une quarantaine de salariés se dit effaré « par le fossé entre la manière dont nous sommes perçus et ce que nous vivons au quotidien ». Antoine Devaux est footballeur à Reims. Il constate que les critiques se font plus vives. « A la moindre erreur, j’entends : ‘Il est payé une fortune et il ne court même pas.’ Un joueur de Ligue 1 gagne en moyenne 44 000 euros par mois, parfois beaucoup plus, et on finit par se demander si on les mérite. »

Exagéré ? Un patron du Cac 40 veut calmer le jeu : « Bien sûr que la France n’aime pas ses riches, moins que d’autres pays. La France a-t-elle jamais aimé ses dirigeants ? Mais il faut nuancer cette détestation. » Il y a quelques jours, la société Sonepar a convié des sociologues à un séminaire pour recueillir la parole de dizaines d’actionnaires, tous familiaux, de culture chrétienne du Nord. « L’argent, ce formidable levier de création et d’égoïsme, est le sujet qui est le plus ressorti, notamment chez ceux qui ne travaillent pas : ‘Est-ce que je suis un sale rentier, dois-je culpabiliser ?’ ‘Est-ce que je mérite cet argent ?' », raconte Marie-Christine Coisne-Roquette, qui commente : « C’est dans l’air de dire que les Français n’aiment pas leurs riches, mais moi, je ne le sens pas. Ni dans l’entreprise ni quand je vais chez le coiffeur. »

François Hollande attiserait le feu avec la taxe à 75 % des revenus au-dessus du million d’euros, et après avoir dit, en 2007, qu’il « n’aime pas les riches ». Qui le lui rendent bien. Pierre Kociusko-Morizet, toujours en première ligne, a le sentiment que « le gouvernement veut faire nos poches. On veut nous faire croire qu’être de gauche c’est ne pas aimer l’argent, qu’en avoir, c’est mal. A l’étranger, ce discours fait peur ». Ce patron du CAC 40 a un regret : « La gauche aurait pu dire : ‘La période est très dure, tout le monde doit faire un effort, et les riches encore plus.’ Elle a préféré jouer sur les antagonismes. »

Dans ce concert, une voix dissone, celle de Pierre Bergé : « Je me suis souvent senti seul dans ma vie, sourit cet homme de gauche, ancien gérant de la maison Yves Saint Laurent et actionnaire du MondeQue tous ces gens se sentent mal aimés n’a aucune importance. S’il y a hostilité, c’est celle des riches d’aujourd’hui envers la France. Je déteste cette position : ‘On est trop taxés, on ne nous aime pas !’ C’est réactionnaire, très moderne. Moi, j’ai toujours trouvé normal de participer à l’effort collectif. J’espère juste que le 75 % est provisoire. J’ai du reste fait l’an dernier un très gros chèque à l’Etat… »

Les riches se sentent détestés, mais les Français détestent-ils leurs riches ? Un sondage de l’IFOP, réalisé en octobre pour la plate-forme de crédit Prêt d’union, met en avant deux tendances contradictoires : 76 % des Français pensent que c’est une bonne chose de vouloir gagner de l’argent, mais la même proportion (78 %) estiment qu’il est mal perçu d’être riche.

Thierry Pech, auteur du livre Le Temps des riches, réconcilie les chiffres : « De tout temps, les plus fortunés provoquent fascination et ressentiment. On peut aimer la richesse sans aimer les riches. » Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP, va dans le même sens : « Il n’y a aucun rejet de l’enrichissement, mais un réflexe, ancré dans la culture française, contre ceux qui refusent de participer à l’effort de guerre. Quand François Hollande s’en prend à la finance, sa campagne pour la présidentielle s’en trouve relancée. »

L’attirance-répulsion des Français pour la richesse remonte loin. Les sociologues Damien de Blic et Jeanne Lazarus ont réuni dans Contre l’argent fou des textes qui, de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, stigmatisent les plus fortunés. Deux thèmes dominent, que l’on retrouve aujourd’hui : la finance et l’écart des revenus. Pour Damien de Blic, les riches sont attaqués au nom d’une morale chrétienne – contre le superflu – ou d’un discours de classe. Deux traits que cumule le curé révolutionnaire Jacques Roux, qui, en 1793, a des mots violents dans un discours au titre limpide : « Les riches, c’est-à-dire les méchants ».

Pour Damien de Blic, cette méfiance traverse la gauche comme la droite : « De Gaulle dénonce le Georges Pompidou banquier chez Rothschild, et Mitterrand s’en prend aux forces de l’argent. Nicolas Sarkozy est le premier dirigeant décomplexé, d’où son surnom de « président des riches », qui explique en partie sa défaite. » Car son approche est fausse, juge M. Kosciusko-Morizet : « Sarkozy a érigé l’argent en valeur. Or l’argent ce n’est pas une valeur. »

L’essentiel est ailleurs. Damien de Blic ne constate pas ce que ressentent les riches. « Regardez les textes d’une violence inouïe des années 1890 ou 1930 : l’hostilité des Français envers les riches est bien moins virulente qu’auparavant. »Pour Thierry Pech, le phénomène s’est même retourné : « La France détesterait ses riches parce qu’elle est rurale, catholique et imprégnée de marxisme ? Mais ces trois facteurs sont marginalisés depuis longtemps. Nous sommes dans une société vidée d’espérances idéologique ou religieuse. Ce qui reste, c’est la passion d’avoir. On a inoculé à la jeunesse le virus de la réussite matérielle. »

Pourquoi, alors, l’ostentation de sa richesse est-elle moins acceptée en France qu’ailleurs ? C’est l’avis de ce fondateur d’une société financière, qui vit à Genève : « Si je veux me payer une Porsche, je peux la garer dans la rue sans qu’elle soit abîmée ou qu’on me traite de voyou ; ce n’est pas le cas en France. » Ce à quoi Thierry Pech rétorque : « C’est vrai, l’ostentation est plus acceptée en Suisse ou dans les pays anglo-saxons, où les codes sont différents. Mais si on regarde plus largement, il y a une désinhibition par rapport à la richesse en France. » M. Bergé a trouvé ce compromis : « Je possède une vieille Jaguar en Normandie. Les gens, même modestes, l’aiment, car ce n’est plus une voiture mais un objet de patrimoine. Les Français aiment le beau. En revanche, il y a quelque chose d’insolent à acheter aujourd’hui une Ferrari neuve. »

Parce qu’ils ne se sentent pas aimés, qu’ils jugent le débat faussé, les riches se réfugient dans le silence. Pour une personne acceptant de répondre à nos questions (parfois sous couvert d’anonymat), dix ont refusé. Un Français installé à Londres va plus loin : « Je rejette ce principe qui consiste à nier l’individu pour l’assimiler à un groupe social. J’espère être assimilable à autre chose qu’au patrimoine que j’ai pu accumuler par chance et par travail. » Discrets donc, et difficiles à définir. Il a fallu attendre 2010 pour que l’Insee publie une étude sur les très hauts revenus. Si l’on prend le seul travail, les riches sont-ils les 5 % de Français qui gagnent plus de 5 400 euros par mois, les 1 % qui gagnent plus de 10 000 euros, ou les 0,01 % qui gagnent plus de 82 000 euros, soit 5 800 personnes ? « Selon un sondage IFOP, en 2011, 66 % des Français pensent qu’on est riche quand on gagne plus de 5 000 euros net par mois ; on est loin des très riches », répond M. Dabi.

Même le riche se voit rarement riche. Mais dans l’autre sens. Un marchand d’art explique : « Une personne aisée donne un montant dix fois supérieur à son patrimoine pour définir le riche. Le riche, c’est l’autre. » Muet, insaisissable. Thierry Pech regrette ce retrait : « Si les riches pensent que le sort qu’on leur réserve est injuste, il faut qu’ils réintègrent les débats publics. Aujourd’hui, on ne les entend pas. »

Le premier débat qui peut faire du riche une cible est lié à la crise. Le ressentiment monte lorsque les temps sont durs et que les épreuves touchent les démunis. Sur les terrains de football, Antoine Devaux le ressent : « Les gens galèrent, et ils deviennent plus sévères avec nous. » Mais M. Kosciusko-Morizet ajoute : « La gauche s’attaque aux riches dans une période où il est compliqué de mettre enplace ses idéaux. » Ce discours, Thierry Pech le réfute : « La France actuelle n’est pas sévère avec les riches. Après la crise de 1929, Roosevelt a taxé les plus riches jusqu’à 90 %. Et la France des « trente glorieuses » appliquait une fiscalité relativement plus lourde pour les plus riches qu’aujourd’hui. »

Une autre raison du ressentiment serait la méconnaissance des mécanismes de la richesse. « Les élus, de gauche comme de droite, sont souvent des fonctionnaires qui connaissent mal le monde de l’entreprise, dit ce patron du CAC 40. Ils sursautent dès que s’affiche un gros salaire ou des stock-options mirobolants. Les chiffres, il faut les expliquer. » Cela provoque, selon Mme Coisne-Roquette, « des jugements guidés par l’idéologie, l’émotion ou la morale ». Pour M. Kosciusko-Morizet, les Français pensent que les ressources d’un pays fonctionnent comme un jeu à somme nulle : l’argent que les uns gagnent est pris sur les autres. « Il y a un côté un peu Robin des bois. Mais il ne faut pas seulement redistribuer, il faut créer. »

Justement, les gros revenus profitent-ils à la collectivité ? C’est le thème le plus mis en avant par les riches comme par leurs analystes. Pour arriver aux conclusions inverses. Un patron du CAC 40 résume l’état d’esprit des premiers :« L’essentiel, c’est l’emploi, et les gens riches créent des emplois. Je vous jure que l’immense majorité ne travaille pas pour gagner toujours plus mais pour faire baisser le chômage. » Ce financier installé à Londres ajoute : « En France, tout le débat sur la richesse part d’une équation : riche = nanti. Jamais riche = créateur d’emplois. Cette vision n’est vraie nulle part ailleurs dans les grands pays occidentaux. » Même un patron de gauche, installé à Londres et qui connaît bien François Hollande, est gêné : « Pourquoi cette animosité envers ceux qui prennent des risques et montent leur entreprise ? »

Quand les riches entrepreneurs parlent emploi, Thierry Pech oppose rémunérations : « Des économistes libéraux affirment que plus les riches sont riches, plus leur argent ruisselle sur les plus modestes. C’est faux. Les riches se sont énormément enrichis dans les années récentes, pourtant de croissance lente, en raison de mécanismes protecteurs qui ont fait exploser les salaires et favorisé les détenteurs de capital, alors que ceux des plus modestes ont à peine augmenté, et parfois pas du tout. » Il donne cet exemple pour définir un phénomène mondial : les revenus des patrons américains ont été multipliés par plus de sept entre 1980 et 2000 ; ils gagnaient 35 fois plus qu’un salarié en 1980, 130 fois plus en 2000.

Cet écart des revenus s’explique en partie par un bouleversement datant des années 1980, explique la sociologue Monique Pinçon-Charlot : le capitalisme industriel des « trente glorieuses » est devenu un capitalisme financier qui tire vers le haut les salaires les plus élevés. « Les patrons avaient un contact avec les ouvriers qu’ils n’ont plus. » Et ils forment une classe soudée. Elle cite le milliardaire américain Warren Buffett : « Il y a bien une lutte des classes, et cette guerre, c’est ma classe, la classe des plus riches, qui est en train de la gagner. »

Cette citation résonne avec une réponse au sondage de l’IFOP sur les riches : 82 % des Français stigmatisent leur manque d’exemplarité. « C’est lié au fait que la France est le pays occidental où le sentiment d’inégalité est le plus ressenti », dit Frédéric Dabi. Qui ajoute : « Il y a quelques années, les Français disaient que le riche civique était celui qui faisait du mécénat. Aujourd’hui, c’est celui qui crée des emplois. Au lieu de cela, il est perçu comme celui qui profite de niches fiscales et n’investit pas assez. » C’est la raison pour laquelle M. Kosciusko-Morizet n’a jamais perçu de la rancoeur : « On sait que j’ai créé ma boîte et des emplois. »

La critique sur leur efficacité économique agace au plus haut point les riches entrepreneurs. « Oui, il y a des patrons voyous, confie cette figure du CAC 40. Mais ils sont minoritaires. Le plus souvent, l’argent gagné est cohérent par rapport au risque, à l’importance du poste, aux enjeux, au prix du marché. On ne médiatise que les abus. » Idem pour Mme Coisne-Roquette : « L’écart s’accroît entre riches et pauvres, mais les pauvres s’enrichissent aussi ; le Brésil en est un bon exemple. Et puis nos grands patrons ne sont pas mieux payés que leurs homologues étrangers. C’est juste que des revenus jugés abusifs en France sont jugés normaux à l’étranger. »

On le voit, le débat glisse vite de l’économique à l’éthique. Aurait-on atteint, dans les revenus des très riches, le seuil de l’acceptabilité ? « Possible, répond Mme Coisne-Roquette. Je peux expliquer pourquoi le smic est à 1 425 euros et pourquoi un grand patron gagne 2,2 millions. Est-ce acceptable ? A chacun de juger. Pour moi, la réponse n’est pas tant dans ce qu’on gagne mais dans ce que l’on fait. »

Thierry Pech s’agace lui aussi de la manière dont sont stigmatisés les riches. « Il faut tenir la morale à distance. Il n’y a pas les gentils opprimés et les méchants voraces. Se focaliser sur les liens entre le revenu et la morale, cerner des cas particuliers, c’est ne pas voir le fonctionnement global de notre société qui a permis aux gros revenus d’exploser partout. Après, des questions éthiques se posent : ainsi, est-il justifié que Thierry Henry ait gagné 17 millions d’euros en 2009 ? Est-ce lié à son mérite, à son travail ou à celui des autres ? Faut-il encourager une forme de richesse plutôt qu’une autre ? »

Par exemple, la richesse liée à l’héritage est-elle légitime ? « On reproche aux gens qui héritent d’avoir de la chance, s’insurge M. Kosciusko-Morizet. C’est de la jalousie.«  Pierre Bergé n’est pas d’accord : « Je suis contre l’héritage. Hériter en dormant, c’est un privilège exorbitant. Les enfants n’ont qu’à se démerder. » Facile à dire pour quelqu’un qui n’en a pas ? « Des amis qui en ont pensent comme moi. »

Certains s’étonnent aussi que le mécénat stagne, voire baisse, alors que les hauts revenus ont fortement augmenté. Avec l’impôt, et notamment celui sur la fortune, nous faisons beaucoup pour la collectivité, répondent les riches. Pierre Bergé, grand mécène dans l’art ou la santé, n’est pas convaincu : « Je ne comprends pas que les riches soient si peu mécènes, alors qu’ils doivent être des exemples. Que certains préfèrent suivre un cours de Bourse me laisse sans voix. Je ne dis pas que je veux rendre ce que j’ai gagné, je préfère le mot partager. »

Jean-Claude Volot, PDG de Dedienne (assistance technique aux compagnies aériennes) et collectionneur d’art, raconte : « Lors d’une réunion dans une banque d’affaires, j’étais stupéfait de voir à quel point les clients qui détiennent des avoirs considérables semblaient tristes et d’une anxiété inouïe. Beaucoup exigent des relevés mensuels de leur fortune et font des scandales quand ils perdent 0,002 %. J’ai suggéré au banquier de créer un slogan : ‘Vivez votre argent’. Pour le vivre, il faut le dépenser. » Sa philosophie, dit-il, vient de ses origines. « Je suis issu d’une famille de huit enfants de l’est de la France, et mon père était un petit fonctionnaire. Je n’ai pas à assurer la continuité d’un patrimoine, à la différence des héritiers. Plus d’impôts, pour moi, c’est un tableau en moins. »

Jean-Claude Volot respire au milieu de sa collection. D’autres décident carrément de changer d’air et optent pour l’exil. Ou jurent qu’ils vont partir. C’est le symptôme le plus visible, le plus médiatisé aussi, du mal-être des riches. Pour preuve, le désir de Bernard Arnault, le plus riche des Français (41 milliards de dollars, selonForbes), de devenir belge. Provoquant cette « une » de Libération le montrant une valise à la main, sous ce titre : « Casse-toi, riche con ! », qui a fait hurler tant de riches, même ceux qui n’aiment pas le patron de LVMH.

Un responsable travaillant dans la finance affirme que ses dix doigts ne suffisent pas pour compter ses relations parties à l’étranger ou en partance. Destination ? Belgique, Suisse, Luxembourg, Royaume-Uni, Etats-Unis. A Bruxelles, un avocat fiscaliste constate une accélération des demandes par rapport à 2011. Début novembre, le quotidien belge Le Soir annonçait que Gérard Depardieu venait d’acquérir une maison en Belgique, à moins de 3 km de la frontière française.

Ce qui frappe, c’est le départ d’entrepreneurs pas si fortunés que ça. Ils sont jeunes, fuient « une France triste », rêvent de New York, où « l’énergie est partout », ou de Londres, où « les riches sont des modèles ». Pierre Kosciusko-Morizet en veut à ceux qui partent, mais dit qu’il a « de moins en moins d’arguments pour les convaincre de rester ». Même le footballeur Antoine Devaux rêve d’aller jouer au Royaume-Uni, où « la fiscalité est plus light » et où les supporteurs « vous soutiennent toujours ».

On fuit la France parce qu’on est mal aimé et à cause de la fiscalité. Thierry Pech déplore, comme beaucoup, l’absence d’une fiscalité commune à l’Union européenne. « La culpabilité n’est plus un frein au départ et je trouve ça terrifiant, commente un patron du CAC 40. Néanmoins, un bon nombre renoncent, car ce n’est pas si facile. D’ailleurs je connais beaucoup plus d’exils tristes que d’exils heureux, sauf pour ceux qui mettent l’argent en tête de leurs valeurs. Devant les amis, les lieux, les souvenirs, la culture, la famille, le pays… »

Le profil du patron a changé, et il favorise les départs, poursuit cet industriel qui a plus de quarante ans de management derrière lui : « Les jeunes ont étudié à l’étranger, y ont obtenu des diplômes, parlent plusieurs langues… Avec la mondialisation de l’entreprise, ils passent 90 % de leur temps à l’étranger, l’attachement au pays natal se distend. Et ils ne voient que le côté négatif de la France. »

Pierre Bergé trouve aberrant un départ motivé par la fiscalité. « Comment l’argent peut-il guider un départ ? Ce n’est quand même pas une question de survie… »Jean-Claude Volot va dans le même sens : « Après un mois dans un autre pays, je m’ennuie. J’ai besoin de la France, pour aimer, me fâcher aussi. La question centrale, c’est : ‘Qu’est-ce qui fait votre vie ?’ Si vous acceptez d’être la risée de Belges, c’est que l’argent est au centre. Moi, je préfère regarder mon abbaye d’Auberive que mon compte en banque. C’est plus beau et moins anxiogène. »

Article sur le site du Monde.

Les très hauts revenus : des différences de plus en plus marquées entre 2004 et 2007 | INSEE

Étude de l’INSEE, parue en 2009, non actualisée depuis.
Auteure : Julie Solard

Cette étude de référence de l’INSEE, citée par de nombreux articles jusqu’à aujourd’hui, révèle qu’en 2007, les 1 % de salariés les mieux rémunérés du secteur privé, soit 133 000 personnes ayant touché au moins 124 573 euros, ont gagné en moyenne 215 600 euros brus, c’est-à-dire sept fois plus que la moyenne des salariés à temps complet.
« Très hauts salaires » (THS) veut dire plus de 84 500 euros par an, d’après cette étude basée sur les chiffres de 2007. Un couple de cadres supérieurs gagnant chacun 5 300 euros nets chacun, ou un ménage avec deux enfants dont les ressources atteignent près de 15 000 euros nets par mois. Ces THS sont principalement ceux des dirigeants d’entreprise, des professionnels de la finance (cadres des services financiers en entreprise, traders…), des cadres commerciaux, ainsi que plus faiblement, des spécialistes de l’informatique, dans les communications, ainsi que des ingénieurs de l’industrie et des pilotes du transport aérien.
L’Insee distingue le dernier groupe de ces THS, celui des sportifs de haut niveau dont le salaire moyen est de plus de 400.000 euros par an.
Cette population de THS est très masculine. 55 % de l’ensemble des salariés sont des hommes, une proportion qui grimpe à 78 % pour les THS, et même à 92 % pour les seuls dirigeants. La proportion des femmes, même en progression, reste modeste, à 13 %.
Les THS se concentrent en Ile-de-France, dans les sièges sociaux. Presque un sur deux a choisi l’Ouest parisien (Paris, Yvelines, Hauts-de-Seine), alors que ces trois départements ne regroupent que 10% de l’emploi national.
Durant ces dix dernières années, ces THS ont augmenté plus vite que les autres, pour atteindre 6,8 % de la masse salariale en 2007 contre 5,5 % en 1996.
Les THS ont bénéficié de substantielles augmentations entre 2002 et 2007 : + 5,8 % par an, en moyenne et en euros constants pour ceux qui étaient déjà sur la pointe de la pyramide de la hiérarchie salariale, en 2002, +14,5 % pour ceux qui y ont accédé en cours de période, contre +2,3 % en moyenne pour l’ensemble des salariés ayant travaillé de façon continue sur la période 2002-2007.
Le nombre de redevables à l’ISF a augmenté de 70 %, de 336 000 foyers redevables en 2004 à 528 000 en 2007. Cette évolution correspond principalement à une valorisation des actifs immobiliers et mobiliers possédés.

L’étude intégrale.

Qui sont les 1 % français ? | Slate

Slate, le 20 janvier 2012.

Longue page pleine de graphiques et de statistiques utiles.
Article original sur le site de Slate.

Mouvements «Occupy…», polémiques en France sur le quotient familial… Des deux côtés de l’Atlantique, la question des niveaux de revenus est au coeur du débat politique. Avec pour cible les «1%», cette catégorie de la population qui capterait, selon ses détracteurs, un niveau excessif de richesses. Qui sont-ils en France? Slate fait le point en chiffres à l’orée de la campagne présidentielle.

Comment évoluent les très hauts revenus en France | Observatoire des inégalités

Le 18 décembre 2012

Les 0,01 % les plus riches ont gagné 100 000 euros de revenus annuels supplémentaires entre 2004 et 2009. Un gain équivalent à huit années de Smic…

L’évolution des hauts revenus est mal connue. Pour l’Instant, l’Insee ne diffuse de données que pour l’intervalle 2004-2009. On en sait un peu plus grâce aux travaux des économistes Thomas Piketty et Camille Landais, mais beaucoup reste à faire dans la connaissance du haut de la distribution.

Evolution à court terme et moyen terme

- L’évolution des niveaux de vie

Entre 2004 et 2009, les 0,01 % les plus riches ont vu leur revenu annuel (salaires et revenus du patrimoine compris) s’accroître de 18 %, soit de 100 000 euros (données avant impôts), passant de 552 400 à 651 300 euros : une augmentation équivalente à plus de huit années de Smic… Et encore, il s’agit de la frontière (revenu minimum) des 0,01 % et non du revenu moyen de cette tranche, encore bien supérieur… A noter tout de même qu’il s’agit de données avant imposition.

Les 1 % les plus riches ont engrangé beaucoup moins, mais leurs 6 200 euros (+8 %), représentent tout de même la valeur du travail de plus de six mois d’un smicard. En même temps, la moitié de la population a obtenu 1 200 euros supplémentaires au cours de ces quatre années (+7 %).

La part des revenus déclarés par les plus aisés est passée, entre 2004 et 2009, de 1,7 % à 1,9 % pour les 0,1 % les plus riches, de 4,8 % à 4,9 % pour les 0,9 % suivants alors qu’elle a stagné pour le reste de la population (72,6 % en 2009 contre 72,8 % en 2004).

Depuis 2008, la crise financière a fait lourdement chuter les revenus du patrimoine, il est fort probable que l’évolution des hauts revenus soit, même si elle reste bien supérieure au commun des mortels, moins avantageuse. Mais on ne peut encore en dresser le bilan.

Hausse des revenus entre 2004 et 2009
Evolution des revenus annuels déclarés par personne
2004 (en euros) 2009 (en euros) Hausse (en %) Hausse en valeur (en euros)
Les 50 % des personnes les plus riches gagnent au moins 17 400 18 600 + 6,9 + 1 200
Hausse des plus hauts revenus
Les 10 % les plus riches gagnent au moins 35 400 37 400 + 5,6 + 2 000
Les 1 % les plus riches…….. 80 500 86 700 + 7,7 + 6 200
Les 0,1 % les plus riches…….. 201 300 223 100 + 10,8 + 21 800
Les 0,01 % les plus riches…….. 552 400 651 300 + 17,9 + 98 900
Ces revenus ne prennent pas en compte les impôts et les prestations sociales.
Source : Insee
Evolution de la part des revenus déclarés détenue par les plus riches entre 2004 et 2008
Unité : %
2004 2009
Part détenue par les 0,1 % les plus aisés 1,7 1,9
Part détenue par les 0,9 % suivants 4,8 4,9
Part détenue par les 9 % suivants 20,7 20,6
Part détenue par le reste de la population (90 %) 72,8 72,6
Source : Insee, France métropolitaine – personnes appartenant à des ménages fiscaux dont les revenus déclarés sont strictement positifs

- L’évolution des salaires

Entre 1996 et 2008, la part dans la masse salariale des 1 % des salariés à temps complet touchant la rémunération la plus élevée au sein du secteur privé est passée de 5,5 % à 6,9 % (voir graphique ci-dessous). Les salaires perçus en moyenne par les 1 % des salariés les mieux rémunérés ont augmenté beaucoup plus rapidement que ceux des autres salariés.

Selon l’Insee, les 132 000 personnes représentant les 1 % des salariés à temps complet les mieux rémunérés ont touché en moyenne en 2008 un salaire brut de 221 400 euros. Les 10 % des salariés les mieux rémunérés percevaient un salaire de 73 800 euros (trois fois moins), tandis que le salaire moyen de l’ensemble des salariés du privé s’élevait à 33 010 euros (sept fois moins).

Evolution de long terme

Comme le montrent les données publiées par le chercheur Camille Landais, la part du revenu national détenue par les 1 % les plus riches est en nette augmentation depuis le début des années 1980. Elle est passée de 7 % en 1981 à 9 % en 2006, avec une baisse assez nette entre 1988 et 1996.

Article original sur le site de l’Observatoire des inégalités.

- Pour en savoir plus :

Riches : toujours plus

L’évolution des inégalités de revenus en France

L’évolution des inégalités de revenus en France | Observatoire des inégalités

Le 9 décembre 2012

Les inégalités de revenus se sont accrues au cours des dix dernières années. Le revenu annuel moyen des 10 % les plus modestes s’est élevé de 400 euros entre 2000 et 2010, celui des 10 % les plus riches de 8 950 euros.
Le jugement que l’on peut porter sur les inégalités de revenus dépend de l’échelle de temps et de l’instrument de mesure que l’on utilise. Contrairement à une thèse répandue, la question n’est pas de « faire dire ce qu’on veut aux chiffres », mais de se mettre d’accord à la fois sur les dates d’observation et les outils.

Depuis les années 1970

L’outil utilisé le plus souvent pour mesurer les inégalités de revenus est le rapport entre ce que touchent les 10 % les plus riches et ce que touchent les 10 % les plus pauvres. C’est une mesure relative des inégalités. Les statisticiens appellent cet indicateur, le « rapport interdécile ». Plus exactement, il ne s’agit pas de ce que « touchent » les plus riches et les plus pauvres, mais de valeurs limites : le rapport entre le niveau de vie minimum des 10 % les plus riches (ce qui s’appelle un décile, le neuvième) et le niveau de vie maximum des 10 % les plus pauvres (un autre décile, le premier). Tout cela, après impôts directs et prestations sociales.

Avec cet outil, et si l’on observe les choses depuis les années 1970, la diminution est nette : le rapport interdécile est passé de 4,6 à 3,5. On peut bien parler d’une baisse des inégalités qui a eu lieu entre 1970 à 1990, ensuite l’évolution est très faible.

Rapport entre le niveau de vie des 10 % les plus riches et celui des 10 % les plus pauvres
1970 1975 1979 1984 1990 1996 2000 2005 2006 2007 2008 2009 2010
Rapport 4,6 4,1 3,5 3,5 3,3 3,5 3,3 3,4 3,4 3,4 3,4 3,4 3,5
* Estimation. Revenu après impôts et prestations sociales. Lecture : en 2008, le niveau de vie le plus bas des 10 % les plus riches était 3,4 fois supérieur au niveau de vie le plus élevé des 10 % les plus pauvres. Légère rupture de série en 2005.
Source : Insee

L’évolution entre 2000 et 2010

Il est juste de mesurer les évolutions des inégalités sur une longue période, les commentaires sur les variations d’une année sur l’autre n’ont pas grande valeur compte tenu des écarts de mesure. Mais remonter 40 ans en arrière est tout de même une bien longue période. Si l’on se concentre sur les dix dernières années, l’observation est différente. Surtout si à la place des « déciles », on observe le revenu moyen annuel de chaque tranche de 10 %. Une très forte progression des 5 % les plus riches peut ne rien modifier à la valeur du neuvième décile (celui qui sépare les 90 % les moins riches des 10 % les plus riches), mais elle va accroître la valeur moyenne de la tranche. Les moyennes comprennent des très bas et des très hauts revenus, qui ne sont pas pris en compte quand on ne s’intéresse qu’aux valeurs limites des tranches.

L’observation que l’on peut faire sur dix ans est sensiblement différente. Entre 2000 et 2010, le niveau de vie moyen annuel des 10 % les plus pauvres a progressé de 5,3 % soit 400 euros, une fois l’inflation déduite. Le niveau de vie moyen des 10 % les plus riches a augmenté de 18,9 % soit 8 950 euros. L’écart relatif entre ces deux catégories a augmenté : en 2010, les plus modestes touchent 7 fois moins que les plus aisés, contre 6,3 fois en 2000. En valeur absolue, l’écart est passé de 39 700 en 2000 à 48 250 euros en 2010. En moyenne, les 10 % les plus riches ont gagné près de 9 mois de Smic net supplémentaires en dix ans.

Evolution des niveaux de vie moyens annuels
Par tranche de 10 % pour une personne
Unité : euros
2000 (en euros) 2010 (en euros) Gain en euros Gain en %
Niveau de vie moyen des 10 % les plus pauvres 7 540 7 940 400 5,3
Niveau de vie entre les 10 et 20 % 10 630 11 750 1 120 10,5
Niveau de vie entre les 20 et 30 % 12 690 14 100 1 410 11,1
Niveau de vie entre les 30 et 40 % 14 530 16 190 1 660 11,4
Niveau de vie entre les 40 et 50 % 16 340 18 230 1 890 11,6
Niveau de vie entre les 50 et 60 % 18 300 20 380 2 080 11,4
Niveau de vie entre les 60 et 70 % 20 640 22 920 2 280 11,0
Niveau de vie entre les 70 et 80 % 23 790 26 340 2 550 10,7
Niveau de vie entre le 80 et 90 % 28 940 31 860 2 920 10,1
Niveau de vie des 10 % les plus riches 47 240 56 190 8 950 18,9
Rapport entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres 6,3 7,1
Ecart entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres (en euros) 39 700 48 250
Après impôts et prestations sociales. Les séries ont été reconstituées pour éviter les ruptures de série qui existent en 2002 et 2005. Un décile est une tranche de 10 % de la population
Source : calculs de l’Observatoire des inégalités d’après l’Insee.

L’évolution des plus hauts revenus

Entre 2004 et 2009, les 0,01 % les plus riches ont vu leur revenu annuel s’accroître de près de 100 000 euros ! (données avant impôts, voir le tableau ci-dessus). Les inégalités se sont aussi accrues au niveau des 10 % les plus riches : le neuvième décile a touché 2 000 euros de plus en cinq ans, ce qui reste modeste rapporté aux 0,01 % les plus riches.

Hausse des revenus entre 2004 et 2009
Evolution des revenus annuels déclarés par personne
2004 (en euros) 2009 (en euros) Hausse (en %) Hausse en valeur (en euros)
Les 50 % des personnes les plus riches gagnent au moins 17 400 18 600 + 6,9 + 1 200
Hausse des plus hauts revenus
Les 10 % les plus riches gagnent au moins 35 400 37 400 + 5,6 + 2 000
Les 1 % les plus riches…….. 80 500 86 700 + 7,7 + 6 200
Les 0,1 % les plus riches…….. 201 300 223 100 + 10,8 + 21 800
Les 0,01 % les plus riches…….. 552 400 651 300 + 17,9 + 98 900
Ces revenus ne prennent pas en compte les impôts et les prestations sociales.
Source : Insee

Que s’est-il passé depuis 2010 ?

Tout en haut de la pyramide des revenus, les revenus financiers représentent une part importante des ressources et en 2009-2010 ce type de revenus a enregistré des performances moins bonnes. Mais il en est de même pour les plus bas revenus, lourdement frappés par la crise, et pour qui les pertes de ressources auront des conséquences bien plus dramatiques que pour ceux qui vivent de leurs rentes…

Conclusion :

Plus personne ne peut contester la hausse des inégalités dans les années récentes. Principalement parce que les revenus des très riches se sont envolés. Avec retard et avec moins d’ampleur, la France suit le chemin emprunté par les Etats-Unis dès le milieu des années 1970 et la Grande-Bretagne quelques années après. Les baisses d’impôts effectuées depuis dix ans ont accompagné ce mouvement.

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants | Observatoire des inégalités

Le 29 décembre 2012

Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1 500 années de Smic par an… Et encore, sans tenir compte de tous leurs avantages.

Le revenu annuel d’un grand patron représente de 400 à 1 500 années de Smic, selon les données 2011 publiées par Proxinvest dans son quatorzième rapport La Rémunération des Dirigeants des sociétés du SBF 120 (11 décembre 2012). De 5,5 millions d’euros pour Olivier Piou (GEMALTO) à 19,6 millions d’euros pour Maurice Lévy, patron de Publicis (ce niveau record est en partie dû au versement anticipé de ses bonus différés, une prime exceptionnelle de 16 millions d’euros).

Les revenus pris en compte dans cette étude totalisent les salaires fixes, variables et/ou exceptionnels, les stocks-options [1] et les actions gratuites. Ils ne comprennent pas par contre certains autres avantages comme ceux en nature (voitures, logements de fonction par exemple), le complément de retraite sur-complémentaire alloué à certains dirigeants de grandes entreprises notamment. Proxinvest indique que la rémunération des grands patrons est composée en 2011 de 24 % de rémunération fixe, 32 % de variable, 16 % d’autres avantages, 16 % en actions gratuites et 12 % en options d’achat [2].

Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le talent, l’investissement personnel, la compétence, le niveau élevé de responsabilités ou la compétition internationale peuvent justifier. Ils vont bien au-delà de ce qu’un individu peut dépenser au cours d’une vie pour sa satisfaction personnelle. Ils garantissent un niveau de vie hors du commun, transmissible de génération en génération, et permettent de se lancer dans des stratégies d’investissement personnel (entreprises, collections artistiques, fondations, etc.). Il faut ajouter que ces dirigeants disposent de mécanismes de protection considérables en cas de départ forcé de l’entreprise : mésentente avec les actionnaires, erreurs stratégiques ou économiques, etc.

Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rémunérés. Des très hauts cadres de certaines professions ou des sportifs peuvent avoir un revenu annuel moyen astronomique : 35 années de Smic pour un sportif de haut niveau, 23 années pour un cadre du secteur de la finance, 18 années pour un dirigeant d’entreprise salarié…

Les revenus des patrons d’entreprises du CAC 40 les mieux rémunérés
Société Revenus annuels * (en milliers d’euros) En nombre d’années de Smic **
Maurice Lévy Publicis 19 600 1 491
Carlos Ghosn Renault 13 300 1 012
Bernard Charlès Dassault Systèmes 10 900 829
Bernard Arnault LVMH 10 800 821
Jean-Paul Agon L’Oréal 7 700 586
Christopher Viehbacher Sanofi-Aventis 7 100 540
Franck Riboud Danone 6 100 464
Daniel Julien Téléperformance 5 600 426
Denis Kessier SCOR 5 500 418
Olivier Piou GEMALTO 5 500 418
* Salaires fixes,variables et/ou exceptionnels, stocks-options, actions gratuites, dividendes et avantages annexes en milliers d’euros. ** Smic net annuel au 31 décembre 2011 (13 140 euros).
Source : Proxinvest. Année des données : 2011
Les très hauts salaires * par profession
Unité : euros
Salaire brut annuel moyen En années de Smic **
Sportifs de haut niveau 444 955 35
Cadres des fonctions financières 244 878 19
– Dont métiers de la banque<i< td= » »> 289 913 23
Cadres d’état major 238 674 19
Dirigeants 225 340 18
Autres 210 446 17
Divers cadres 195 349 15
Fonction commerciale 181 257 14
Fonction technique 180 230 14
* les 1 % de salariés à temps complet les mieux rémunérés. ** Smic net annuel 2010.
Source : Insee. Année des données : 2007

Pour en savoir plus : Les très hauts salaires du secteur privé – Insee première n°1288 – avril 2010.

 

[1] Droits attribués aux salariés d’acquérir des actions de leur société sous certaines conditions, notamment avec un rabais, ce qui leur procure une plus-value quasi certaine lors de la revente.

[2] Droit d’acheter, pendant une période et à un prix convenus à l’avance, une certaine quantité d’actif. En contrepartie de ce droit l’acheteur verse une prime au vendeur

Article original sur le site de l’Observatoire des inégalités.

La définition de la « richesse » divise la classe politique | La Croix

La Croix, 14 juin 2010

S’il veut taxer les hauts revenus, l’État doit d’abord fixer le niveau à partir duquel un contribuable est considéré comme « riche ». La question n’a pas fini de susciter les interrogations

Parce qu’il entend défendre l’équité de sa réforme des retraites, le gouvernement s’apprête à taxer les plus hauts revenus. Mais les modalités de cette contribution annoncée par Nicolas Sarkozy font débat. Évoquée la semaine dernière, la piste d’un impôt sur les revenus supérieurs à 11 000 euros pourrait finalement être abandonnée.

La question est sensible : en 2007, en pleine campagne présidentielle, le premier secrétaire du PS, François Hollande, s’était attiré les sarcasmes de la droite en affirmant qu’il fallait « taxer les riches ». Soit, expliquait-il alors, ceux qui gagnent « plus de 4 000 euros net par mois ». Le ministre du budget Jean-François Copé l’avait alors accusé de vouloir s’en prendre aux « classes moyennes ».

Fait-on vraiment partie de la classe moyenne quand on gagne 4 000 euros par mois ? Nouveau débat. « Oui, bien sûr, répondait Jean-François Copé. Un professeur en fin de carrière gagne à peu près 4 100 euros par mois. Un conducteur de TGV aussi. » Des affirmations aussitôt démenties par les syndicats.

Même débat le mois dernier. Cette fois, c’est le député libéral (UMP) Hervé Mariton qui se risque à une appréciation de la « richesse ». Interrogé par Canal + sur la définition de la catégorie qui sera taxée pour financer les retraites, il explique qu’il gagne 5 000 euros par mois (au titre de son indemnité parlementaire) et qu’il ne se considère pas comme « riche » : « C’est le revenu d’un cadre moyen », conclut-il. En réalité, l’élu de la Drôme, qui est également maire de Crest, gagne davantage : outre l’enveloppe dévolue à ses « frais de mandat », il touche une indemnité d’environ 1 400 euros en tant que maire.

« IL Y A TOUJOURS PLUS RICHE QUE SOI »

Hervé Mariton persiste et signe : « J’ai un bon salaire mais je ne suis pas riche. J’ai quatre enfants. Mes revenus me permettent une certaine aisance mais n’autorisent pas les caprices. » Pour le député et maire, la définition de la richesse est subjective : « On considère comme riche celui qui gagne plus que vous », souligne-t-il. « Impossible de définir la richesse de manière absolue, renchérit le député du Nouveau Centre Charles de Courson. C’est une question relative. »

Même circonspection à gauche : « Je n’aime pas ce vocable de « riche », répond le député (PS) de l’Indre Michel Sapin. C’est une facilité de langage et cela ne veut rien dire. Il y a toujours plus riche que soi. »

Il reviendra au gouvernement de fixer le curseur. Reste que le principe lui-même de ce volet de la future réforme des retraites suscite des débats. Pour Charles de Courson, il s’agit d’une bonne mesure : « On est dans une situation difficile socialement, il faut que les gens les plus aisés contribuent à l’effort national. » Taxer les revenus supérieurs à 10 000 euros par mois lui paraît juste : « Moins de 1 % de la population active a de tels revenus mensuels », explique le député de la Marne.

TAXATION PLUS IMPORTANTE DU CAPITAL ?

Plutôt que « taxer les riches », le socialiste Michel Sapin préfère dire qu’il faut faire contribuer les Français « à proportion de leurs revenus ». Et s’il y a un effort supplémentaire à demander aux plus hauts revenus, il faut cibler ceux qui sont soumis à la tranche supérieure de l’impôt. Il explique : « Ce sont ceux qui ont le plus profité au cours des dernières années des baisses d’impôt puisque en dix ans le taux d’imposition de cette tranche est passé de 57 à 40 %. Ce n’est pas anormal en période de difficultés financières que ce soit à eux que l’on demande un effort. »

Mais pour les socialistes, la mesure que s’apprête à prendre le gouvernement reste « cosmétique ». Et sert avant tout « d’alibi à une réforme profondément injuste », juge la députée PS Marisol Touraine. Pour financer les retraites, l’opposition avance d’autres solutions. Notamment une taxation plus importante du capital. « Au cours de ces dernières années, il y a eu un transfert progressif de la richesse du travail vers le capital, poursuit Marisol Touraine. C’est donc normal qu’on le mette davantage à contribution. » Le PS propose de taxer les stock-options, les bonus ainsi que les revenus tirés de l’intéressement et de la participation.

Mêmes réserves chez le libéral Hervé Mariton : « La logique des retraites, c’est de reposer sur des cotisations, pas sur l’impôt, analyse-t-il. La taxation est un accroc à cette logique. »

Solenn de ROYER et Céline ROUDEN

Article original sur le site de La Croix.

La pauvreté touche de plus en plus d’actifs | Le Figaro

Le Figaro, 9 septembre 2010
Par Marion Brunet

En 2009, le Secours catholique a aidé 80.000 personnes de plus qu’en 2008. Parmi eux, de plus en plus de travailleurs pauvres et de couples avec enfants.

Près d’1,5 million de personnes ont eu recours à l’aide du Secours catholique en 2009. Soit 80.000 de plus qu’en 2008. Après une baisse observée en 2007, le nombre de situations de pauvreté a augmenté de 2,1% l’an dernier pour la seconde année consécutive, selon un rapport de l’organisation catholique publié mardi. Parmi les personnes concernées : les chômeurs, les étrangers sans ressources, mais aussi les salariés et les ménages. Leur point commun ? L’extrême faiblesse de leurs ressources, insuffisantes pour faire face aux dépenses courantes et aux imprévus.

«La crise socio-économique et l’impact sur l’emploi rendent encore plus incertaine l’amélioration des conditions de vie et fragilise davantage les personnes», décryptent les auteurs du rapport. «Toutes ces personnes en difficultés ne sont pas de mauvais gestionnaires», souligne pour sa part Pierre Levené, le secrétaire général du Secours catholique. C’est «l’insuffisance de leurs ressources, absolument criante», qui est en cause, argue-t-il. «On est proche du scandale de laisser autant de gens avec si peu».

Dans 94% des cas, les personnes aidées vivent sous le seuil de pauvreté, établi à 950 euros par mois. Près d’un tiers (29%) sont de nationalité étrangère. La pauvreté touche aussi les jeunes : parmi les personnes recensées, 11% ont moins de 25 ans et la moitié moins de 40 ans. Mais de plus en plus d’actifs sont également touchés puisqu’ils représentent 62 % des personnes accueillies, parmi lesquelles des demandeurs d’emploi. «Ce sont des gens qui ont des revenus et qui, en d’autres temps, ne seraient pas venus nous voir», explique François Soulage, le président du Secours catholique, pour qui le revenu de solidarité active (RSA), créé en 2008 pour rendre l’emploi plus attractif, n’a pas changé la donne.

Le revenu mensuel médian des ménages à 759 euros

Autre fait marquant : la part des couples avec enfants en «situation de pauvreté» a augmenté en 2009. Ils représentent désormais 21,8% des situations rencontrées, contre 20,5% en 2008. «Lorsqu’un des deux adultes perd son emploi, la famille peut se trouver rapidement en difficulté», indique le rapport.

Le Secours catholique a tenté de mieux comprendre la situation des personnes en difficulté en analysant en détail le budget mensuel de 1.163 foyers. L’organisation évalue le revenu mensuel médian à 759 euros, hors aides au logement. «Nous avons été surpris par le résultat : pas une famille qui ne soit en déficit en fin de mois», affirme François Soulage. Ils n’ont aucun degré de liberté».

Les dépenses incompressibles – loyers, énergie, eau, mutuelles et assurances, impôts, transports, scolarité – représentent 515 euros, soit 68% du budget. Les dépenses de la vie courante (alimentation et habillement) sont quant à elle évaluées à 265 euros. Alors qu’à la fin du mois les comptes sont donc déjà dans le rouge (- 21 euros), il reste encore à financer, souvent par le crédit, les dépenses imprévues (pannes, problème de santé) et les dépenses «souples» (entretien du logement, du véhicule, loisirs). Le solde plonge alors à – 141 euros.

«En l’absence de revenus complémentaires, aucun des ménages que nous aidons ne peut faire face, sans basculer dans l’endettement, à ces charges exceptionnelles», concluent les auteurs du rapport. «Ils vivent au jour le jour sans souvent faire valoir leurs droits à des dispositifs qui pourraient les aider, faute notamment d’information suffisante (tarifs sociaux de l’énergie, CMU, RSA, etc.) ou par crainte d’être stigmatisés», souligne le rapport. Face à ce constat, le Secours catholique a dressé une liste de propositions: «créer un environnement plus porteur» pour les actifs avec davantage de places en crèche et de transports en milieu rural, relever les minima sociaux et revaloriser les aides publiques au logement ou encore favoriser les contrats à temps plein et la formation.

Article original sur le site du Figaro.

Un Français sur deux se dit pauvre ou en passe de le devenir | Les Échos

Les Échos, 6 décembre 2012
Par Stéphane Dupont

11 % des personnes interrogées par CSA pour «Les Echos» se déclarent pauvres et 37 % en passe de l’être. Les employés sont la catégorie sociale qui se sent le plus fragilisé par la crise.

C’est un chiffre qui ne manquera pas d’alimenter les débats lors de la grande conférence nationale contre la pauvreté qui se tient lundi et mardi à Paris en présence de François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Pas moins de 48% des personnes interrogées par CSA pour « Les Echos » se déclarent « pauvres » ou « en train de le devenir ». Soit près d’un Français sur deux. Dans le détail, 11% des sondés se disent « pauvres » et 37% en passe de l’être.

Les employés broient tout particulièrement du noir avec un taux qui grimpe à 60%. « Parce qu’ils comptent dans leurs rangs plus de femmes, de temps partiels et de contrats précaires », explique Jérôme Sainte-Marie, directeur du département politique-opinion de CSA. Les ouvriers sont un petit peu moins pessimistes, 51% d’entre eux se déclarant pauvres ou en passe de le devenir.

Milieux populaires

Sur le plan des sensibilités politiques, ce sont les sympathisants du Front national (68%), qui se recrutent beaucoup dans les milieux populaires frappés par la crise, qui accusent le plus le coup. Loin devant ceux notamment du Front de gauche (41%) ou du Parti socialiste (32%), « très présents dans le secteur public », décrypte Jérôme Sainte-Marie.

« On n’est plus dans le sentiment de déclassement, mais dans celui de paupérisation », insiste ce dernier. « Bon nombre de Français n’ont plus seulement l’impression qu’ils vivront moins bien que leurs parents ou que ce qu’ils espéraient, mais qu’ils pourraient être précipités dans la misère, s’ils n’y sont pas déjà, en raison entre autre de la crise. On est entré dans une nouvelle ère.»

Article original sur le site des Échos

Être riche, c’est qui, c’est quoi ? | La Croix

La Croix, 14 juin 2010
Au moment où le gouvernement s’apprête à annoncer des mesures pour assurer l’avenir des retraites, enquête sur le sentiment d’être riche ou pas

On ne sait pas où commence la richesse, comme on ne sait pas ou débute la vieillesse. C’est en substance ce qu’énonçait le sociologue économiste Vilfredo Pareto au tournant du XXe siècle. Plus de cent ans plus tard, essayer de cerner le « sentiment » de richesse aujourd’hui en France se heurte toujours au même problème. Être riche, c’est quoi, c’est qui ? Donnée statistique définie, le seuil de la pauvreté est sans équivalent à l’autre bout de l’échelle sociale.

Si l’on considère comme « riches » les personnes disposant de « très haut revenus » selon la terminologie de l’Insee dans son étude sur les revenus et le patrimoine des ménages publiée en avril dernier, portant sur la période 2004-2007, cela ne concerne que 1 % de la population française (lire les Repères).

C’est à partir d’un revenu annuel déclaré de 84 500 euros par unité de consommation que l’on appartient à cette catégorie. L’Insee compte une unité de consommation (UC) pour le premier adulte d’un ménage, 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans et plus, et 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans. Juste en dessous, et toujours selon l’Insee, les « hauts revenus » hexagonaux se situent entre 35 600 euros et 84 500 euros. Ils représentent 9 % de la population.

LA FOURCHETTE DES HAUTS REVENUS PEUT VARIER DU SIMPLE À PLUS DU DOUBLE

Se sent-on riche pour autant si l’on se retrouve ainsi classé dans les hauts et très hauts revenus ? Loin s’en faut. La fourchette des hauts revenus peut varier du simple à plus du double. Mais au sein du 1 % des très hauts revenus, les disparités sont colossales : de 1 à 150, soit de 84 500 euros à plus de 13 millions d’euros.

Autrement dit, selon la sociologue Monique Pinçon-Charlot, la seule avec Michel Pinçon à explorer depuis des années les sommets de l’échelle sociale, « il existe plus de diversité dans les conditions de vie des riches que parmi les pauvres. La grande richesse est extrêmement dispersée, d’autant qu’elle est multidimensionnelle. Car, à côté de la richesse économique et patrimoniale, il ne faut surtout pas méconnaître l’importance de la richesse sociale, c’est-à-dire l’entretien des réseaux, essentiel dans ces univers-là, et de la richesse culturelle. Cette dispersion explique que même chez les plus aisés peut s’imposer l’idée que les riches, c’est les autres. La perception de la richesse est de toute façon variable et dépend de ce que chaque individu peut imaginer en fonction de sa position dans la société. »

L’an dernier, une enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) sur les classes moyennes abordait de façon marginale cette notion de perception de la stratification sociale. À partir de quel montant de ressources peut-on se sentir riche ? Réponse des Français : en moyenne 4 660 euros par mois pour une personne. Des revenus que n’atteint que 3 % de la population.

En dessous, donc, on pourrait « légitimement » ne pas se sentir riche. Ce qui d’ailleurs est le cas : « 50 % des Français les plus aisés disent appartenir aux classes moyennes supérieures, et 29 % même aux classes moyennes inférieures, précise Régis Bigot, directeur du département conditions de vie et aspirations des Français au Crédoc. Cette difficulté à se concevoir privilégié vient d’une représentation biaisée aujourd’hui de la répartition des revenus, issue de la période assez atypique des Trente Glorieuses, qui gonflait des classes moyennes croyant à l’ascension sociale. Aujourd’hui, ces classes moyennes stagnent, et le fossé avec les hauts revenus, eux en forte progression, se creuse. »

« LE GRAND RETOUR DE L’HÉRITAGE »

Du coup, la frange basse des hauts revenus ne peut-elle être considérée comme « riche » ? C’est bien sûr loin d’être admis par la population concernée. « Tant que l’on parle de taxer les super-riches, tout va bien, commente Louis Maurin, cofondateur de l’Observatoire des inégalités. Mais dès que l’on propose de situer le seuil de richesse à un niveau plus raisonnable, pour penser une fiscalité compatible avec l’ampleur de l’effort national indispensable pour financer la dette, les retraites ou la Sécurité sociale, ça coince. Pourtant, lorsqu’on appartient au 9 % des Français avec des hauts revenus définis par l’Insee, si on n’est pas riche, alors qu’est-ce qu’on est ? »

Pour l’économiste Thomas Piketty, l’enjeu majeur de ce débat réside aussi dans ce qu’il appelle le « grand retour de l’héritage », qui n’appartient pas qu’au XIXe siècle balzacien. La définition de la richesse exigerait de plus en plus de prendre en compte le patrimoine constitué et transmis et, dans ce cadre, ne pas considérer que l’accumulation des biens des super- riches.

« Des dotations de 300 000 ou 400 000 euros n’arrivent certes pas tous les jours, mais ne se produisent pas non plus que chez les plus nantis, assure l’économiste. Une fraction non négligeable d’une génération post-baby boom s’apprête à en profiter, et des inégalités redoutables pour une société démocratique vont se constituer. Il faut impérativement prendre en compte cette dimension, qui dépasse le débat sur la nécessité de faire payer les riches. »

VISER LES TRÈS HAUTS REVENUS

Une analyse avec laquelle Monique Pinçon-Charlot n’est qu’en partie d’accord : « La richesse patrimoniale est effectivement essentielle à prendre en compte. Mais d’abord et avant tout, celle des très hauts revenus qui aujourd’hui ne laisse rien au hasard dans sa transmission, agissant comme la seule classe vraiment organisée dans notre société. On peut certes réfléchir à une fiscalité contributive concernant les hauts revenus définis plus largement. Mais je crois qu’il existe bien des marges de manoeuvre à exploiter avec les très hauts revenus qui concentrent les niches fiscales choisies, l’accès aux paradis fiscaux et les revenus du capital peu taxés. Si une prise de conscience peut intervenir, j’espère avec optimisme qu’elle touche aussi des familles très aisées qui se réclament encore de certaines valeurs, et qui commencent à percevoir que ce monde est fou. »

Jean-Luc FERRÉ

Article original sur le site de La Croix.

En temps de crise, mieux vaut vivre en France | Slate

Résumé de « En temps de crise, mieux vaut vivre en France », Slate, 26 novembre 2010.
Point de vue de Gérard Horny, journaliste, spécialiste des questions financières et patrimoniales.

Après quelques paragraphes sur la violence de la crise depuis 2008, l’auteur souligne le décalage de la France, dans la croissance comme dans la crise.
L’économie française s’est comportée plutôt mieux que ses partenaires au plus fort de la crise, mais si elle a fait plutôt moins bien par la suite, avec un léger recul de son PIB. Sur le plan social, le tableau est plus nuancé : les statistiques ne sont pas aussi médiocres que la violence du désastre économique aurait pu le laisser croire.
L’emploi est très touché, bien sûr, aujourd’hui encore plus qu’au moment de la publication de l’article, mais sans s’effondrer, pour deux raisons pas forcément satisfaisantes : précarité grandissante des emplois, et plus grand recours au travail à temps partiel, pour éviter les licenciements. Mais l’auteur, en 2010, ne voit pas de forte progression de la pauvreté, malgré la fragilisation d’une partie croissante de la population, un fait remarquable dans le texte d’une crise comparée à celle de 1929. En 2009, les salaires ont même continué à augmenter, dans le public comme dans le privé.
Conclusion : le système français amortit les chocs ! Le revenu disponible brut lui aussi a continué à augmenter, car les impôts ont baissé, et les prestations sociales ont augmenté. Des chiffres qui confirmeraient, selon l’auteur, la capacité de l’organisation économique française à amortir les chocs. En France, la population souffre moins qu’ailleurs des désordres conjoncturels. La contrepartie, c’est un poids élevé des dépenses publiques dans le PIB, et des déficits publics structurels.

Article intégral : En temps de crise, mieux vaut vivre en France | Slate

L’inexorable descente aux enfers du système de santé de la Grèce | Le Monde

Extraits de « L’inexorable descente aux enfers du système de santé de la Grèce », Le Monde, 26 novembre 2012.
Faute de moyens financiers et matériels, des médecins « jouent à Dieu », et laissent leurs patients. Les employés sont encore en poste, par chance, mais tout manque : gants en latex, compresses, réactif pour les examens sanguins, cathéters, papier radiographique, etc. Depuis 2009, les dépenses publiques dans le domaine de la santé ont subi une diminution de 32 %. Les patients se voient demander des paiements forfaitaires puis des participations variables aux frais médicaux. Les chômeurs ne sont plus couverts un an après la perte de leur emploi, et doivent s’acquitter de la totalité des frais médicaux. Les unités de soins intensifs sont débordées. Prévue pour accueillir les migrants de passage, l’antenne de Médecins du monde est débordée, elle parvient à peine à soigner les petites pathologies des habitants de la ville. Plus grave encore : l’apparition de la malnutrition, et le retour de maladies oubliées, le paludisme, la tuberculose. L’État doit près d’un milliard d’euros aux laboratoires, les caisses d’assurance-maladie ne remboursent plus les pharmaciens, qui ne délivrent plus de médicaments. Les patients doivent avancer les frais, sans espoir d’être remboursés. Les médecins reconnaissent la gabegie d’avant la crise. En 2009, il y a quatre ans à peine, l’OCDE jugeait le système de santé grec « relativement efficace »…

Article intégral : Grèce _ l’inexorable descente aux enfers du système de santé | Le Monde

Conférence sur la pauvreté, 10 décembre 2012 | Les Échos

Extraits de « Conférence sur la pauvreté : l’absence remarquée de François Hollande », Les Échos, 11 décembre 2012.

Pas moins de 8,6 millions de personnes vivent en France, selon des données de 2010, avec moins de 964 euros par mois et selon le sondage CSA pour «Les Echos» publié la semaine dernière, 37% des Français se disent «en train de devenir pauvres» avec la crise.
Le chef de l’Etat s’était rendu en juillet dans un centre d’accueil du Secours catholique à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, puis, jeudi dernier, sur un site parisien d’Emmaüs Défi, branche d’Emmaüs chargée de l’insertion. «Dans un pays comme le nôtre, nous ne pouvons pas admettre qu’il y ait une pauvreté. Il y faudra l’engagement de l’Etat : il y est prêt (…) Nous avons lancé un pacte de compétitivité. Mais nous avons besoin aussi d’un pacte de solidarité», avait-il affirmé.
L’exécutif sait qu’il sera jugé au final sur les résultats. Ce n’est pas le plus simple. Prudent, le candidat socialiste avait pris soin de ne fixer aucun objectif en la matière pendant la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy, lui, s’était engagé en 2007 à faire baisser d’un tiers la pauvreté en cinq ans et avait promis qu’il n’y aurait plus aucun SDF. Il avait évidemment échoué.

Article intégral : Conférence sur la pauvreté_ l’absence remarquée de François Hollande | Les Echos

Comment les marques pistent les hyper-riches | Nouvel Observateur

Comment les marques pistent les hyper-riches

Créé le 27-12-2012 à 13h15 – Mis à jour le 30-12-2012 à 07h59

Produits exclusifs, matières rares, service personnalisé  : les griffes de luxe rivalisent d’ingéniosité pour repérer et servir les ultra-fortunés.

Boutiques Louis Vuitton et Dior à Macau en Chine. (Paul Brown/Sipa)

Boutiques Louis Vuitton et Dior à Macau en Chine. (Paul Brown/Sipa)

 

C’est un « bar à sacs », un bag bar, dessiné par un architecte en vue, Jun Aoki, au premier étage de la maison Louis Vuitton, sur New Bond Street, à Londres. Ce soir-là, il n’est ouvert qu’à une petite poignée de privilégiées. Assises à un comptoir devant de grands vins millésimés, ces clientes richissimes vont assister à un défilé de sacs unique au monde. Python, lézard, croco, alligator… Comme des grandes bouteilles, ils sont alignés dans des niches qui coulissent en une lente chorégraphie. Bienvenue dans le monde des « HNWI » (high net worth individuals), ces super-riches dotés d’au moins 1 million de dollars d’argent de poche. Ou dans celui, plus intime encore, des « UHNWI » (ultra high net worth individuals), dont le pouvoir d’achat courant est au bas mot de… 30 millions de dollars. Les premiers seraient 12 millions sur la planète, et les seconds, 187 000. Les deux catégories poussent comme des champignons en Chine, au Brésil, en Russie et en Inde.

A l’heure où, en France, il n’est question que de grande pauvreté et de RSA, ces fortunes démesurées choquent. Les grandes maisons de luxe, elles, y voient une clientèle qu’aucun prix n’arrête. Capable de laisser sans ciller plus de 1 million de dollars chez Tiffany pour un bijou. Ou de faire en deux heures le chiffre d’affaires annuel de la boutique Fendi de Saint-Tropez, en achetant quatre manteaux de fourrure. C’est pour eux qu’Hennessy a conçu sa série limitée de mathusalems X.O (flacons de 6 litres, dessinés par Arik Levy, tirés à 100 exemplaires ; 20 000 euros le col). Pour eux qu’Hermès a imaginé son Kelly en croco incrusté de diamants – 115 000 euros -, qui fait un malheur. Ou que Vertu, microentreprise sortie de la galaxie Nokia, existe et prospère en écoulant des portables oscillant autour de 10 000 euros.

Pièces uniques, séries limitées, objets personnalisés, faits main avec des matières rares : les HNWI veulent le nec plus ultra pour sigler leur supériorité. Malgré sa réputation de luxe, le maroquinier Louis Vuitton ne l’était plus assez pour cette clientèle avide d’exclusivité. Pour conjurer le risque de banalisation dû au succès de ses toiles monogrammées, la pépite du groupe LVMH met le turbo sur l’hyper-luxe, en ajoutant de la « haute maroquinerie » à son édifice déjà très lucratif. La tendance est générale. Partout les marques parlent de monter en gamme, ce qu’elles désignent du vilain mot de « premiumisation ».

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A Shanghai lors de l’exposition universelle. (Witt/Sipa)

Sidney Toledano, patron de Dior, est convaincu de retrouver avec cette clientèle l’esprit de la haute couture. Problème : comment dénicher ces clients en or ? Une multitude de sociétés de conseil se proposent de les guider dans les nouveaux eldorados russe, chinois ou kazakh. Parmi elles, les classiques McKinsey, BCG ou Capgemini, mais aussi, proches du terrain, des consultants comme Hurun, société installée en Chine, capable de dépêcher une centaine de limiers pour pister les milliardaires ou jauger leur degré d’implication dans des oeuvres caritatives…

Géolocaliser les milliardaires

La Chine est un marché complexe : « Là-bas, le monde des riches est opaque, difficile à pénétrer en raison d’un vieux courant confucianiste, hostile au « show of », souvent aussi en raison de l’origine douteuse de leur fortune », explique Alexis Seeker, un homme d’affaires installé à Shanghai. Fini donc le marketing passif, l’ouverture d’une boutique en centre-ville, en espérant que le client pousse la porte. Voici venu le temps des techniques plus sophistiquées, comme la géolocalisation.

Géographe, Guillaume Giroir a eu ainsi l’idée d’une approche par l’habitat, en étudiant les gated communities, ces communautés résidentielles fermées, sécurisées, dans des lotissements haut de gamme. Cette géolocalisation des résidences dorées de la Chine rouge permet une segmentation fine des futurs clients, selon la valeur de leur villa. « Ce géomarketing donne un aperçu de l’imaginaire des riches, de leurs goûts esthétiques, de leurs pratiques récréatives et de leurs modes de sociabilité, que l’on peut connecter avec une offre spécifique », explique Giroir. Dis-moi où tu résides… et je saurai quoi te vendre !

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Le téléphone « Vertu signature cobra » de Boucheron vendu à Shanghai 338 625 dollars (257 000 euros). (Sipa)

Les marques ont aussi leurs propres « détectives ». Voyez Vadim Grigorian. Pour affiner sa connaissance des HNWI, ce jeune quadra polyglotte et branché sillonne le monde en permanence, au service de Pernod Ricard, dont il est directeur du luxe et de la créativité. Ses munitions ? Non pas le pastis du peuple, mais les marques « ultra-premium » de vins et spiritueux : les Martell, Royal Salute et autres Perrier- Jouët.

Ce n’est évidemment pas tout à fait un groupe homogène, explique Grigorian à propos de son terrain d’enquête. Mais c’est le même continent de privilèges, où les très riches – qu’ils soient brésiliens, chinois ou russes – ont plus de points communs entre eux… qu’avec leurs concitoyens respectifs. »

Comme Jonathan Siboni, dont la société de conseil, Luxurynsight, aide les marques à mieux appréhender cette clientèle de riches Asiatiques, Grigorian a détecté quelques invariants : « L’absence de distinction entre vie privée et vie professionnelle (yachts, résidences secondaires, jets sont tous connectés en permanence au monde des affaires), l’importance de leur famille – « forteresse émotionnelle » – et le repli progressif autour d’un petit noyau de gens hyper -riches comme eux…  »

Ces deux têtes chercheuses connaissent les lieux qu’ils fréquentent, les sports qu’ils apprécient, les people qui comptent dans chaque zone, artistes, designers, stars de cinéma… In fine, le scan servira à aider les responsables des marques à organiser ou à sponsoriser des événements : yachting, golf, festival de cinéma, etc. Car, dans cette atmosphère raréfiée, la pub classique cède la place à l’événementiel.

Entre exhibition et discrétion

Difficiles à détecter aujourd’hui, les très riches le seront encore plus demain, pronostique Vadim Grigorian. Car « ils se cachent ». Christian Blanckaert, qui a parcouru le monde lorsqu’il dirigeait la maison Hermès, évoque à ce propos l’époque où les milliardaires brésiliens venaient se poser en hélicoptère sur le toit du building Daslu de São Paulo, non loin des favelas, pour assouvir leur fringale de marques occidentales. Chez les HNWI, le désir d’exhiber les signes de réussite le dispute à l’obsession du secret.

C’est là qu’il faut ruser, trouver des biais pour établir le contact. Vadim Grigorian passe par les « connecteurs », « des gens qui ont réussi à gagner leur confiance. Cela va du coiffeur au chauffeur, en passant par le conseiller fiscal ». Une fois ferrés, il ne faut plus les lâcher. Les grandes maisons de luxe déploient ainsi des trésors d’énergie pour se rappeler régulièrement à leur bon souvenir.

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Défilé Dior à Shanghai en avril 2012. (Ren Long/Landov/Maxppp)

Dior multiplie les trunk shows, ces défilés pour happy few où sont présentées les nouvelles collections, avant même qu’elles ne soient en boutique. « On en fait une centaine par an », dit Sidney Toledano, et dans tous les lieux chics de la planète. A quoi s’ajoutent les replays, qui, comme leur nom l’indique, « repassent » le défilé parisien à l’autre bout du monde, pour les meilleures clientes qui n’ont pu y assister.

Le clou : le défilé haute couture organisé à Shanghai lors de l’Exposition universelle. Le groupe avait privatisé le Bund, reconstituant presque à l’identique les salons de l’avenue Montaigne. « Un mélange de Hollywood et de Festival de Cannes, couvert par toute la presse asiatique », se souvient le journaliste Guillaume Durand, qui a filmé l’événement pour un portrait de Bernard Arnault.

Rien n’est en tout cas trop beau pour cette clientèle ultra-sollicitée, aux goûts de plus en plus sophistiqués.

Les marques qui pensent encore qu’on peut la conquérir avec du bling ont tout faux », estime le consultant Jonathan Siboni.

Fini le temps des Russes déversant des litres de champagne dans leurs piscines. Aujourd’hui, pour marquer leur supériorité sociale, les UHNWI veulent un « plus ». Culturel. Logique, « à force de consommer quelque chose, vous en devenez expert, observe Grigorian. C’est vrai pour le champagne comme pour le vin, la joaillerie ou la haute couture. » Convaincu que ceux dont la richesse a été acquise ont plus le sens de la qualité que ceux à qui on l’a transmise, Sidney Toledano a donc ajusté le tir : les vendeuses de Dior sont formées et reformées pour pouvoir répondre aux questions les plus pointues. Sur chaque produit (matière, fabrication…), mais aussi sur l’histoire de Dior, son ADN, ses brodeuses…

Un supplément d’âme culturel

Même démarche chez Hermès ou Chanel, bien sûr, qui ont intégré cette nouvelle obsession culturelle. « Les clients très haut de gamme veulent de l’authenticité, assure Vadim Grigorian, y compris lorsqu’ils dégustent un verre de cognac. » Une manière de dire que ces extraterrestres n’achètent pas seulement une montre Audemars Piguet, mais un produit sorti de la plus ancienne manufacture horlogère qui soit encore détenue par la famille de ses fondateurs.

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Exposition « Art Mobile » de Chanel à Hong Kong. (Song/Sipa)

La meilleure façon de leur plaire ? Rappeler l’ancienneté du fabricant, son histoire, sa généalogie. Les nouveaux riches se sentiront toujours valorisés par un produit fabriqué de manière artisanale, et tant pis si c’est à l’industrie lourde ou aux petites mains chinoises qu’ils doivent leur fortune.

Le prix ? Peu importe, si le produit répond à tous ces critères. Service en plus. Avec ses téléphones mobiles à prix d’or, Massimiliano Pogliani, directeur du marketing de Vertu, propose ainsi un service de conciergerie capable de tout – y compris de l’impossible – comme trouver le soir même une table chez Ducasse, quand le commun des mortels doit montrer patte blanche longtemps à l’avance.

Tout tout de suite et avec qui je veux »

Partout où ils se déplacent, les milliardaires veulent aussi des anges gardiens qui leur facilitent la vie. Le nec plus ultra : cette vendeuse polyglotte qui les a servis dans la boutique Dior ou Vuitton de Shanghai ou de Singapour. Connaissant parfaitement leurs goûts, elle les accompagnera tout au long de leur périple à Paris, Londres ou Munich, pour les assister et les conseiller.  » Ils veulent de l’exceptionnel ? Ils sont servis de manière exceptionnelle », renchérit Toledano, dont les boutiques Dior ont des « VIP rooms » et même des « super-VIP rooms ». Les petites mains des grandes maisons se sont donc remises à prendre l’avion, pour ajuster une robe ou livrer un colis précieux à l’autre bout du monde. Au royaume de l’hyper-luxe, les désirs sont des ordres.

Jean-Gabriel Fredet et Nicole Penicaut

Article original sur le site du Nouvel Observateur : Comment les marques pistent les hyper-riches

À Carcassonne, l’inéluctable progression de la pauvreté | Le Monde

Résumé du reportage « À Carcassonne, l’inéluctable progression de la pauvreté », publié sur un blog du Monde, 12 janvier 2012.
À Carcassonne, le succès des Restos du cœur ne se dément pas. Personne ne soupçonnait que Carcassonne, ville moyenne sans histoire, était si bien placée sur la carte de la pauvreté en France. C’est une enquête de la municipalité qui a mis la puce à l’oreille, en faisant apparaître des taux de chômage (20,4 %), de pauvreté (19,9 %) et de bénéficiaires du RSA (11,3 %) nettement supérieurs à la moyenne. Les subventions accordées aux associations caritatives vont décupler en 2013. La ville, coincée entre deux métropoles dynamiques, s’est appauvrie lentement au fil des décennies, et cumule aujourd’hui les handicaps : chômeurs de longue durée, petits retraités, familles monoparentales, routards, demandeurs d’asile, Espagnols d’origine maghrébine fuyant la crise. La crise donne lieu à un vaste « marché parallèle » des denrées alimentaires de base fournies par l’Union européenne, soupçonnent les associations. La jeunesse est particulièrement frappée, avec un taux de chômage élevé, 23 % de mineurs fréquentant la mission locale, et une forme de repli sur soi (ils ne veulent plus quitter leur ville pour chercher du travail ailleurs). En 2012, neuf enfants sont nés de couples vivant dans la rue à Carcassonne.

Article intégral : À Carcassonne, l’inéluctable progression de la pauvreté | crise.blog.lemonde

Définitions statistiques de la richesse | La Croix et Terra Eco

• Extraits de « 8 millions de pauvres, à qui le tour ? », Terra Eco, jeudi 26 janvier 2012 :
Le calcul de la pauvreté se base sur le niveau de vie médian, qui coupe la population française en deux parts égales. La moitié gagne moins que ce seuil, l’autre plus. Jusqu’en 2006, l’Insee, l’Institut national de la statistique et des études économiques, estimait que l’on est pauvre si l’on gagne moins de 50 % de ce revenu médian, soit 795 euros en 2009. Aujourd’hui, elle utilise le seuil de 60 %, qui est la référence européenne, soit 954 euros en 2009.

Article intégral : 8 millions de pauvres, à qui le tour | Terra Eco

• Extraits de « Être riche, c’est qui, c’est quoi », La Croix , 14 juin 2010 :
Au tournant du 20e siècle, Vilfredo Pareto s’interrogeait : pas plus que la vieillesse, on ne sait où commence la richesse. Cent ans plus tard, cerner le « sentiment » de richesse se heurte au même problème. Le seuil de la pauvreté, donnée statistique définie, est sans équivalent à l’autre bout de l’échelle sociale.
Les personnes considérées comme « riches », « très haut revenus » selon la terminologie de l’Insee, ne représentent que 1 % de la population française : un revenu annuel déclaré supérieur à 84 500 euros. L’Insee compte une unité de consommation (UC) pour le premier adulte d’un ménage, 0,5 UC pour les autres personnes de 14 ans et plus, et 0,3 UC pour les enfants de moins de 14 ans. Juste en dessous, et toujours selon l’Insee, les « hauts revenus » se situent entre 35 600 euros et 84 500 euros, soit 9 % de la population. Au sein du 1 % des très hauts revenus, les disparités sont colossales : de 1 à 150, soit de 84 500 euros à plus de 13 millions d’euros.
Selon Monique Pinçon-Charlot, « il existe plus de diversité dans les conditions de vie des riches que dans celles des pauvres. La grande richesse est extrêmement dispersée, d’autant qu’elle est multidimensionnelle. Car, à côté de la richesse économique et patrimoniale, il ne faut surtout pas méconnaître l’importance de la richesse sociale, c’est-à-dire l’entretien des réseaux, essentiel dans ces univers-là, et de la richesse culturelle. Cette dispersion explique que même chez les plus aisés peut s’imposer l’idée que les riches, c’est les autres. La perception de la richesse est de toute façon variable et dépend de ce que chaque individu peut imaginer en fonction de sa position dans la société. »
En 2009, une enquête du CREDOC sur les classes moyennes abordait de façon marginale cette notion de perception de la stratification sociale. À partir de quel montant de ressources se sent-on riche ? Réponse des Français : en moyenne 4 660 euros par mois pour une personne. Des revenus que n’atteint que 3 % de la population.
En dessous, on pourrait « légitimement » ne pas se sentir riche : « 50 % des Français les plus aisés disent appartenir aux classes moyennes supérieures, et 29 % même aux classes moyennes inférieures, précise Régis Bigot, directeur du département conditions de vie et aspirations des Français au Crédoc. Cette difficulté à se concevoir privilégié vient d’une représentation biaisée aujourd’hui de la répartition des revenus, issue de la période assez atypique des Trente Glorieuses, qui gonflait des classes moyennes croyant à l’ascension sociale. Aujourd’hui, ces classes moyennes stagnent, et le fossé avec les hauts revenus, eux en forte progression, se creuse. »
Du coup, la frange basse des hauts revenus ne peut-elle être considérée comme « riche » ? C’est bien sûr loin d’être admis par la population concernée. « Tant que l’on parle de taxer les super-riches, tout va bien, commente Louis Maurin, cofondateur de l’Observatoire des inégalités. Mais dès que l’on propose de situer le seuil de richesse à un niveau plus raisonnable, pour penser une fiscalité compatible avec l’ampleur de l’effort national indispensable pour financer la dette, les retraites ou la Sécurité sociale, ça coince. Pourtant, lorsqu’on appartient au 9 % des Français avec des hauts revenus définis par l’Insee, si on n’est pas riche, alors qu’est-ce qu’on est ? »
Pour l’économiste Thomas Piketty, l’enjeu majeur de ce débat réside aussi dans ce qu’il appelle le « grand retour de l’héritage ». La définition de la richesse exigerait de plus en plus de prendre en compte le patrimoine constitué et transmis et, de ne pas considérer seulement l’accumulation des biens des super-riches.
« Des dotations de 300 000 ou 400 000 euros n’arrivent certes pas tous les jours, mais ne se produisent pas non plus que chez les plus nantis, assure l’économiste. Une fraction non négligeable d’une génération post-baby boom s’apprête à en profiter, et des inégalités redoutables pour une société démocratique vont se constituer. Il faut impérativement prendre en compte cette dimension, qui dépasse le débat sur la nécessité de faire payer les riches. »
Une analyse avec laquelle Monique Pinçon-Charlot n’est qu’en partie d’accord : « La richesse patrimoniale est effectivement essentielle à prendre en compte. Mais d’abord et avant tout, celle des très hauts revenus qui aujourd’hui ne laisse rien au hasard dans sa transmission, agissant comme la seule classe vraiment organisée dans notre société. On peut certes réfléchir à une fiscalité contributive concernant les hauts revenus définis plus largement. Mais je crois qu’il existe bien des marges de manœuvre à exploiter avec les très hauts revenus qui concentrent les niches fiscales choisies, l’accès aux paradis fiscaux et les revenus du capital peu taxés. Si une prise de conscience peut intervenir, j’espère avec optimisme qu’elle touche aussi des familles très aisées qui se réclament encore de certaines valeurs, et qui commencent à percevoir que ce monde est fou. »

Article intégral : Être riche, c’est qui, c’est quoi | La Croix
(raccourci dans Le riche, c’est pas moi c’est l’autre | Slate)

Des solutions à la pauvreté (Nicolas Duvoux) | Elle

Extraits de l’interview donnée par le sociologue Nicolas Duvoux à Elle sur les femmes, les inégalités et la pauvreté :
Quelles solutions ? « Il faudrait penser la protection sociale en termes de service, pas uniquement comme une prestation, et c’est ainsi que l’on pourra rendre possible l’accès au travail. Par exemple, s’il n’y a pas de solution de garde d’enfant, on peut imaginer un droit à la prise en charge. Cela consisterait à développer un service public de la petite enfance, il en va de même des droits à la santé ou aux transports. »
« L’idéal, serait une indemnisation du chômage qui s’adapte à des parcours où la flexibilité de l’emploi est devenue la norme. Quand on a uniquement des contrats courts, on sait que c’est extrêmement compliqué de toucher du chômage, la retraite sera réduite… Il faudrait également et peut­être d’abord penser des solutions pour prévenir l’entrée dans les dispositifs d’assistance en sécurisant le travail. Travailler dans de bonnes conditions permet de se stabiliser, plus les femmes peuvent travailler et plus elles peuvent faire d’enfants. »
Extraits de « Les travailleurs pauvres ? Des femmes en priorité ! », interview donnée par le sociologue Nicolas Duvoux à Elle, 23 février 2012.

Article intégral : ‘Les travailleurs pauvres _ Des femmes en priorité !’ 2 | Elle

‘Les travailleurs pauvres sont surtout des travailleuses’ (Nicolas Duvoux) | Elle

Extraits de l’interview donnée par le sociologue Nicolas Duvoux à Elle sur les femmes, les inégalités et la pauvreté :
« Le système de protection sociale continue de s’élaborer en se basant sur le salaire masculin, le travail de la femme restant perçu comme un salaire d’appoint. Cette méthode de calcul rend invisible la pauvreté des femmes. »
« Beaucoup de femmes occupent des emplois précaires, concentrés dans le secteur des services (restauration ­ nettoyage), avec des volumes horaires qui ne leur permettent pas de sortir la tête de l’eau. Elles ont plusieurs employeurs et grappillent des heures ici et là. »
« Dans les familles monoparentales, le taux de pauvreté est très élevé : elles représentent 7% des familles mais 20% des ménages pauvres. Certains facteurs de pauvreté se combinent : par exemple, pour les femmes qui n’ont pas d’emploi continu et qui ne peuvent donc pas bénéficier d’une garde d’enfants. C’est un cercle vicieux : ces femmes sont prises dans un goulet d’étranglement. Elles ne peuvent payer une garde d’enfant, arrêtent leur activités professionnelles pour s’occuper de leurs enfants et ont des difficultés à retrouver du travail. Elles ont un libre choix extrêmement contraint. »
« Ces femmes sont toujours en recherche, elles n’ont jamais de tranquillité. Elles n’ont pas de possibilité de construire une carrière, c’est de l’urgence qui dure. Le fait d’avoir plusieurs emplois, du travail émietté comme le décrit Florence Aubenas dans « Quai d’Ouistreham », complique les choses : physiquement et psychologiquement, c’est très dur, ça use très vite, beaucoup sont à la limite du burn­out. »
Extraits de « Les travailleurs pauvres ? Des femmes en priorité ! », interview donnée par le sociologue Nicolas Duvoux à Elle, 23 février 2012.

Article intégral : ‘Les travailleurs pauvres _ Des femmes en priorité !’ | Elle

Pourquoi les inégalités empêchent le retour de la croissance (Stiglitz) | New York Times

Quatre raisons majeures, selon Stiglitz, qui expliquent pourquoi les inégalités empêchent le retour de la croissance aux Etats-Unis :
« The most immediate is that our middle class is too weak to support the consumer spending that has historically driven our economic growth. While the top 1 percent of income earners took home 93 percent of the growth in incomes in 2010, the households in the middle – who are most likely to spend their incomes rather than save them and who are, in a sense, the true job creators – have lower household incomes, adjusted for inflation, than they did in 1996. The growth in the decade before the crisis was unsustainable – it was reliant on the bottom 80 percent consuming about 110 percent of their income.
Second, the hollowing out of the middle class since the 1970s, a phenomenon interrupted only briefly in the 1990s, means that they are unable to invest in their future, by educating themselves and their children and by starting or improving businesses.
Third, the weakness of the middle class is holding back tax receipts, especially because those at the top are so adroit in avoiding taxes and in getting Washington to give them tax breaks. The recent modest agreement to restore Clinton-level marginal income-tax rates for individuals making more than $400,000 and households making more than $450,000 did nothing to change this. Returns from Wall Street speculation are taxed at a far lower rate than other forms of income. Low tax receipts mean that the government cannot make the vital investments in infrastructure, education, research and health that are crucial for restoring long-term economic strength.
Fourth, inequality is associated with more frequent and more severe boom-and-bust cycles that make our economy more volatile and vulnerable. Though inequality did not directly cause the crisis, it is no coincidence that the 1920s – the last time inequality of income and wealth in the United States was so high – ended with the Great Crash and the Depression. The International Monetary Fund has noted the systematic relationship between economic instability and economic inequality, but American leaders haven’t absorbed the lesson. »
« Tocqueville, who in the 1830s found the egalitarian impulse to be the essence of the American character, is rolling in his grave. »
Extrait de : Joseph Stiglitz, « Inequality Is Holding Back the Recovery », The New York Times, 19 janvier 2013.

Article intégral : Joseph Stiglitz, Inequality Is Holding Back the Recovery | NYTimes.com