À quoi servent les riches ?

Jean-Philippe Delsol, Nicolas Lecaussin, Éd. Jean-Claude Lattès, 2012, 240 p.

Les auteurs
Jean-Philippe Delsol est avocat et administrateur de l’Institut de Recherches Économiques et Fiscales (IREF). Nicolas Lecaussin est directeur du développement de l’IREF, auteur de ‘Cet État qui tue la France’.

Synthèse
La cause est entendue : pour remplir les caisses de l’État, il faut plus de rentrées fiscales donc plus d’impôts. Et qui doit payer ? Les « riches », bien sûr. ‘À quoi servent les riches’ entreprend de démonter les nombreux clichés sur les « riches » véhiculés par les médias et le pouvoir politique. Il pointe cette crainte « irraisonnée » de déplaire au peuple, plutôt que de lui expliquer combien tous gagneraient à laisser quelques-uns s’enrichir encore plus que les autres.
Beaucoup de fortunes sont constituées par l’intelligence et le travail et il ne doit pas y avoir de honte à gagner une fortune honnêtement. Il est faux de dire que les riches ne paient pas d’impôts ou qu’ils en paient moins que les autres, car que sait-on au fond du montant d‘impôts qu’ils paient ? Les riches, qui ont « leur propre fardeau à porter et leur solitude de riches », victimes de « 22 nouvelles hausses d’impôts depuis cinq ans », sont suffisamment taxés pour décider de quitter le pays. Et sait-on combien d’emplois ils créent ?
À force de s’attaquer aux riches du privé, on négligerait souvent, comme l’auteur se complaît à le rappeler, ceux qui s’enrichissent sur le dos de l’État et des contribuables. Politiques, hauts fonctionnaires, certaines catégories d’agents du service public profitent pourtant pleinement des dépenses publiques faites par un État « hors de contrôle ».
L’auteur propose quatre solutions pour remédier aux problèmes de l’exil fiscal.
La première consiste à baisser les dépenses de l’Etat, qui représentent aujourd’hui 56% du PIB français. Jean-Philippe Delsol évalue au passage à 50% le nombre de Français vivant de l’argent public – en additionnant un peu rapidement les fonctionnaires et les bénéficiaires des aides sociales, chômeurs et allocataires de tout poil.
Deuxièmement, il faut baisser les impôts. La courbe de l’économiste Arthur Laffer, montre qu’au delà d’un certain seuil d’imposition, le produit fiscal baisse. De nombreux exemples dans l’histoire de France en attesteraient (1936, 1981). Et Jean-Philippe Delsol de rapporter le mot de l’économiste français, Barthélemy de Laffemas : « Les hauts taux tuent les totaux »…
En troisième place figure la suppression des 560 niches fiscales. Officiellement, leur coût annuel s’élève à 60 milliards d’euros, mais le sénateur Philippe Marini, ex-président de la commission des finances, l’estimait plutôt à 230 milliards d’euros. L’auteur propose à la place le même impôt proportionnel, pour tous, pour toujours, appelé à l’étranger « Flat Tax » (10 % et 20 % selon les pays). En France, une tranche à 2 % jusqu’à 8 000 € et 15 % au-delà rapporterait 2,5 milliards d’euros de plus qu’aujourd’hui.
Il faut enfin « libérer la société » : « la concurrence est le meilleur gérant de la complexité », affirme Jean-Philippe Delsol. L’État doit revenir à ses fonctions régaliennes, et réfréner sa tendance à l’interventionnisme économique et financier.

Citations et exemples

  • p.21 : « On n’arrête pas de parler des riches. En général pour les accuser et les taxer. Le riche est mis au pilori. Il est haï, accusé, voire condamné. Le riche est une victime expiatoire. C’est louche de devenir riche aujourd’hui. D’un côté, le riche est culpabilisé, suspecté d’être devenu riche en ‘prenant’ ou en ‘volant’ aux autres. De l’autre, on l’accuse d’être à l’origine de la crise économique, il est le bouc émissaire parfait. » S’ensuivent plusieurs définitions du ‘riche’, selon l’INSEE ou les hommes politiques.
  • p.23, définition du riche selon Philippe Villemus (extraite d’un livre) : « Un riche aujourd’hui a entre quarante et cinquante ans, il est francilien, diplômé, indépendant ou cadre, avec un conjoint actif et des revenus du patrimoine. Les 1 % les plus riches sont concentrés dans la tranche d’âge des quarante à cinquante-neuf ans. »
  • p.35 : Les 10 premières fortunes de France représenteraient 700 000 emplois, et si l’on compte les emplois créés par la totalité des 500 fortunes professionnelles du classement, on arrive à des millions. Redistribuer la fortune de ces personnes aux 8,2 millions de pauvres recensés par l’INSEE équivaudrait à leur donner 33 000 euros chacun. (…) Sur les 500 fortunes de France, 165 sont des self-made-men/women : Xavier Niel, Antoine Granjon, Thierry Ehrmann, Altrad, Beaumanoir, Lièvre, Chibret… (…) Les riches sont des travailleurs acharnés : plus de 80 % des millionnaires américains le sont devenus grâce à leur travail.
  • p.44 : « Dans un rapport récent l’INSEE a estimé qu’entre 1996 et 2008, les inégalités de niveaux de vie avaient peu évolué.
  • p.57, citant un rapport de l’OCDE, ‘Growing Unequal?’ (2008) pour montrer que les inégalités décroissaient : « Fin 2005, le rapport entre le revenu disponible du premier et du dernier décile était de 1 à 5 au Danemark et en Suède, de 1 à 6 environ en Belgique et aux Pays-Bas, en Norvège, de 1 à 8 en Allemagne. La moyenne de l’OCDE était de 1 à 9. Au-dessus de cette moyenne se situaient, par ordre croissant, le Canada, l’Espagne, le Japon, la Grèce, l’Irlande, la Grande-Bretagne, l’Italie et les Etats-Unis. Avec un écart de 1 à 7, la France se situait ainsi en dessous de la moyenne des pays membres de l’OCDE. »
  • p.62 : « Les riches sont souvent généreux. Ils instituent des fondations caritatives ou bien font des dons aux autres fondations ou associations. » Et de citer Bill Gates et sa fondation (budget de 26 milliards de dollars), 55 % des grandes fortunes mondiales ont créé leur propre fondation. Le total des dons privés aux Etats-Unis s’élève à 310 milliards de dollars, 1,7 % du PIB, contre à peine 3 milliards en France… Don de 100 millions de dollars de Mark Zuckerberg à des écoles du New Jersey, Michael Bloomberg et sa fondation…
  • p.67 : « L’argent n’est pas mauvais en soi, seul l’usage qu’on peut en faire peut être néfaste. L’argent confié aux associations sans but lucratif est aussi ‘l’argent des autres’, et il est souvent abandonné entre des mains généreuses mais irresponsables et crédules, livré à des gens sans expertise de gestion. Par contraste, l’argent investi dans les affaires subit la sanction du marché, et c’est bien ce qu’a enseigné la réussite de ces milliardaires prodigues. »
  • p.84 : « La fiscalité du patrimoine, au travers des taxes foncières, des droits de mutation, de l’ISF, est plus lourde en France que dans la plupart des pays dont le niveau de vie est comparable, même si elle est également importante au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. (Conseil des prélèvements obligatoires) »
  • p.91 : philippique contre le SMIC, handicap pour l’économie…
  • p.101 à 187 : plusieurs chapitres plaidant pour une réforme fiscale intégrale, et l’instauration d’une ‘flat tax’
  • p.187 : le dernier chapitre est entièrement consacré à la dénonciation au vitriol des « profiteurs de l’argent public », parlementaires de droite comme de gauche, ministres et anciens ministres, ‘L’État a créé un monde hors de contrôle’, il doit payer les retraites des fonctionnaires dont la pension est beaucoup plus élevée que celle des salariés du privé !
  • p.227 : « Si les riches paient moins d’impôts, c’est qu’ils vivent de leur capital, et s’ils ont mérité celui-ci, pourquoi tant de fausse pudeur ? Ils ont d’ailleurs surtout tort parce que si les riches paient parfois moins d’impôt proportionnellement que les autres contribuables, c’est parce qu’ils vivent de leur capital qui a déjà supporté l’impôt sur le revenu ou sur les bénéfices, ils vivent du revenu de leur capital moins taxé que les autres revenus pour tenir compte du fait que ce capital a déjà été taxé en amont. »