Richistan. A Journey Through the American Wealth Boom and the Lives of the New Rich

Robert Frank, 2007, 300 p.

L’auteur
Robert Frank a été reporter pour le ‘Wall Street Journal’ pendant douze ans, où il a notamment tenu le blog ‘The Wealth Report’.

Synthèse
Le livre de Robert Frank est une sorte de guide de voyage au sein d’un ‘pays parallèle’, peu connu, le Richistan : au départ, c’était un village, aujourd’hui c’est devenu une véritable nation.
Les données sur la richesse vont dans son sens. Quand John Rockefeller est devenu le premier milliardaire américain, ce fut un véritable choc. Sa fortune s’élevait à 14 milliards de dollars (en tenant compte de l’inflation), c’est-à-dire moins que chacun des cinq enfants de Sam Walton aujourd’hui. En 1985, il y en avait environ 13. En 2007, il y en avait plus de 1000. C’est un chiffre du Federal Reserve Board qui a attiré en 2003 l’attention de l’auteur : en huit ans, le nombre de millionnaires américains avait doublé, et ne montrait aucun signe de ralentissement : en 2003, il s’en est créé 227 000 ! Le boom des nouvelles technologies a entraîné la création de nouvelles fortunes : investisseurs de Wall Street, ‘corporate raiders’, ‘tech pioneers’, CEOs, ‘money managers’… Mais de nombreux entrepreneurs, des ‘masters of the banal’, selon l’auteur, sont aussi devenus richissimes en vendant des villages en céramique, de la mozzarella, des niches pour chien en forme d’igloo.
Les riches sont des ‘financial foreigners’ au sein de leur propre pays : ils disposent de leur propre système de santé, avec des ‘concierge doctors’, de leur propre réseau de jets privés et de salons d’accueil dans les aéroports. Robert Franck s’est littéralement mis dans leur peau pour assister aux mondanités (‘Red Cross Ball’ de Palm Beach), le meilleur moyen d’accéder à ces intouchables d’un nouveau genre. Il apprend à parler leur jargon. La plupart des ‘Richistanis’, comme il les appelle, obtiennent leur nationalité à la faveur d’un ‘liquidity event’, quand un autre rachète leur société, plutôt que grâce à un héritage. Les gestionnaires de hedge fund hantent les bas-fonds de Manhattan en quête d’artistes branchés, ou ‘noncorrelated assets’. ‘Affluent’ en richistani veut dire ‘not really rich’: le ticket d’entrée dans le monde des riches coûte au moins 10 millions de dollars.
Au Richistan, 1 million de dollars n’est rien, être millionnaire est très commun : après tout, il y en 9 millions. L’auteur distingue trois castes bien séparées : le Lower Richistan, qui regroupe 7,5 millions de foyers (1 à 10 millions de dollars) ; le Middle Richistan, qui en regroupe 2 millions (10 à 100 millions de dollars) ; l’Upper richistan, dont les quelques milliers de membres possèdent plus de 100 millions.
Robert Frank trahit certains codes révélateurs de la hiérarchie en cours au Richistan. Mercedes et Rolex sont-ils des signes de richesse ? Pas du tout, au contraire : les ‘affluent’ conduisent des Mercedes, les riches des Maybachs. Quant aux montres, l’auteur révèle le prix de celles des plus riches, 600 000 dollars, mais pas la marque…
Les Richistanis, dont le mode de vie devient toujours plus complexe à gérer, dépendent étroitement des ‘household managers’, des super-majordomes capables de manager plusieurs centaines de personnes, auxquels Robert Frank consacre l’intégralité de son premier chapitre. Ces majordomes, loin de ressembler au Nestor du Capitaine Haddock, sont plutôt considérés par leurs employeurs comme des ‘chief operating officer for My Life Inc.’. Ils sont formés par des universités spécialisées à devenir des experts en tableaux excel, en technologies domestiques et en agence de voyages, payés jusqu’à 120 000 dollars par an en début de carrière.
Posséder un yacht susceptible d’accueillir des centaines d’invités n’est pas une sinécure. Et l’éducation des ‘gosses de riches’ génère beaucoup de stress pour les familles soucieuses de l’héritage financier mais aussi moral et intellectuel qu’elles vont laisser à leurs descendants. Un ‘support group’ a été créé pour venir en aide aux Richistanis qui ne parviennent pas à ‘faire face émotionnellement’ à leur nouveau mode de vie.
Car les Richistanis aussi sont très anxieux de leur statut. Quand on leur demande avec quelle somme d’argent ils se sentent en sécurité, tous répondent le double de ce qu’ils possèdent ! Et comme beaucoup d’entre eux sont issus des classes moyennes, ils détestent être traités de riches. Ils ne possèdent pas de chauffeurs, par exemple, et conduisent eux-mêmes leurs Rolls-Royce – tout en possédant des yachts de 150 m, preuve d’une légère tendance à la bipolarité. Mais dans l’ensemble, la description des Richistanis n’est pas très réjouissante. Les habitants du Richistan n’ont pas l’air heureux, et même plutôt misérables.
Sachant que moins de 10 % des Richistanis sont des ‘Old Money’, et seulement 3 % des célébrités, d’où proviennent tous ces nouveaux riches ? Il y a les entrepreneurs, encensés par les médias : Bill Gates, Michael Dell, Ted Turner… Ils ont créé leur propre entreprise et vendu leur part à des investisseurs en bourse. Les cadres et employés qui possèdent des parts dans une entreprise gagnent le jackpot quand celle entre en bourse, comme les ‘Microsoft millionnaires’, par exemple. Les ‘Acquired’ sont les cadres qui ont vendu leur entreprises contre du cash (108 000 acquisitions ont généré 11 trillion de dollars depuis 1985). Les ‘Money Movers’, gestionnaires de hedge funds, font circuler des tsunamis de cash à travers le monde entier et prennent leur dîme au passage. Enfin, les ‘Salaried Rich’ constituent le top management des multinationales, dont le salaire est 170 fois supérieur à celui des employés moyens.

Citations et exemples

  • p.31 : « Since most of today’s Richistanis grew up middle class, they’re not used to having servants. They’re used to doing things themselves, and they’re uncomfortable with the stuffy formalities that often come with hiring house staff. » Un exemple suit, celui de Bob, tycoon de l’immobilier, qui s’est résolu à embaucher du personnel pour gérer son gigantesque ranch : « It’s not as glamorous as it sounds to have a house staff. You have all these people touching everything from you underwear to your mecidine. »
  • p.40 : « For the first time ever, the United States in 2004 supassed Europe in the population of millionaires. In 2005, the United States cranked out 227,000 new financial millionaires. China, despite all the talk about its new wealth, added only 20,000 new financial millionaires, and its total millionaire population is one-hundredth of America’s. India has only 83,000 millionaires – about the same as North Carolina. »
  • p.49 : « To make it into the top 1 % of Americans, you need a net worth of $6 million. That’s twice the level required in 1995. To get on Forbes 400 list of richest Americans, you have to be a billionaire. The entry price was only $418 million in 1995. » « For ages, the term ‘millionaire’ was synonymous with ‘rich’. Today, $1 million barely gets you a two-bedroom in Manhattan, let alone a place in the Hamptons. The wealth boom has created such a huge disconnect between Richistanis and the rest of the country that they now have dramatically different definitions of the term ‘rich’. »
  • p.55 : l’histoire d’Ed Bazinet, un entrepreneur catholique du Minnesota fort d’une fortune colossale de $100 millions, qu’il a gagné en vendant des villages miniatures en céramique et tout un tas d’autres objets du même genre ! En 2012, il a fini aux urgences psychiatriques après avoir dépensé $20 millions en babioles à une exposition à New York, dont $1,6 million en savons ! Il souffrait d’un ‘bipolar disorder’…
  • p.65 : Tim Blixseth, millionnaire satisfait sur son yacht au large du Mexique : « ‘Where the hell am I? I’ve been waking up in a different place every day this week, I feel like a vagabond.’ ‘Vagabond’ is a relative term when you’re traveling with him. On Sunday morning he woke up in his 3,000-sq-foot cabin at the Yellowstone Club, a private golf-and-ski club that Blixseth founded in the Montana Rockies. The next day he woke up at a luxury lodge on a 3,200-acre fishing ranch near Cody, Wyoming. Monday night, it was back home, ‘home’ also being a relative term. Blixseth and his wife, Edra, live on a 240-acre spread near Palm Springs, that makes most five-star resorts look puny by comparison. The estate has a 30,000-sq-foot mansion, 12 guest cottages–each the size of a single family home–a full-service spa, two swimming pools, an amphitheater and an underground ballroom. »
  • p.83 : « While the new rich can make giant fortunes in record time, they can lose them just as quickly. Financial markets and fast-changing technologies have created historic opportunities for entrepreneurs and corporate chiefs to make millions and billions virtually overnight. Yet they have also created historic oppotunities to lose it all equally fast. For Richistanis, this is new Fear fo Falling. While the bulk of the country’s top wealth used to be grounded in hard assets, like land, real estate, trucks, factories and buildings, much of today’s wealth is tethered to stocks, options, derivatives and other free-floating assets. As a consequence, Richistanis are more vulnerable than ever to sudden wealth shocks. »
  • p.104 : « The tensions between Old Money and New Money have been around long before [this new era]. In ancient Greece, the landed wealthy repeatedly feuded with New Money, who were traders making their fortunes from importing and exporting luxury goods like spices, perfumes and linens. Chester Starr, the Greek historian, wrote that the Greek nouveaux, at the same time they were trying to vanquish the Old Guard, were also desperate to be accepted in their social circles. Aristotle, who condemned all wealth as ‘insolent and arrogant’, had especially harsh words for the newly wealthy: ‘There is a difference between the character of the newly rich and of those whose wealth is of long standing, because the former have the vices of wealth in a greater degree and more; for, so to say, they have not been educated to the use of wealth. Their unjust acts are not due to malice, but partly to insolence, partly to lack of self control, which tends to make them commit assault and battery and adultery.’ »
  • p.107-108 : Avec ses deux yacht clubs, l’île de Nantucket est un lieu d’affrontement entre Old et New Money : la vieille élite dirigeante en déclin, l’establishment protestant, Ivy League schools, the Social Register, etc. vs les ‘Instapreneurs’, ‘no identifiable ‘ruling class’ or single set of values among the newly wealthy. While Old Wealth prided itself on modesty, tradition, public service, charity and sophisticated leisure, Richistanis pride themselves on their middle-class ethic, self-made fortunes and big spending. E. Digby Baltzell, who coined the term WASP: ‘the ruling elite became too insulated from the outside world to remain competitive in a fast-changing economy.’
  • p.121 : long chapitre ‘Size really does matter’, impossible à résumer tant il y a de chiffres et d’exemples, sur les habitudes extravagantes des riches, ‘the high-end shopping spree is being driven partly by peer pressure’. Yachts, immobilier, jets, voitures, art, horlogerie, expériences exclusives (rencontre exceptionnelle avec Nelson Mandela, visite du centre de contrôle de la NASA…), exemple d’un ‘dot-commer’ qui voulait visiter l’Écosse en exclusivité. Trois listes de dépenses annuelles de Richistanis, $80,000 en massages…
  • p.203 : « According to a 2005 study, less than half of today’s Richistanis agreed with the statement that ‘wealth has made me happier’. Even more suprising was the discovery that 10 % of millionaires (and 16 % of women millionaires) felt that their wealth actually created more problems than it solved. The American wealth boom has not only created more rich people; it has also created more rich-people problems. While money has showered Richistanis with obvious benefits, like freedom, power and all those boats and planes, it has also burdened them with troubles they never imagined on their climb to the top. » « All that striving and worrying has made Richistanis an especially anxious elite. Yet rather than grappling privately with their problems, like the Old Money crowd, Richistanis have come up with a more novel soclution–one that could exist only in an age of millions of millionaires. They’ve formed their own wealth support groups. »
  • p.209 : Un participant au support group : « ‘In creating wealth, it’s not just greed that motivates you, it’s fear. There really is a lot of interconnection between fear and greed. And if people stay worried, it’s part of what motivates them. We’re always worried.’ ‘You wonder how much is really enough,’ says another member. ‘How much do you think you need to have so you wouldn’t worry? Ten years ago, I used to think $5 million was enough to stay above the water line. Now it’s more. What’s the number? Is it $10 million ? $50 million ?’ »
  • p.243 : « The gap between the rich and everyone else has imposed costs. The record consumption by the rich has set a new standard for the rest of the country to try to follow and left the middle class working harder and taking in more debt to keep up. » « It has also made the rest of America less happy, since happiness is defined in large part by how well you’re doing compared to those around you. With so many people getting so rich–and parading their riches on TV and in public–the nonrich feel increasingly envious, inadequate or a combination of the two. As a result, Americans are spending more of their income on unnecessary luxuries to prove their status, even as the country underfunds pressing problems like the public-school system, roads, bridges, health care or the environment. As incomes continue to grow at the top and stagnate elsewhere, we will see even more of our national income devoted to luxury goods, the main effect of which will be to raise the bar that counts as luxury. »