Archives de l’auteur : Pascal de Rauglaudre

Plus de juges contre les fraudeurs | Le Monde

Le Monde | 12 avril 2013

Des sanctions pas assez dissuasives

Au-delà de la surprise politique et morale, la mise en examen de Jérôme Cahuzac pourrait être l’occasion de modifier en profondeur le rôle des juridictions correctionnelles dans la sanction de ceux qui esquivent l’impôt.

En utilisant l’infraction de  » blanchiment de fraude fiscale « , le parquet rompt déjà avec la pratique habituelle des poursuites pour fraude fiscale.

Cette qualification de blanchiment de fraude fiscale est plus exigeante : elle impose que soit démontrée la fraude fiscale – l’intention délibérée d’éluder l’impôt – et le blanchiment, c’est-à-dire l’existence d’un acte destiné à faciliter la justification mensongère de l’origine des fonds ou participant à un tel processus.

Mais elle présente aussi plusieurs intérêts : elle permet de reporter le délai de prescription et surtout de contourner la très contraignante procédure de la fraude fiscale. Dans celle-ci, le procureur de la République n’a pas l’initiative des poursuites : la plainte doit être portée devant lui par le ministre des finances qui sélectionne les dossiers avant de les présenter à une commission des infractions fiscales qui constitue un autre filtre. Composée de membres du Conseil d’Etat et de la Cour des comptes, celle-ci prend ses décisions en opportunité, au terme de délibérations tenues secrètes. Des poursuites concernant des fraudes fiscales de très grande ampleur sont ainsi abandonnées, sans qu’on puisse en connaître les raisons.

Cette procédure drastique de sélection explique la très grande stabilité du nombre annuel de plaintes pour fraude fiscale : en dépit de la démultiplication récente des possibilités de contourner l’impôt, on en reste depuis la fin des années 1990 à 1 000 affaires par an, ce qui représente à peine 2 % des contrôles fiscaux approfondis. Après tout, la pénalisation se doit d’être dissuasive, plus qu’exhaustive. Et la commission des infractions fiscales, tout comme l’institution judiciaire, doivent être alimentées sans être submergées.

Mais, dans sa forme actuelle, cette procédure, qui remonte à la fin des années 1970, met en présence deux institutions qui ne poursuivent pas les mêmes objectifs. Les dossiers qui arrivent dans les bureaux des procureurs de la République ont été montés par des agents des impôts dans une logique fiscale.

L’objectif des redressements fiscaux est budgétaire : faire rentrer dans les caisses de l’Etat des sommes soustraites à l’impôt. Ces dossiers sont caractérisés par une attention prioritaire aux montants, plutôt qu’à leur origine ; pour le fisc, l’argent n’a pas d’odeur.

Les procureurs recueillent ainsi des affaires qui ne concernent souvent que des fraudes ponctuelles, déliées les unes des autres. Pourtant, derrière les responsables mis en cause, d’autres coupables sont pressentis sans jamais être démasqués.

Saisis de dossiers en apparence bouclés, les parquets ouvrent très rarement une information judiciaire et renoncent le plus souvent à mettre en lumière les éventuelles connexions entre les fraudeurs, qui permettraient de restituer leur place dans des systèmes de plus grande ampleur. Pas toujours épaulés par des services d’enquête spécialisés, ils interviennent plusieurs années après les faits, sans pouvoir révéler la délinquance financière organisée qui se cache souvent derrière une dissimulation sans grande envergure.

Ils laissent ainsi dans l’ombre les professionnels organisateurs de l’évasion fiscale sans lesquels les fraudeurs profanes ne pourraient pas grand-chose. Dès lors, les sanctions requises et prononcées contre les fraudeurs – en moyenne six mois avec sursis et quelques milliers d’euros d’amende pour des fraudes avoisinant le million d’euros – sont très en deçà de l’investissement des différents acteurs qui participent au montage d’un dossier pénal.

Pour remédier à ces insuffisances, des efforts importants ont été déployés au cours des dernières années. L’administration fiscale s’est engagée dans une politique de sensibilisation des inspecteurs des impôts aux exigences de la répression pénale. Le législateur a consenti à créer une police fiscale pouvant intervenir avant la fin du contrôle et avec un passage allégé devant la commission des infractions fiscales.

Mais les moyens qui lui sont alloués ne permettent de traiter qu’une toute petite centaine de dossiers par an et la répression pénale conserve son caractère marginal pour l’administration des impôts. Surtout, les affaires restent sélectionnées par le fisc, qui obéit aux règles très protectrices des garanties du contribuable, et aux objectifs d’une administration au service de l’usager.

Les scandales politico-financiers des années 1990 étaient restés à la lisière de la fiscalité. Le séisme provoqué par l’affaire Cahuzac pourrait être le signe d’un renouveau marqué par une intervention active, de première main, des magistrats en la matière.

En imaginant que la lutte contre la délinquance financière devienne une priorité – comme semblent l’annoncer les récentes déclarations présidentielles -, on pourrait espérer que les juges soient plus nombreux à s’investir dans la lutte contre les fraudeurs de l’impôt. Ce ne serait pas la révolution fiscale qu’avait promise le candidat président, mais peut-être l’aube d’une révolution judiciaire en matière fiscale.

Alexis Spire, sociologue, directeur de recherche au CNRS, et Katia Weidenfeld, juriste, directrice d’études à l’Ecole nationale des chartes.

Les mesures du président Hollande sont nécessaires mais insuffisantes | Le Monde

Le Monde | 12 avril 2013

Le vote à l’Assemblée nationale le 13 février d’un amendement fait obligation aux banques françaises de publier dès 2014 les informations relatives à leurs filiales, leur chiffre d’affaires et leur effectif, pays par pays.

Le Sénat a amélioré ce texte. Le Parlement est donc prêt à prendre ses responsabilités. Il avait d’ailleurs anticipé sur une des mesures annoncées par le président de la République mercredi 10 avril. Personne n’ignore qu’édicter une obligation sans sanction est un encouragement à l’affichage et la chronique d’un constat d’échec. Le législateur doit s’en emparer. La France offre ainsi le pire des visages tout en ne semblant pas désespérer de donner le la.

Personne ne disconviendra qu’en cette période de rigueur, l’évasion fiscale est plus que jamais un manquement à l’éthique et au civisme. Les révélations de ces derniers jours soulignent ce paradoxe ahurissant : la crise devrait nourrir l’exigence de solidarité, or elle semble plutôt alimenter l’inverse, l’intolérance à l’impôt.

Qui peut douter de la toute-puissance de l’argent-roi et de ses meilleurs partenaires, les paradis fiscaux, les lobbies au service des banques plus actifs que jamais, si l’on met en miroir la répétition des engagements et des recommandations des décideurs publics, du G20 et des institutions financières avec des chiffres qui restent assassins ?

Selon le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, les actifs financiers des particuliers dissimulés dans les paradis fiscaux atteignent 17 000 milliards d’euros. Cette somme serait même sous-estimée et se situerait autour de 26 000 milliards, soit dix fois le produit intérieur brut (PIB) annuel français. Le montant de l’évasion fiscale en France est à peu près équivalent à la charge de la dette publique, soit 36 à 50 milliards d’euros, selon un rapport du Sénat.

Ce sont parfois les mêmes acteurs et leurs réseaux d’influence qui, par leur incivilité proclamée ou clandestine, creusent la dette et refusent toute mesure de nature à la réduire. Source d’incompréhension, de colère et de populisme de tous bords, les citoyens voient bien qu’au moment où le trou noir de l’économie mondiale s’aggrave et se révèle par fragments, s’exerce sur eux une pression sociale, fiscale, croissante.

En France, depuis des décennies, les sommes accumulées dans les paradis fiscaux s’élèveraient à 600 milliards d’euros, soit près de 10 % du patrimoine des Français et 1/6e du budget de l’Etat, selon l’enquête effectuée par Antoine Peillon, publiée en 2012.

L’accord passé à l’été 2009 entre l’Allemagne et la Suisse – qui tend à transformer les banquiers suisses en percepteurs pour les fiscs étrangers – a été qualifié par l’association des banquiers privés suisses de nirvana pour le fisc allemand. Les banques, meilleures alliées des citoyens dans le recouvrement de la dette publique, font coup double en pérennisant ainsi le système d’évasion fiscale que cet accord laissera impuni.

Chypre n’était pas le temple de la vertu, mais comment ne pas comprendre ses citoyens qui vont payer le prix fort, alors que déjà se délocalisent vers d’autres eldorados européens les capitaux russes menacés. L’Europe offre encore un immense espace de shopping fiscal.

Dès lors que le PNB du Luxembourg est constitué à hauteur de 25 % par les produits financiers, le Grand-Duché restera une citadelle imprenable par la loi et les juges européens, puisqu’il abrite les mécanismes d’opacification des flux financiers. L’annonce d’un aménagement par le Grand-Duché du secret bancaire résonne comme une rustine opportuniste.

François Hollande a été élu sur des valeurs et des principes. Or c’est sur ces valeurs et ces principes qu’une trahison exceptionnelle fait trébucher la République irréprochable. Les épreuves sont souvent synonymes d’un moment de vérité que le courage commande d’affronter. Les idées, les propositions sont là depuis des années tant se sont succédé des recommandations et des rapports qui sont aisés à convertir en articles de loi.

Les mesures annoncées par le président de la République sont un pas significatif, mais on doit aller plus loin. La création d’un office central de lutte contre la fraude et la corruption – absorbera-t-il le service central de lutte contre la corruption créé par la gauche dès 1993 ? – est salutaire sous réserve qu’il soit doté de pouvoirs effectifs à la hauteur de l’ambition affichée. Cet office devra pouvoir saisir le procureur financier à compétence nationale proposé par le chef de l’Etat.

La nouvelle Haute Autorité chargée de recevoir les déclarations de patrimoines, les déclarations d’intérêt des membres du gouvernement, des parlementaires, et des dirigeants locaux devra aussi pouvoir saisir ce nouveau procureur. On est accablé par la résistance de certains élus de gauche à rendre visibles les leurs. Le soupçon vient de l’opacité, non de la transparence.

Le délit de corruption d’agents publics à l’étranger doit être étendu à celui de trafic d’influence qui favorisera une réelle responsabilité éthique, celle dont se prévalent les entreprises sur Internet. Il faut aussi prévoir une protection renforcée des lanceurs d’alertes dans le secteur public.

Il faut qu’à l’échelon européen la France amorce enfin une dynamique qui fasse que l’Europe institutionnalise l’échange automatique d’informations entre les banques et les administrations fiscales des pays qui la composent. Les Américains l’ont fait, en partie, en 2010. La France et l’Allemagne doivent prendre des initiatives fortes en faveur de la mise en place de sanctions à l’égard des paradis fiscaux non coopératifs et être à l’avant-garde d’une bataille pour que soient taxés les flux en provenance ou en direction des paradis fiscaux et judiciaires, pour rendre obligatoire la tenue pour chaque Etat d’un registre national des trusts et autres entités juridiques qui concourent à l’opacité du système financier.

L’Europe doit se donner un délai pour démanteler les paradis fiscaux et judiciaires européens qui ne cessent de narguer la loi européenne, les citoyens et creuser nos déficits publics. Un parquet européen, comme le président de la République l’a annoncé, doit être créé pour coordonner les enquêtes en matière de criminalité transfrontalière et d’atteinte aux intérêts financiers de l’Union.

La Commission européenne estime à 1 000 milliards d’euros le montant de la fraude pour l’ensemble des Etats, soit à peu près le budget de l’Union. C’est la condition nécessaire mais non suffisante de voir rétabli un minimum de confiance entre les citoyens et la parole publique. C’est la condition pour que le message universaliste de la France ne soit pas anéanti car ces graves turbulences sont l’allié du cynisme chez nous et ailleurs.

Alexandre Dumas disait à propos de l’argent :  » C’est un bon serviteur et un mauvais maître. «  Le fait qu’un homme ait oublié ces mots non seulement ne saurait disqualifier les engagements de François Hollande, mais en rend la mise en oeuvre encore plus nécessaire et audacieuse.

William Bourdon

Avocat, président de Sherpa

La richesse n’est pas un crime ! | Le Monde

LE MONDE | 

Pascal Bruckner (Essayiste et écrivain)

La pauvreté n’est pas un crime », explique l’association Emmaüs dans une campagne publicitaire. Il faudrait ajouter : la richesse non plus. Le mauvais tour pris par l’affaire Cahuzac réveille chez nos compatriotes une vieille passion française, la haine de l’argent, née de la rencontre du catholicisme et de l’esprit républicain, et qui n’est la plupart du temps que de l’envie inversée. Comme si la soif de l’or se nourrissait de ce qu’elle enlève aux hommes, prostituait leurs rêves les plus chers.

« Derrière chaque grande fortune, il y a un grand crime« , écrivait déjà Balzac. Les diatribes contre le vil métal font partie du trésor culturel national : «  Mon seul adversaire, celui de la France, n’a aucunement cessé d’être l’argent« , disait le général de Gaulle en 1969 dans un entretien avec André Malraux. Mitterrand lui-même dénoncera en 1971 «  l’argent roi qui ruine et pourrit jusqu’à la conscience des hommes« .

Mais ces proclamations vertueuses ne sauraient tenir lieu de politique à une nation moderne. Elles relèvent de la pose et préparent en général de proches abdications. Paradoxe étonnant : la France n’entre dans le capitalisme mondial, surtout à gauche, que sous l’angle de la dénégation, à travers une débauche d’anathèmes qu’on aurait tort de prendre à la lettre mais qui font porter le soupçon sur toute espèce de réussite.

Au moment où l’on fustige le règne de l’argent, l’Europe s’appauvrit, notre pays subit chômage, marasme, austérité. Etrange monarque qui règne sur un désert. L’argent, c’est d’abord ce qui manque tragiquement : à l’Etat, aux particuliers et la principale terreur de nos compatriotes, c’est le déclassement social. En quoi l’ostentation dans la modestie pécuniaire chez nos ministres, soumis à la contrainte de transparence, ne dupe personne.

INTOLÉRANCE ACCRUE AUX INÉGALITÉS

N’en déplaise à ses détracteurs, l’indécence de l’argent ne réside pas dans son existence mais dans sa rareté, dans sa confiscation insolente par une poignée d’individus : de là notre intolérance accrue aux inégalités, aux rémunérations astronomiques de certains dirigeants qui font sécession de l’humanité commune, persuadés d’être affranchis de toute obligation.

«  Seules les petites gens paient des impôts« , s’écria avec ingénuité, en 1989, Lenoa Hemseley, reine de l’hôtellerie new-yorkaise, poursuivie pour fraude fiscale. Merveilleuse formule qui ramasse l’esprit d’une époque encore prédominante aujourd’hui.

Ce n’est pas la fortune en elle-même qui est scandaleuse, c’est le mensonge et la dissimulation, c’est le refus, à travers l’expatriation fiscale, de reverser à la société une fraction de ce qu’elle vous a octroyé sous forme d’éducation, de soins. Une partie des classes fortunées veut s’isoler, entretenir la fiction d’une robinsonnade de millionnaires.

Or qu’est-ce qu’un enrichissement qui ne contribue pas aussi à l’enrichissement de tous et ne se traduit pas sous forme de fondations, d’écoles, d’hôpitaux, d’actes utiles à la collectivité ?

Sans doute y a-t-il une schizophrénie inévitable vis-à-vis de l’argent, à la fois corrupteur et nécessaire : il peut pour beaucoup d’hommes devenir une fin en soi, un magot qu’on entasse et qui finit par vous posséder, par vous faire basculer dans l’illégalité, voire le crime. Il n’est donc jamais neutre, il brûle, ce pourquoi il n’y a pas de bon rapport à son égard, que des relations d’attachement extrême, de faux dédain ou de rejet.

Reste que nous vivons un moment unique et passionnant : celui de la refondation du capitalisme après la révolution financière des années Thatcher-Reagan qui a émancipé la spéculation de l’économie réelle. « Seuls des capitalistes peuvent tuer le capitalisme« , a dit avec justesse Felix Rohatyn, ancien maire de New York.

LIMITATION DES TRÈS HAUTS SALAIRES

Mais seuls des capitalistes peuvent aussi le sauver alors que le système a failli être englouti par sa propre avidité. Réévaluation du rôle de l’Etat et du marché, séparation des banques de dépôt et des banques d’investissement, surveillance des Bourses, élimination des paradis fiscaux, projet de limitation des très hauts salaires, encadrement des bonus et des parachutes dorés, telles sont quelques-unes des mesures prises, dans la confusion et les clameurs, par les plus lucides.

Nous ne sommes ni dans les années 1930 et encore moins en 1789, comme l’expliquent des esprits paresseux, notre crise est une crise d’adaptation. Elle peut se prolonger encore des décennies ou échouer et nous précipiter dans le chaos. Réinventer un nouvel usage de l’argent, le civiliser sans perdre l’énergie de sa circulation, c’est le défi auquel nous sommes confrontés.

Dénoncer chez les autres ce que l’on incarne soi-même, telle fut l’inversion des valeurs à laquelle s’est livré M. Cahuzac. Mais il ne faudrait pas que cet exemple de duplicité nous entraîne dans une apologie de la pauvreté telle que la défendent les écologistes et certains économistes repentis. Nous demander de chérir l’indigence comme notre bien le plus précieux, vanter «  la frugalité heureuse« , c’est, sous couleur de sauver la planète, vouloir plier les populations à la nouvelle donne économique qui pénalise les classes populaires et moyennes.

Nous sommes déjà en décroissance, elle s’appelle la récession et n’apporte que détresse et malheurs. Ne commettons pas un contresens fondamental : ce n’est pas l’argent qui est fou, c’est son absence.

A vociférer contre le Veau d’or, semaine après semaine, alors que la France s’enfonce, à suspecter dans le moindre succès industriel ou commercial une spoliation ou un vol, on décourage les jeunes générations de travailler chez nous, on pousse les plus talentueux à s’exiler.

Plus grave que la fraude fiscale, la fuite des cerveaux menace directement notre avenir. L’esprit d’entreprise, l’appât du gain, n’ont en soi rien de honteux. S’il y a de l’argent sale, il y a aussi de l’argent juste.

Le calcul de l’ISF

Le mode de calcul de l’Impôt sur la Fortune
L’ISF concerne les personnes physiques, célibataires ou en couple, qui possèdent un patrimoine imposable dont la valeur nette est supérieure à un seuil fixé par la loi.
Le seuil légal était de 4 730 000 FRF en 1999, de 770 000 euros en 2008, de 790 000 euros en 2010 et 1 300 000 euros en 2012 (les seuils des différentes tranches du barème sont augmentés chaque année pour tenir compte de l’érosion monétaire).
L’assiette de l’ISF est constituée par la valeur nette au 1er janvier de l’année de l’ensemble des biens, droits, et valeurs appartenant aux personnes physiques susvisées.
Le calcul du patrimoine s’effectue en fonction du foyer fiscal, mais sans considération du régime matrimonial. Il retient donc les éléments du patrimoine appartenant à l’ensemble des membres du foyer fiscal, soit dans le cas d’un couple tous les biens appartenant à l’un ou à l’autre des conjoints.

Les couples vivant en concubinage sont assimilés aux couples mariés pour le calcul du patrimoine, idem pour les personnes ayant conclu un PACS.
Les époux mariés sous le régime de la séparation de biens (ou en instance de séparation de corps ou de divorce) et qui ne vivent pas sous le même toit font l’objet d’une imposition séparée.
Les personnes domiciliées en France sont redevables de l’ISF sur tous les éléments de leur patrimoine, qu’ils soient localisés en France ou à l’étranger, sauf si une disposition contraire prévue par convention fiscale internationale trouve à s’appliquer.
Les contribuables domiciliés à l’étranger ne sont redevables de l’ISF qu’à raison du patrimoine qu’ils détiennent en France, sans y inclure les placements financiers.

Le calcul de l’ISF s’effectue sur le montant net du patrimoine du foyer fiscal, dès lors qu’il atteint ou dépasse le seuil de 800 000 € au 1er janvier de l’année d’imposition. Le barème est calculé par tranches et progressif comme pour l’impôt sur le revenu.
En deçà de 800 000 : 0%
Entre 800 000 et 1 300 000 : 0,50%
Entre 1 300 000 et 2 570 000 : 0,70%
Entre 2 570 000 et 5 000 000 : 1,00%
Entre 5 000 000 et 10 000 000 : 1,25%
Au-delà de 10 000 000 : 1,50%

Est-on riche avec 6.500 euros nets par mois ? | L’Expansion

L’Expansion.com avec AFP – publié le 06/02/2013 à 13:18, mis à jour à 13:32

Pour les Français, on est riche à partir de 6.500 euros nets par mois. Ce seuil est une moyenne qui masque des disparités: plus on est âgé et plus on gagne d’argent, plus on considère qu’il faut avoir davantage pour être riche. Et vous, qu’en pensez-vous?

Les Français pensent en moyenne qu'il faut gagner 6.500 euros nets par mois pour être riche en France, et près de six personnes sur dix estiment qu'il est toujours possible d'y faire fortune, selon un sondage Ifop pour le magazine Enjeux Les Echos publié mercredi.

Les Français pensent en moyenne qu’il faut gagner 6.500 euros nets par mois pour être riche en France, et près de six personnes sur dix estiment qu’il est toujours possible d’y faire fortune, selon un sondage Ifop pour le magazine Enjeux Les Echos publié mercredi.

 

Les Français pensent en moyenne qu’il faut qu’une personne gagne 6.500 euros nets par mois pour être riche en France, selon un sondage Ifop pour le magazine Enjeux Les Echos publié ce mercredi. En 2011, ils avaient fixé la barre à 6.300 euros. Toutefois, ce seuil est une moyenne des réponses, qui masque des disparités: plus on est âgé et plus on gagne d’argent, plus on considère qu’il faut avoir davantage pour être riche.

Les 18-24 ans pensent ainsi en moyenne qu’il faut 4.398 euros nets mensuels, tandis que les 65 ans et plus jugent qu’il faut 7.871 euros. De la même manière, une personne dont le foyer gagne moins de 1.200 euros par mois estime qu’elle deviendrait riche avec un revenu net mensuel de 4.792 euros, alors que quelqu’un dont le ménage gagne plus de 4.500 euros place la barre à 9.718 euros. Par ailleurs, les personnes interrogées estiment en moyenne qu’un riche en France détient au moins 630.000 euros de patrimoine.

En 2007, François Hollande, alors premier secrétaire du PS, avait fixé le seuil à partir duquel une personne était considérée comme riche à 4.000 euros nets. Cinq ans après, pendant la campagne présidentielle, il est reparti en croisande contre les « super riches. » Mais cette fois, il a fixé le seuil d’imposition à 75% à 1 million d’euros annuels, soit environ 83.300 euros par mois. Cette mesure a étécensurée par le Conseil constitutionnel fin décembre. Un nouveau dispositif, dont le taux, l’assiette et les modalités sont encore en discussion, sera présenté d’ici à « quelques semaines », a annoncé aujourd’hui la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem.

Par ailleurs, 20% des personnes interrogées affirment que, si elles faisaient fortune dans un futur proche, elles pourraient quitter la France, en raison de la forte hausse des impôts des contribuables les plus aisés.

BNP Paribas provisionne un milliard d’euros pour les bonus de ses traders | L’Expansion

L’Expansion.com – publié le 05/08/2009 à 09:33

« En matière de bonus, BNP Paribas est l’une des seules banques du monde à s’être engagée à respecter les recommandations du G20 », souligne la banque dans un communiqué.

BNP Paribas, qui a annoncé mardi 4 août avoir dégagé un bénéfice net en hausse de 6,6% à 1,604 milliard d’euros au deuxième trimestre, grâce notamment à des résultats meilleurs qu’attendu dans ses activités de marché, a confirmé avoir passé environ un milliard d’euros de provisions au titre des bonus des salariés de sa division de banque de financement et d’investissement (BFI).

Le groupe, qui réagissait à des informations du quotidien Liberation, assure néanmoins se conformer aux recommandations du G20. « Le chiffre d’un milliard calculé par Libération est proche de la réalité mais, en tout état de cause, les provisions pour bonus effectuées en cours d’année sont virtuelles puisque ces bonus ne sont decidés qu’en fin d’année, au vu des résultats effectifs de l’exercice », fait savoir BNP dans une déclaration écrite.

BNP a reçu 5,1 milliards d’euros d’aides de l’Etat

Au total, l’enveloppe devrait atteindre 3,2 milliards d’euros en 2009, contre 2,2 milliards l’an dernier. Elle sera répartie entre les 17.000 collaborateurs de la BFI de BNP Paribas, soit 59.000 euros en moyenne par personne.

En février, les banques françaises s’étaient engagées à encadrer les bonus de leurs courtiers afin de limiter les prises de risques excessifs, en contrepartie des garanties de l’Etat. La ministre de l’Economie Christine Lagarde avait mis en garde le 22 juillet dans une interview au Financial Times contre le retour de ces « vieilles pratiques » qu’elle avait qualifié de « honte absolue« .

« En matière de bonus, BNP Paribas est l’une des seules banques du monde à s’être engagée à respecter les recommandations du G20« , souligne BNP Paribas dans son communiqué. « La crise a été suffisammment grave pour que les pratiques évoluent », a déclaré mardi Baudouin Prot, le directeur général de BNP Paribas sur la radio BFM.

« Nous souhaitons ardemment que le G20 de Pittsburgh, le 20 septembre aux Etats-Unis, revienne fortemment sur ces recommandations et s’assure que, sur l’ensemble de la planète financière, les grands acteurs de la banque de financement et d’investissement appliquent à la lettre, et aussi d’ailleurs dans l’esprit, ces recommandations », a-t-il encore dit.

La banque française, qui a reçu 5,1 milliards d’euros d’aide de l’Etat dans le cadre du plan français de soutien au secteur bancaire, a annoncé sa volonté de rembourser ces dettes dès 2010.

Les plus grandes entreprises du monde

Top 20 des plus grandes entreprises au monde

Forbes Global 2000 sont des entreprises publiques avec les meilleurs scores en fonction de leurs classements des ventes, des bénéfices, des actifs et de la valeur de marché. Dans son 9ème classement annuel, Exxon Mobil est en première place pour la première fois.
5 janvier 2013

1. Exxon Mobil
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 407,41 milliards $
Secteur : Exploitation du pétrole & gaz
Création : 1870
Pays : Etats-Unis
Site web : www.exxonmobil.com
Employés : 82100
Chiffre d’affaires : 433,53 milliards $

2. JPMorgan Chase
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 170,14 milliards $
Secteur : Grandes banques
Création : 1823
Pays : Etats-Unis
Site web : www.jpmorganchase.com
Employés : 260157
Chiffre d’affaires : 110,84 milliards $

3. General Electric
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 213,74 milliards $
Secteur : Conglomérats
Création : 1892
Pays : Etats-Unis
PDG : Jeffrey Immelt
Site web : www.ge.com
Employés : 301000
Chiffre d’affaires : 147,3 milliards $

4. Royal Dutch Shell
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 227,6 milliards $
Secteur : Exploitation du pétrole & gaz
Création : 1907
Pays : Pays-Bas
PDG : Peter Voser
Site web : www.shell.com
Employés : 90000
Chiffre d’affaires : 470,17 milliards $

5. ICBC
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 237,4 milliards $
Secteur : Grandes banques
Création : 1984
Pays : Chine
Site web : www.icbc.com.cn
Employés : 397339
Chiffre d’affaires : 82.59 milliards $

6. HSBC Holdings
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 164,31 milliards $
Secteur : Grandes Banques
Création : 1853
Pays : Royaume-Uni
PDG : Stuart Gulliver
Site web : www.hsbc.com
Employés : 305984
Chiffre d’affaires : 102,02 milliards $

7. PetroChina
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 294,73 milliards $
Secteur : Exploitation du pétrole & gaz
Création : 1988
Pays : chine
Site web : www.petrochina.com.cn
Employés : 552698
Chiffre d’affaires : 310,09 milliards $

8. Berkshire Hathaway
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 202,16 milliards $
Secteur : Services d’investissement
Création : 1955
Pays : Etats-Unis
Site web : www.berkshirehathaway.com
Employés : 271000
Chiffre d’affaires : 143,69 milliards $

9. Wells Fargo
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 178,71 milliards $
Secteur : Grandes banques
Création : 1842
Pays : Etats-Unis
PDG : John Stumpf
Site web : www.wellsfargo.com
Employés : 264200
Chiffre d’affaires : 87,6 milliards $

10. Petrobras-Petróleo Brasil
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 180 milliards $
Secteur : Exploitation du Pétrole & gaz
Création : 1953
Pays : Brésil
Site web : www.petrobras.com.br
Employés : 81918
Chiffre d’affaires : 145,92 milliards $

11. BP
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 147,38 milliards $
Secteur : Exploitation du pétrole & gaz
Création : 1866
Pays: Royaume-Uni
Site Web: www.bp.com
Employés: 83400
Chiffre d’affaires: 375,52 milliards $

12. Chevron
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 218,02 milliards $
Secteur : Exploitation du pétrole & gaz
Création : 1879
Pays: Etats-Unis
Site Web: www.chevron.com
Employés: 61000
Chiffre d’affaires: 236,29 milliards $

13. China Construction Bank
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 201,94 milliards $
Secteur : Banques régionales
Création: 1954
Pays: Chine
Site Web: www.ccb.com
Employés: 313867
Chiffre d’affaires: 68,69 milliards $

14. Citigroup
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 107,53 milliards $
Secteur : Grandes banques
Création : 1812
Pays: Etats-Unis
Site Web: www.citigroup.com
Employés: 266000
Chiffre d’affaires: 102,59 milliards $

15. Gazprom
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 159,75 milliards $
Secteur : Exploitation du pétrole & gaz
Création: 1989
Pays: Russie
Site Web: www.gazprom.com
Employés: 393000
Chiffre d’affaires: 117,62 milliards $

16. Wal-Mart Stores
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 208,36 milliards $
Secteur : Magasins d’escompte
Création : 1945
Pays: Etats-Unis
PDG: Michael Duke
Site web: www.walmart.com
Employés: 2200000
Chiffre d’affaires: 446,95 milliards $

17. Volkswagen Group
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 79,54 milliards $
Secteur : Fabrication d’automobile & camions
Création : 1937
Pays: Allemagne
PDG: Martin Winterkorn
Site web: www.volkswagenag.com
Employés: 501956
Chiffre d’affaires: 221,86 milliards $

18. Total
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 132,45 milliards $
Secteur : Exploitation du pétrole & gaz
Création : 1924
Pays : France
Site web : www.total.com
Employés : 92855
Chiffre d’affaires : 216,21 milliards $

19. Agricultural Bank of China
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 154,81 milliards $
Secteur : Banques régionales
Création : 1951
Pays : Chine
Site web : www.abchina.com
Employés : 444447
Chiffre d’affaires : 62,43 milliards $

20. BNP Paribas
Capitalisation boursière à partir d’Avril 2012 : 61,53 milliards $
Secteur : Grandes banques
Création : 1966
Pays : France
Site web : www.bnpparibas.com
Employés : 198423
Chiffre d’affaires : 119 milliards $

 

Les 20 plus grandes entreprises du monde, par chiffre d’affaires
Rang Nom Chiffre d’affaires 2011 (milliards $)
Source : Fortune
1 Royal Dutch Shell 484,49
2 Exxon Mobil 452,93
3 Wal-Mart Stores 446,95
4 BP 386,46
5 Sinopec Group 375,21
6 China National Petroleum 352,34
7 State Grid 259,14
8 Chevron 245,62
9 ConocoPhillips 237,27
10 Toyota Motor 235,36
11 Total 231,58
12 Volkswagen 221,55
13 Japan Post Holdings 211,02
14 Glencore International 186,15
15 Gazprom 157,83
16 E.ON 157,06
17 ENI 153,68
18 ING Group 150,57
19 General Motors 150,28
20 Samsung Electronics 148,94

 

Les 20 entreprises les plus profitables du monde
Rang Nom Bénéfices 2011 (milliards $)
Source : Fortune
1 Gazprom 44,46
2 Exxon Mobil 41,06
3 Industrial & Commercial Bank of China 32,21
4 Royal Dutch Shell 30,92
5 Chevron 26,90
6 China Construction Bank 26,18
7 Apple 25,92
8 BP 25,70
9 BHP Billiton 23,65
10 Microsoft 23,15
11 Vale 22,89
12 Petronas 21,92
13 Volkswagen 21,43
14 Ford Motor 20,21
15 Petrobras 20,12
16 Bank of China 19,21
17 J.P. Morgan Chase & Co. 18,98
18 Agricultural Bank of China 18,86
19 American International Group 17,80
20 Total 17,07

Beckham offrirait son salaire pour éviter les impôts | Le Figaro

PSG : Beckham offrirait son salaire pour éviter les impôts

Le Figaro |

David Beckham, le 31 janvier 2013, lors de l'annonce de sa venue pour 5 mois au Paris-Saint-Germain.
David Beckham, le 31 janvier 2013, lors de l’annonce de sa venue pour 5 mois au Paris-Saint-Germain.

Selon Le Parisien, le footballeur anglais toucherait un salaire minimum de 2200 € par mois, pour éviter une trop forte imposition. Il aurait toutefois négocié avec le PSG des royalties de 20% sur les ventes de maillot à son nom.

David Beckham prêt à diviser son salaire par 360 pour venir jouer au Paris-Saint-Germain. L’image ravit les fans du club. Pourtant, l’ancien joueur star de Manchester United et du Los Angeles Galaxy n’a pas spécialement l’âme d’un philanthrope. C’est en tout cas ce que semble croire Le Parisien, selon qui David Beckham renoncerait à toucher quelque 800.000 euros par mois (l’équivalent de ce qu’il gagnait lors de son précédent contrat outre-Atlantique) pour éviter de payer le moindre impôt en France. L’installation de sa famille à Londres et la durée de son contrat (5 mois) ne seraient pas non plus étrangers à la décision de l’Anglais de rejoindre l’actuel leader de la Ligue 1, un pas qu’il n’avait pas franchi en décembre 2011.

Impôt sur le revenu et ISF: trop cher payé

«En s’installant en France, la famille Beckham aurait payé plusieurs millions d’euros d’impôts en France et se serait retrouvée avec des charges supérieures à ses revenus», détaille ainsi le quotidien. En effet, sous l’égide de sa femme, le couple a monté depuis dix ans un lucratif business autour de son nom. De quoi permettre au footballeur de gagner entre 30 et 35 millions d’euros par an, contrats publicitaires inclus. En gagnant même une petite partie de ses revenus en France, soit les 800.000 euros mensuels en question, Beckham aurait ainsi dû s’acquitter d’un impôt sur l’ensemble de ces gains, y compris ceux gagnés hors de France. Il risquait par ailleurs d’être assujetti à l’ISF.

Pour s’en prémunir, le PSG lui aurait donc offert toutes les garanties d’échapper au statut de résident fiscal français: moins de six mois et un jour dans l’Hexagone, un domicile fiscal à Londres, et surtout un salaire dérisoire pour un footballeur de son rang: 11.000 euros sur 5 mois, quand Zlatan Ibrahimovic touche chaque année 14 millions d’euros net de tout impôt. Selon «Telefoot», l’Anglais aurait aussi négocié des royalties de 20% sur les maillots vendus à son nom, soit 22 euros par pièce. C’est moins que les 50% négociés à Los Angeles sur tous les produits à son effigie, mais s’il «faisait vendre» les maillots au même rythme que durant sa période madrilène, il récolterait près de 2,3 millions d’euros en cinq mois!

Passe-passe financiers

Un peu plus d’un an après un transfert avorté, le club de la capitale a donc trouvé la solution pour s’offrir une star médiatique de plus. Ce type d’arrangement se généralise dans les clubs tricolores, qui doivent ruser pour continuer à attirer des étrangers en Ligue 1, quitte à y mettre le prix. Face à une fiscalité française touchant plus fortement les hauts revenus, les têtes d’affiche de la discipline négocient désormais fréquemment la prise en charge de leurs impôts par leur club hôte. Exemple: les 14 millions d’euros d’Ibrahimovic coûtent chaque année au PSG plus de 92 millions d’euros. De quoi mettre à mal la compétitivité des clubs français et leur faire craindre un exode de leurs meilleurs joueurs. Le monde du ballon rond avait d’ailleurs applaudi des deux mains début janvier, lorsque le Conseil constitutionnel avait retoqué le projet du gouvernement de taxer à 75 % les revenus supérieurs à un million d’euros. Cette mesure aurait concerné une centaine de joueurs évoluant en France.

———–

Beckham plus fort que Messi au jeu du qui gagne le plus

Le Monde.fr | 

David Beckham lors de la présentation de son nouveau maillot à la presse sous le regard du directeur sportif du Paris Saint-Germain, Leonardo.
David Beckham lors de la présentation de son nouveau maillot à la presse sous le regard du directeur sportif du Paris Saint-Germain, Leonardo. | REUTERS/GONZALO FUENTES

Lionel Messi a beau avoir remporté cette année son quatrième ballon d’or, l’Argentin n’est plus le footballeur le mieux payé de la planète, selon le classement publié mardi 19 mars par le magazine France Football. Le serial buteur du FC Barcelone a été détrôné par un certain… David Beckham.

Avec 36 millions d’euros de gains accumulés lors de la saison 2011-2012 (contre 31,5 millions lors de la saison précédente), le « Spice Boy » empêche Lionel Messi (35 millions d’euros) d’occuper pour la quatrième fois de suite la tête de ce classement.

A la différence de la vedette du Barça, la nouvelle recrue du PSG tire la grande majorité de ses revenus de ses faramineux contrats publicitaires (33 millions). Son salaire annuel est estimé à 1,7 million d’euros, auxquels viennent s’ajouter 1,3 million d’euros de primes. « Comme l’a écrit de façon provocatrice un journaliste anglais, commente France Football, son salaire ne lui sert qu’à acheter son pain. A peine exagéré, mais ô combien révélateur : ses fiches de paye ne représentent désormais que 5 % de ses revenus, 9 % si l’on y ajoute les primes ! »

Beckham, 37 ans, un pied en or, mais surtout un visage en diamant pour les grandes marques, qui se bousculent pour se payer son image : Adidas, Samsung, Burger King… Déjà en juin 2012, dans le classement Forbes des 100 sportifs les mieux rétribués au monde, Beckham arrivait à la huitième position – et premier footballeur – avec 35,5 millions d’euros. Mais il était loin du leader, le boxeur américain Floyd Mayweather, avec ses 65,7 millions d’euros.

La répartition des gains perçus par Lionel Messi est plus équilibrée : 12,5 millions d’euros de salaire et 22 millions de contrats publicitaires.

EN LIGUE 1, ZLATAN LOIN DEVANT

En troisième position, on trouve le Portugais du Real Madrid, Cristiano Ronaldo et ses 30 millions d’euros, dont 13 millions d’euros de salaire. Le premier Français arrive à la 20e position : c’est Karim Benzema, avec 12 millions d’euros (7,5 millions d’euros de salaire).

Côté Ligue 1, c’est bien évidemment l’attaquant vedette du Paris Saint-Germain, Zlatan Ibrahimovic, qui culmine en tête, avec 15 millions d’euros. Très loin devant ses coéquipiers – le Brésilien Thiago Silva (9,5 millions) et l’Argentin Ezequiel Lavezzi (9,4 millions d’euros). Sur les vingt joueurs les mieux payés du championnat de France, douze sont d’ailleurs parisiens.

Les entraîneurs ne semblent plus être les parents pauvres du football. Dans certains clubs ou pays, leur expérience et leur charisme sont copieusement rémunérés. Le mieux loti au monde est le coach du Real Madrid, José Mourinho (14 millions d’euros), puis celui du PSG, Carlo Ancelotti (12 millions d’euros), et enfin un autre Italien, Marcello Lippi, qui est payé 11 millions d’euros pour entraîner le club chinois du Guangzhou Evergrande. Arsène Wenger (Arsenal), sixième du classement, est le premier Français, avec 9,4 millions d’euros.

Suppliques de Warren Buffett pour être taxé | New York Times

Warren Buffett a publié deux op-ed en août 2011 et novembre 2012 dans le New York Times pour réclamé une augmentation de ses impôts.

Stop Coddling the Super-Rich

By WARREN E. BUFFETT
Published: August 14, 2011

OUR leaders have asked for “shared sacrifice.” But when they did the asking, they spared me. I checked with my mega-rich friends to learn what pain they were expecting. They, too, were left untouched.
While the poor and middle class fight for us in Afghanistan, and while most Americans struggle to make ends meet, we mega-rich continue to get our extraordinary tax breaks. Some of us are investment managers who earn billions from our daily labors but are allowed to classify our income as “carried interest,” thereby getting a bargain 15 percent tax rate. Others own stock index futures for 10 minutes and have 60 percent of their gain taxed at 15 percent, as if they’d been long-term investors.
These and other blessings are showered upon us by legislators in Washington who feel compelled to protect us, much as if we were spotted owls or some other endangered species. It’s nice to have friends in high places.
Last year my federal tax bill — the income tax I paid, as well as payroll taxes paid by me and on my behalf — was $6,938,744. That sounds like a lot of money. But what I paid was only 17.4 percent of my taxable income — and that’s actually a lower percentage than was paid by any of the other 20 people in our office. Their tax burdens ranged from 33 percent to 41 percent and averaged 36 percent.
If you make money with money, as some of my super-rich friends do, your percentage may be a bit lower than mine. But if you earn money from a job, your percentage will surely exceed mine — most likely by a lot.
To understand why, you need to examine the sources of government revenue. Last year about 80 percent of these revenues came from personal income taxes and payroll taxes. The mega-rich pay income taxes at a rate of 15 percent on most of their earnings but pay practically nothing in payroll taxes. It’s a different story for the middle class: typically, they fall into the 15 percent and 25 percent income tax brackets, and then are hit with heavy payroll taxes to boot.
Back in the 1980s and 1990s, tax rates for the rich were far higher, and my percentage rate was in the middle of the pack. According to a theory I sometimes hear, I should have thrown a fit and refused to invest because of the elevated tax rates on capital gains and dividends.
I didn’t refuse, nor did others. I have worked with investors for 60 years and I have yet to see anyone — not even when capital gains rates were 39.9 percent in 1976-77 — shy away from a sensible investment because of the tax rate on the potential gain. People invest to make money, and potential taxes have never scared them off. And to those who argue that higher rates hurt job creation, I would note that a net of nearly 40 million jobs were added between 1980 and 2000. You know what’s happened since then: lower tax rates and far lower job creation.
Since 1992, the I.R.S. has compiled data from the returns of the 400 Americans reporting the largest income. In 1992, the top 400 had aggregate taxable income of $16.9 billion and paid federal taxes of 29.2 percent on that sum. In 2008, the aggregate income of the highest 400 had soared to $90.9 billion — a staggering $227.4 million on average — but the rate paid had fallen to 21.5 percent.
The taxes I refer to here include only federal income tax, but you can be sure that any payroll tax for the 400 was inconsequential compared to income. In fact, 88 of the 400 in 2008 reported no wages at all, though every one of them reported capital gains. Some of my brethren may shun work but they all like to invest. (I can relate to that.)
I know well many of the mega-rich and, by and large, they are very decent people. They love America and appreciate the opportunity this country has given them. Many have joined the Giving Pledge, promising to give most of their wealth to philanthropy. Most wouldn’t mind being told to pay more in taxes as well, particularly when so many of their fellow citizens are truly suffering.
Twelve members of Congress will soon take on the crucial job of rearranging our country’s finances. They’ve been instructed to devise a plan that reduces the 10-year deficit by at least $1.5 trillion. It’s vital, however, that they achieve far more than that. Americans are rapidly losing faith in the ability of Congress to deal with our country’s fiscal problems. Only action that is immediate, real and very substantial will prevent that doubt from morphing into hopelessness. That feeling can create its own reality.
Job one for the 12 is to pare down some future promises that even a rich America can’t fulfill. Big money must be saved here. The 12 should then turn to the issue of revenues. I would leave rates for 99.7 percent of taxpayers unchanged and continue the current 2-percentage-point reduction in the employee contribution to the payroll tax. This cut helps the poor and the middle class, who need every break they can get.
But for those making more than $1 million — there were 236,883 such households in 2009 — I would raise rates immediately on taxable income in excess of $1 million, including, of course, dividends and capital gains. And for those who make $10 million or more — there were 8,274 in 2009 — I would suggest an additional increase in rate.
My friends and I have been coddled long enough by a billionaire-friendly Congress. It’s time for our government to get serious about shared sacrifice.

Warren E. Buffett is the chairman and chief executive of Berkshire Hathaway.
http://www.nytimes.com/2011/08/15/opinion/stop-coddling-the-super-rich.html?hp

———-

A Minimum Tax for the Wealthy

By WARREN E. BUFFETT
Published: November 25, 2012

SUPPOSE that an investor you admire and trust comes to you with an investment idea. “This is a good one,” he says enthusiastically. “I’m in it, and I think you should be, too.”
Would your reply possibly be this? “Well, it all depends on what my tax rate will be on the gain you’re saying we’re going to make. If the taxes are too high, I would rather leave the money in my savings account, earning a quarter of 1 percent.” Only in Grover Norquist’s imagination does such a response exist.
Between 1951 and 1954, when the capital gains rate was 25 percent and marginal rates on dividends reached 91 percent in extreme cases, I sold securities and did pretty well. In the years from 1956 to 1969, the top marginal rate fell modestly, but was still a lofty 70 percent — and the tax rate on capital gains inched up to 27.5 percent. I was managing funds for investors then. Never did anyone mention taxes as a reason to forgo an investment opportunity that I offered.
Under those burdensome rates, moreover, both employment and the gross domestic product (a measure of the nation’s economic output) increased at a rapid clip. The middle class and the rich alike gained ground.
So let’s forget about the rich and ultrarich going on strike and stuffing their ample funds under their mattresses if — gasp — capital gains rates and ordinary income rates are increased. The ultrarich, including me, will forever pursue investment opportunities.
And, wow, do we have plenty to invest. The Forbes 400, the wealthiest individuals in America, hit a new group record for wealth this year: $1.7 trillion. That’s more than five times the $300 billion total in 1992. In recent years, my gang has been leaving the middle class in the dust.
A huge tail wind from tax cuts has pushed us along. In 1992, the tax paid by the 400 highest incomes in the United States (a different universe from the Forbes list) averaged 26.4 percent of adjusted gross income. In 2009, the most recent year reported, the rate was 19.9 percent. It’s nice to have friends in high places.
The group’s average income in 2009 was $202 million — which works out to a “wage” of $97,000 per hour, based on a 40-hour workweek. (I’m assuming they’re paid during lunch hours.) Yet more than a quarter of these ultrawealthy paid less than 15 percent of their take in combined federal income and payroll taxes. Half of this crew paid less than 20 percent. And — brace yourself — a few actually paid nothing.
This outrage points to the necessity for more than a simple revision in upper-end tax rates, though that’s the place to start. I support President Obama’s proposal to eliminate the Bush tax cuts for high-income taxpayers. However, I prefer a cutoff point somewhat above $250,000 — maybe $500,000 or so.
Additionally, we need Congress, right now, to enact a minimum tax on high incomes. I would suggest 30 percent of taxable income between $1 million and $10 million, and 35 percent on amounts above that. A plain and simple rule like that will block the efforts of lobbyists, lawyers and contribution-hungry legislators to keep the ultrarich paying rates well below those incurred by people with income just a tiny fraction of ours. Only a minimum tax on very high incomes will prevent the stated tax rate from being eviscerated by these warriors for the wealthy.
Above all, we should not postpone these changes in the name of “reforming” the tax code. True, changes are badly needed. We need to get rid of arrangements like “carried interest” that enable income from labor to be magically converted into capital gains. And it’s sickening that a Cayman Islands mail drop can be central to tax maneuvering by wealthy individuals and corporations.
But the reform of such complexities should not promote delay in our correcting simple and expensive inequities. We can’t let those who want to protect the privileged get away with insisting that we do nothing until we can do everything.
Our government’s goal should be to bring in revenues of 18.5 percent of G.D.P. and spend about 21 percent of G.D.P. — levels that have been attained over extended periods in the past and can clearly be reached again. As the math makes clear, this won’t stem our budget deficits; in fact, it will continue them. But assuming even conservative projections about inflation and economic growth, this ratio of revenue to spending will keep America’s debt stable in relation to the country’s economic output.
In the last fiscal year, we were far away from this fiscal balance — bringing in 15.5 percent of G.D.P. in revenue and spending 22.4 percent. Correcting our course will require major concessions by both Republicans and Democrats.
All of America is waiting for Congress to offer a realistic and concrete plan for getting back to this fiscally sound path. Nothing less is acceptable.
In the meantime, maybe you’ll run into someone with a terrific investment idea, who won’t go forward with it because of the tax he would owe when it succeeds. Send him my way. Let me unburden him.

Warren E. Buffett is the chairman and chief executive of Berkshire Hathaway.
http://www.nytimes.com/2012/11/26/opinion/buffett-a-minimum-tax-for-the-wealthy.html

Fortunes du sport

Quelques grandes fortunes du sport (en 2012)

Tiger Woods (Golf) 666 millions d’euros
Arnold Palmer (Golf) 285 millions d’euros
Greg Norman (Golf) 215 millions d’euros
Jack Nicklaus (Golf) 195 millions d’euros
Gary Player (Golf) 153 millions d’euros

Roger Federer (Tennis) 242 millions d’euros
Ce que les tennnismen ont gagné entre juillet 2010 et juillet 2011 :
Roger Federer : 47 millions d’euros
Rafael Nadal : 31 millions d’euros
Maria Sharapova : 25 millions d’euros
Novak Djokovic : 18 millions d’euros
Andy Murray : 13,5 millions d’euros
Andy Roddick : 13 millions d’euros
Caroline Wozniacki : 12,5 millions d’euros
Venus Williams : 11,5 millions d’euros
Kim Clijsters : 11 millions d’euros
Serena William s: 10,5 millions d’euros
(source : Forbes)

David Beckham (Foot) 198 millions d’euros
Cristiano Ronaldo (Foot) 126 millions d’euros
Lionel Messi (Foot) 130 millions d’euros

Michael Schumacher (F1) 632 millions d’euros
Fernando Alonso (F1) 124 millions d’euros
Kimi Raikkonen (F1) 124 millions d’euros

Michael Jordan (NBA) 397 millions d’euros
Kobe Bryant (NBA) 229 millions d’euros
Shaquille O’neal (NBA) 192 millions d’euros
Kevin Garnett (NBA) 127 millions d’euros

Alex Rodriguez (Base Ball) 229 millions d’euros
Cc Sabathia (Base Ball) : 124 millions d’euros

Oscar de la Hoya (Boxe) 136 millions d’euros

Dale Earnhardt Jr (NASCAR) 229 millions d’euros

Nick D’Aloisio, 17 ans, embauché à prix d’or pour aider Yahoo! à se réinventer | Le Monde

LE MONDE | 
Nick D'Aloisio, le fondateur de Summly, lors d'une conférence au Central Westminster Hall à Londres, le 20 juin 2012.
Nick D’Aloisio, le fondateur de Summly, lors d’une conférence au Central Westminster Hall à Londres, le 20 juin 2012. | LE WEB 12/FLICK’R

Nick D’Aloisio, un adolescent britannique de 17 ans, est devenu lundi 25 mars l’un des plus jeunes millionnaires de la planète. Une prouesse réalisée non pas en chantant ou en faisant du cinéma, mais en produisant des lignes de code. Nick vient en effet de vendre Summly, une start-up fondée voilà deux ans, au géant de l’Internet Yahoo!. Bien qu’il n’ait pas été divulgué par le groupe, le montant de la transaction se rapprocherait, selon le blog spécialisé AllThingsD, des 30 millions de dollars (23 millions d’euros).

Créé par le jeune D’Aloisio alors qu’il n’avait que 15 ans, Summly est un agrégateur de contenus et d’informations. L’application a la capacité de résumer n’importe quelle information en de simples phrases et d’adapter le contenu à l’écran du smartphone.

Très populaire, elle a été téléchargée un peu moins d’un million de fois. Et a suscité l’intérêt d’investisseurs comme Mark Pincus, le fondateur de l’entreprise de jeux Zynga, ou encore Brian Chesky, créateur du site de locations d’appartements Airbnb. Même des stars comme Ashton Kutcher et l’ex-compagne de John Lennon, Yoko Ono, ont pris une participation.

Pour l’instant, l’entreprise, qui emploie quatre personnes en plus de son fondateur, n’a encore jamais rapporté un centime. Aucun problème pour Marissa Mayer, la présidente de Yahoo!, qui a scellé le contrat.

MANQUE D’INGÉNIEURS

La charismatique patronne du portail ne compte pas sur Summly pour accroître le chiffre d’affaires de son entreprise. Au contraire, elle a très vite annoncé lundi que l’application n’existerait plus en tant que telle dans quelques mois. Pour Mme Mayer, l’intérêt est tout autre : Yahoo! va en effet intégrer les algorithmes créés par le jeune homme afin d’améliorer sa propre offre sur le mobile. Pour l’instant balbutiante.

Le fondateur de Summly va d’ailleurs, conjointement avec deux autres membres de son équipe, rejoindre Yahoo! pour renforcer les effectifs qui travaillent sur le mobile. Autrefois florissant, Yahoo! est aujourd’hui en déclin. Le site, qui se présente sous la forme d’un portail, où l’on trouve ses e-mails ou encore ses informations préférées, ne correspond plus aux usages des internautes.

Nommée à la tête du site en juillet 2012 afin de le redresser, Mme Mayer en est convaincue : le salut de Yahoo! passe par le mobile. Elle l’a d’ailleurs dit et répété lors de la présentation de sa stratégie en septembre 2012. Plus récemment, elle a annoncé vouloir faire plusieurs acquisitions afin de renforcer la position de Yahoo sur cette plate-forme : deux grandes et deux petites.

« Avec cette acquisition, Mme Mayer s’assure l’intégration d’un bon produit et surtout d’un groupe d’ingénieurs très performants qui n’iront pas voir ailleurs », remarque Ed Barton, du cabinet Strategy Analytics.

Mais pour l’expert, cette transaction est le signe que Mme Mayer a été incapable de trouver les ingénieurs qu’il lui fallait au sein même de son équipe. « A la fin des années 1990, les équipes de Yahoo! étaient considérées comme très innovantes. Aujourd’hui, Mme Mayer est obligée d’aller chercher ailleurs les talents dont elle a besoin », déplore l’analyste.

Fortunes du web | Forbes

Quelques fortunes du web dans le monde
Bill Gates (Microsoft) : 67 milliards
Steve Ballmer (Microsoft) : 15,2 milliards
Paul Allen (Vulcan, ex-Microsoft) : 15 milliards
Laurene Powell Jobs (épouse de Steve Jobs, principale actionnaire de Disney Co) : 10,7 milliards
Sergey Brin et Larry Page (Google) : 23 milliards de dollars chacun
Eric Schmidt (Google) : 8,2 milliards de dollars
Jeff Bezos (Amazon) : 25,2 milliards de dollars
Mark Zuckerberg (Facebook) : 17,5 milliards de dollars
Dustin Moskovitz (Facebook) : 3,5 milliards de dollars
Robin Li (Baidu) : 10,2 milliards de dollars
Pierre Omidyar (eBay) : 6,7 milliards de dollars
Hiroshi Mikitani (Rakuten) : 6,2 milliards de dollars
Ma Huateng (Tencent) : 4,7 milliards de dollars
Xavier Niel (Free) : 4,5 milliards de dollars
Yoshikazu Tanaka (Gree) : 4,3 milliards de dollars
Kim Jung-Ju et sa famille (Nexon) : 3,3 milliards de dollars
Larry Ellison (Oracle) : 43 milliards
Michael Dell (Dell) : 15,3 milliards
Azim Premji (Wipro) : 11,2 milliards
Hasso Plattner (SAP) : 8,9 milliards
James Goodnight (SAS) : 7,7 milliards

Source : Forbes

Jean-François Eck : industries & industriels du Nord | Histoire d’entreprises

Article publié dans le magazine Histoire d’entreprises

Pour ce dossier consacré aux entreprises et aux industries du nord de la France, la rédaction d’Histoire d’Entreprises s’est entretenue avec Jean-François Eck, professeur à l’Université Charles de Gaulle – Lille 3 et spécialiste de l’histoire de cette région. Il retrace ici pour nous l’évolution, depuis le début du XIXe siècle, des secteurs industriels – notamment le textile, la mine et la sidérurgie – qui ont contribué à forger l’identité de cette région, aux périodes d’apogée comme aux périodes de crise et de reconversion. Il décrypte également les rapports de force entre les différents acteurs – industriels, ouvriers, politiques – et la façon dont ils ont marqué localement l’organisation du travail, de l’économie, voire de la ville. Enfin, il met en perspective cette histoire riche et mouvementée avec la situation économique actuelle.

 

Commençons par les débuts de l’industrialisation. Y a-t-il dans le Nord la présence d’industries avant ce qu’on appelle la première révolution industrielle ?

Oui. Dans le Nord, l’industrialisation commence bien avant le XIXe siècle, et ce, en partie grâce au charbon. C’est en 1716 que du charbon est découvert près d’Anzin et Valenciennes et en 1757 qu’est fondée la compagnie des mines d’Anzin, qui pendant longtemps a été la première compagnie minière non seulement de France mais du monde ! L’exploitation charbonnière a donc été bien antérieure à l’industrialisation proprement dite. Ce qu’il est intéressant de noter, c’est que cette exploitation s’est en grande partie développée grâce à des capitaux d’origine belge ; les Belges avaient besoin de trouver en France des sources de charbon pour pouvoir conserver leurs débouchés, dans la mesure où la monarchie d’Ancien Régime avait établi un cordon douanier entre le royaume de France et ce qui s’appelait alors les Pays-Bas autrichiens (la future Belgique), et que ce cordon empêchait les utilisateurs français de consommer le charbon du Hainaut (belge). Les entrepreneurs belges ont donc cherché – et découvert – des gisements du côté de Valenciennes (1). Ils ont commencé à exploiter le bassin du Nord puis, à partir de 1847, lorsque son prolongement vers la côte a été découvert, une véritable fièvre minière s’est emparée non seulement des Belges, mais aussi des capitalistes du Nord, qui avaient des fonds disponibles grâce au textile ou à la richesse agricole.

Justement, parlons du textile. Y a-t-il une « industrie » textile avant le XIXe siècle ?
Oui, il existe une industrie très puissante dans le cadre de ce que les historiens appellent la « proto-industrie » : des marchands- fabricants, installés dans les campagnes, distribuent le travail aux artisans ruraux, possesseurs de leur métier mais entièrement dominés puisqu’ils subissent les tarifs fixés à l’avance par ces marchands et qu’ils n’ont le droit de fabriquer que pour le marchand qui leur confie la matière première. Ce système, qui est proche de ce qui pouvait se passer en Allemagne, en Angleterre et dans le reste de l’Europe du Nord, a permis la formation d’un nombre important de dynasties du textile ; tous les « grands noms » sont déjà présents à la fin du XVIIIe siècle : les Motte, les Lepoutre, les Tiberghien, les Masurel… Avec les capitaux qu’ils ont accumulés, ces industriels peuvent, dans les années 1820-1840, ouvrir de véritables usines et passer à la mécanisation.

La proto-industrie textile et le charbon forment donc les deux « bases » de l’essor industriel du Nord.
Il y a en réalité une troisième base qu’il ne faudrait pas oublier, c’est la prospérité agricole. Celle-ci est fondamentale, tout simplement parce que c’est en grande partie le sucre qui a financé le charbon ! Au début du XIXe siècle, en effet, à la suite du blocus continental mis en place par Napoléon en 1806 (2), les agriculteurs du Nord, en particulier ceux de l’Artois, se lancent dans la production de betteraves à sucre. Et on sait aujourd’hui, notamment grâce à un travail important mené par Jean-Luc Mastin (3), que les grandes compagnies charbonnières ont été très souvent directement fondées par des dynasties sucrières. Charbon, textile et sucre sont donc très souvent liés entre eux par des rapports de famille, des mariages, des cousinages, mais aussi par des placements financiers communs. Ces réseaux, une fois mis en place, vont se révéler très favorables à un développement précoce de l’industrialisation, disons relativement précoce par rapport à ce qui a lieu dans d’autres régions françaises.

« Charbon, textile et sucre sont très souvent liés entre eux par des rapports de famille, des mariages, des cousinages, mais aussi par des placements financiers communs. »

La ville de Lille joue-t-elle dès cette époque un rôle de métropole régionale ?
Pas vraiment. Les villes du Nord se développent de manière assez autonome les unes des autres, chacune ayant sa spécialité. Il est frappant de voir qu’à quelques kilomètres de Lille, Roubaix-Tourcoing se construit comme un foyer parfaitement autonome, avec des circuits de financements propres et une organisation économique sans grand rapport avec Lille. Comment expliquer ce phénomène ? En grande partie par le fait que la nature des productions n’est pas la même : à Roubaix- Tourcoing, à partir de 1840 (4), on travaille essentiellement la laine (la laine cardée, qui donne des draps de médiocre qualité, et la laine peignée, qui donne des tissus de très grande qualité pouvant être exportés ou transformés en vêtements de luxe) ; à Lille on travaille le fil et le coton ; à Armentières, le lin ; quant au jute, destiné à la fabrication de toiles d’emballage, il reste localisé pour l’essentiel à Dunkerque autour d’une firme fondée par des immigrants écossais au début du XIXe, la firme Dickson. Il faut également souligner les effets d’influences et d’« emboîtement » dans le développement des villes : par exemple, un ensemble comme Roubaix-Tourcoing est tellement considérable qu’il a tendance à assujettir d’autres foyers régionaux. Ainsi Fourmies, petite ville spécialisée dans le peignage de la laine, est entièrement tenue sous la coupe des industriels roubaisiens. Enfin, on peut constater qu’il n’y a guère de rapports matériels, sinon sur le plan des financements, entre la région lilloise et le bassin houiller : il s’agit de deux univers complètement différents et « étanches ». Les moyens de communication de l’époque font qu’il est de toutes façons difficile de passer de l’un à l’autre. Dans le bassin minier, on n’a donc rien d’autre que des puits de charbon qui se succèdent : une mono-activité absolue.

D’autres secteurs industriels se sont tout de même développés parallèlement au textile et au charbon.
Absolument. Notamment des entreprises qui prennent leur essor dans l’« orbite » du charbon et du textile. Prenez par exemple la première firme chimique française, les établissements Kuhlmann. Son fondateur, Frédéric Kuhlmann, était un Alsacien, préparateur en chimie et enseignant dans des écoles professionnelles à Colmar et Strasbourg. Si Kuhlmann fait fortune, au point de devenir l’homme le plus riche du département, son entreprise reste trop longtemps cantonnée aux produits de base et met du temps à se tourner vers des produits plus diversifiés comme les engrais ou les colorants ; elle ne réussit pas à prendre le même virage que les grands groupes d’industrie chimique en Allemagne, dans les années 1860-1880, qui parviennent à couvrir l’ensemble de la palette des produits chimiques. En 1965, l’entreprise Kuhlmann passera dans le giron d’Ugine, puis de Péchiney en 1971, pour donner naissance à PUK (Péchiney-Ugine-Kuhlmann), qui se séparera de ses activités chimie et aciers spéciaux en 1982, après sa nationalisation. Outre l’industrie chimique, on trouve également dans le Nord beaucoup d’entreprises de sidérurgie, qui se positionnent, elles, dans le sillage de l’activité charbonnière. En 1849, est ainsi fondé un groupe sidérurgique, Denain-Anzin, sous l’impulsion d’un grand patron de l’époque, Paulin Talabot. Ce Groupe possède d’importantes installations sidérurgiques et s’approvisionne notamment dans le bassin houiller du Nord-Pas de Calais. Enfin, le Nord possède dès le XIXe siècle une industrie agroalimentaire très puissante avec, en dehors du sucre, les activités de brasserie et distillerie, mais aussi les dérivés de l’élevage (le lait, le beurre, le fromage) autour desquels se mettent en place des coopératives de production dès les années 1860-1880.

Peut-on dire qu’on est face à une économie ouverte ?
Jean-François Eck, professeur à l'Université Lille 3 - © Véronique VédrenneOui, dans la mesure où les industriels du Nord ont besoin de s’approvisionner en matières premières provenant du monde entier : la laine vient d’Argentine, le coton d’Égypte, des Indes ou des États-Unis, le jute du Bengale, etc. Les approvisionnements et les expéditions se font le plus souvent depuis Dunkerque, Boulogne ou Calais, et ces ports donnent lieu à toute une floraison de maisons de négoce, de compagnies de navigation, vivant très souvent dans l’orbite de la Compagnie de chemin de fer du Nord qui domine alors complètement la région (5). Par ailleurs, l’apport technologique de l’étranger est fondamental. Tout d’abord, une bonne partie de l’industrie du coton à Lille, à la fin du XVIIIe siècle, vient de Gand : les fabricants d’indiennes (ces cotonnades de coton imprimé, très à la mode à l’époque) en sont souvent originaires. Cet apport extérieur est important non seulement pour le textile mais aussi pour d’autres branches, où des entreprises se créent à partir de brevets achetés à l’étranger ou d’importation de main-d’œuvre spécialisée. Par exemple à Boulogne, l’industrie des plumes métalliques, qui a donné lieu à l’établissement d’une grande entreprise d’instruments d’écriture, Baignol et Farjon, est née du voyage d’un industriel de Boulogne en Angleterre d’où il a rapporté des brevets. Même chose à Calais pour la dentelle !

Comment sont financées toutes ces entreprises ?
On trouve dans la région du Nord un réseau de banques régionales relativement dense. À Valenciennes, vous avez la banque Dupont, à Lille la banque Joire, à Boulogne la banque Adam. Si toutes ont un rôle assez actif, le financement des industries repose en grande partie – au XIXe siècle du moins – sur l’autofinancement. Les bénéfices accumulés sont automatiquement réinvestis dans les entreprises. Parallèlement, l’activité courante, comme le paiement des stocks ou de la main-d’œuvre, est financée par les sommes que les entrepreneurs déposent sur des comptes courants auxquels ils ne touchent pas. Pour ce qui est du financement à long terme, un certain nombre de placements sont effectués à l’étranger. C’est du reste une des originalités de ce capitalisme nordiste que d’investir relativement loin de chez lui. Un grand Groupe textile comme Motte possède par exemple plusieurs usines dans l’empire russe, notamment en Pologne, qui est alors un foyer d’investissement notable. Il y a chez Motte à la fois la volonté de bénéficier de conditions d’installation plus faciles qu’ailleurs, notamment pour ce qui est des salaires, mais également un attrait pour les débouchés extérieurs. Pendant la période de l’entre-deux-guerres, des investissements se feront plus loin encore. Ainsi, Prouvost, grand Groupe de peignage de laine, à la recherche de main-d’œuvre peu onéreuse, investira dans le vieux sud des États-Unis, mais aussi en Espagne, en Afrique du Sud, en Colombie, et développera un certain nombre de manufactures textiles. Enfin, des investissements spéculatifs peuvent également avoir cours : la Galicie, qui est la partie austro-hongroise de la Pologne (6), s’avérant une région riche en pétrole, tout un ensemble d’investissements sont réalisés dans ce secteur par quelques industriels du nord de la France. C’est un phénomène relativement éphémère, mais il montre qu’il y a chez ces industriels beaucoup d’argent et qu’ils cherchent des occasions de placements.

Outre cette volonté d’auto-financement, quelles sont les caractéristiques des grands industriels du nord de la France ? Peut-on dire, d’ailleurs, qu’il existe « un patronat du Nord » ?
Je dirais qu’on trouve dans le Nord un patronat assez semblable, par ses comportements, à celui qu’on peut trouver dans d’autres régions, notamment en Alsace, mais aussi en Normandie, autour d’Elbeuf, de Louviers, de Rouen. Les principaux traits du patronat nordiste – c’est-à-dire la « fermeture » de la famille, le contrôle paternaliste de la main-d’oeuvre, la volonté de transmettre un héritage intact à ses enfants, l’affichage d’un mode de vie marqué par une certaine austérité – tout cela se retrouve ailleurs, de même que l’attachement au catholicisme, qu’on retrouve à Reims dans l’industrie textile, ou en Haute-Alsace, transposé sur le plan calviniste. Ce qui est plus original, c’est la capacité assez impressionnante de ces industriels à sans cesse développer des entreprises. Ce phénomène est sans doute à relier à la volonté d’établir ses enfants et de remettre toujours en circuit les capitaux. Pour vous donner un exemple, je vais vous citer cette phrase d’Eugène Motte, grand patron du Groupe Motte au tout début du XXe siècle, qui écrit au ministre du Commerce pour appuyer une demande de décoration pour un des membres d’une autre grande famille textile : « À Roubaix, nous sommes une place de commerce de père en fils, sans absentéisme et sans personne qui fasse Charlemagne. » Faire Charlemagne, aux cartes, ça veut dire rafler la mise à la fin de la partie et sortir du jeu. Ce que veut dire Eugène Motte, c’est qu’à Roubaix, on fait toujours l’effort de réinvestir dans le circuit économique l’argent qui en a été tiré. Cet aspect est très caractéristique du patronat du Nord, en tout cas jusqu’en 1950. Bien sûr, les choses sont certainement plus compliquées et moins schématiques, notamment parce qu’on n’a pas beaucoup d’archives… Et il est bien possible que le patronat du Nord ait réussi à imposer cette image collective d’austérité sans que toutes les familles patronales s’y soient conformées.

« Ce qui est original, c’est la capacité impressionnante de ces industriels du Nord à sans cesse développer des entreprises. »

Par ailleurs, l’austérité professée par les « fondateurs » au début du XIXe siècle n’a plus grand-chose à voir avec le mode de vie des familles de l’entre-deux-guerres. Enfin, même avant 1914, on trouve des dynasties patronales qui ne réinvestissent pas dans la production. C’est le cas par exemple à Armentières, centre textile consacré à l’industrie du lin, à quelques dizaines de kilomètres de Lille. On le constate dans le travail récent de Jean-Marie Wiscart (7) : il a étudié une grande dynastie de l’industrie du lin, les Mahieu, qui ont systématiquement réinvesti leur fortune dans des achats de biens fonciers et de terres agricoles, particulièrement en Belgique ; ils s’y sont d’ailleurs peu à peu établis, à titre de résidence secondaire puis de résidence principale, et ils y ont mené une vie de château… Dans une veine un peu similaire, on constate aussi qu’un certain nombre d’héritiers vont avoir tendance à se tourner vers d’autres horizons. Jean Prouvost, par exemple, héritier d’un grand groupe de peignage de la laine et fondateur de la Lainière de Roubaix en 1911, va rapidement s’intéresser à tout autre chose que le textile et va devenir grand patron de presse !

Existe-t-il une solidarité patronale ?
Oui. S’il y a bien sûr des brouilles inexpiables, des procès, une certaine solidarité s’exprime, notamment face à l’État, face aux banques et face à la main-d’oeuvre ouvrière lorsque celle-ci revendique. Par exemple, dès 1824, les patrons des filatures fondent le « comité des filateurs » ; en 1832, c’est au tour des sucriers avec le « comité des fabricants de sucre indigène » (c’est-à-dire de sucre de betterave) ; en 1850, les industriels liniers créent le « comité du lin »… Ces diverses associations renforcent assez naturellement l’homogénéité du milieu patronal. En 1842, Auguste Mimerel, un patron de Roubaix, dépasse les revendications corporatistes et fonde le Comité de l’industrie, transformé plus tard en Association pour la défense du travail national. L’organisme a pour but le regroupement du patronat autour d’une lutte contre le libre-échange, la baisse des tarifs douaniers et l’ouverture des frontières. Mimerel sera du reste – partiellement – entendu puisqu’en février 1849, il obtiendra l’exclusion des produits étrangers à l’Exposition universelle de Paris. Pour ce qui concerne la volonté de moraliser la main-d’œuvre, un organisme d’un autre ordre est créé, en 1884, à Lille : il s’agit de l’Association catholique des patrons du Nord. Cette association, dont le nom marque l’appartenance à cette mouvance du « catholicisme social », regroupe des patrons du textile, mais aussi d’autres secteurs, autour de la constitution d’un réseau d’œuvres de charité. Son fondateur, Philibert Vrau, est un personnage célèbre dans la région : grand manufacturier, fabricant du fil à coudre « Au Chinois », grand catholique (on le surnomme parfois « Saint-Philibert »), il fait également figure de principal chef de la droite conservatrice et monarchiste. Dans l’entre-deux guerres, les tensions sociales vont devenir très dures et une nouvelle association est créée pour tenter de contrer les revendications ouvrières : il s’agit du Consortium de l’industrie textile. Cette association de patrons, fondée en 1919 à Roubaix par l’industriel Eugène Mathon, a pour objectif de résister aux conflits sociaux grâce au versement d’indemnités de grèves. Les activités du Consortium sont rapidement déléguées à Désiré Ley, l’administrateur-délégué. C’est à lui que le patronat du Nord confie le soin de mater les syndicats ouvriers et d’éviter que ceux-ci n’arrivent à faire triompher les revendications ouvrières. Une partie du patronat du Nord fait donc à cette époque allure de patronat de combat. Cependant, il ne faut pas exagérer ce virage : un certain nombre de dirigeants ne sont pas d’accord avec cette attitude et estiment qu’il convient d’éviter l’affrontement systématique. C’est le cas en particulier d’Eugène Motte, le propre beau-frère d’Eugène Mathon (!), qu’une altercation très célèbre oppose un jour à Désiré Ley. Rencontrant ce dernier sur un quai de la gare de Roubaix, Motte le prend ainsi à partie : « Je ne veux pas avoir de contact avec vous, vous êtes un individu néfaste et répugnant, vous entraînez le patronat du Nord à sa ruine… »

Qu’en est-il du monde ouvrier ? A-t-il lui aussi des spécificités ?
La spécificité du monde ouvrier, dans le Nord-Pas de Calais, tient en partie aux grandes vagues d’immigration. Du côté de la mine, dans les années 1919-1930, on fait en effet affluer des contingents de Polonais, en vertu de traités signés entre le gouvernement français et le gouvernement de Pologne, qui permettent au patronat du Nord, parfaitement organisé sur ce plan, de « regarnir » les galeries de mines, de plus en plus délaissées par les ouvriers français pour qui le métier apparaît comme répulsif. L’immigration polonaise a été tellement marquante que jusqu’à hier, pourrait-on dire, il y avait encore des quotidiens polonais imprimés dans le bassin minier… Après la nationalisation des Charbonnages en 1946, on fera cette fois appel à de la main-d’œuvre marocaine, recrutée dans les régions rurales du Sud du Maroc par des agents payés par les Charbonnages. Dans le textile, c’est la main-d’oeuvre belge qui est venue s’embaucher dans les usines, dès le XIXe siècle à Roubaix-Tourcoing. La population de Roubaix, très bien étudiée par Chantal Pétillon (8), compte ainsi une majorité numérique de Belges au milieu du XIXe siècle !

Vous semblez différencier les ouvriers de la mine et ceux du textile ; n’ont-ils pas de points communs ?
Le monde ouvrier du textile et le monde ouvrier de la mine sont deux mondes très différents. Comme je le disais tout à l’heure, ils sont spatialement séparés, et durant tout le XIXe siècle, ils ne se mélangent jamais, même à l’intérieur des familles. Par ailleurs, dans le secteur textile, le taux de syndicalisation est très bas, parce que la main-d’œuvre est en grande partie féminine, et le syndicalisme est marqué par un certain radicalisme, un jusqu’au-boutisme. Dans les houillères, le comportement des syndicats est au contraire marqué par une volonté réformiste relativement précoce, qui conduit les syndicats de mineurs à conclure avec le patronat des compagnies houillères une convention collective : la convention d’Arras, en 1891. Cela dit, cette distinction doit être relativisée : en 1906, au lendemain de la catastrophe de Courrières, le dialogue des syndicats avec le patronat tourne court.

Quels sont les moments emblématiques des luttes ouvrières de cette région ?
Dans les charbonnages, outre la catastrophe de Courrières, on peut citer deux épisodes importants. Le premier, c’est la grande grève de mai-juin 1941. Le patronat minier avait profité de l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain et de la tutelle allemande (9) pour réintroduire dans les puits des systèmes de chronométrage détestés des mineurs. Si l’on ajoute à cela que les cadences étaient très dures, on comprend qu’ait surgi chez les militants ouvriers une volonté de résistance contre l’occupant. Cette volonté est assez précoce puisque la grève sera déclenchée avant l’entrée en guerre de l’URSS, qui concentrera alors toutes les forces du parti communiste français clandestin. Le deuxième épisode, bien postérieur, est la grande grève de 1963, lorsque le gouvernement de Pompidou décide de réquisitionner des mineurs pour briser leur opposition à la politique de fermeture des mines. Les trois plus grandes fédérations syndicales s’opposent à la réquisition et le 4 mars 1963, la grève est totale dans tous les puits. Elle va durer plus d’un mois, et s’accompagnera de grandes manifestations (plus de 80 000 personnes à Lens, par exemple !). Cette grande grève est la dernière grande occasion d’unanimité du monde de la mine, mais aussi de l’ensemble de la population du Nord-Pas de Calais, qui fait bloc derrière les mineurs, considérant qu’ils sont encore au cœur de la population active régionale et que les charbonnages sont inséparables de la prospérité du Nord. De grandes grèves marquent également le démantèlement de la sidérurgie dans les années 1973-1978, lorsque Usinor décide de fermer ses usines « de l’intérieur » et de tout miser sur son usine du littoral, à Dunkerque. Cette fermeture est vécue comme un véritable effondrement de l’économie régionale par l’ensemble de la population. On assiste à de grandes manifestations de désespoir de la population ouvrière, à Valenciennes, à Denain, comme on a pu le voir en Lorraine, à Longwy ou à Thionville.

« La grève de 1963 est la dernière grande occasion d’unanimité du monde de la mine, mais aussi de l’ensemble de la population, qui fait bloc derrière les mineurs, considérant que les charbonnages sont inséparables de la prospérité du Nord. »

Si l’on revient au développement économique et industriel du Nord, quelles ont été les grandes étapes de cette histoire ?
Je dirais qu’il y a une première étape qui s’est déroulée de manière continue du début du XIXe siècle jusque, pratiquement, au milieu du XXe siècle (10). Bien sûr, les guerres ont provoqué des heurts dans cette continuité, notamment la Première Guerre mondiale, puisque la moitié de la région a été occupée par l’Allemagne et que beaucoup d’installations ont été ravagées. Mais paradoxalement, les conséquences de cette guerre ont été « bénéfiques » pour l’industrie puisqu’elle a permis une reconstruction tout à fait importante. Celle-ci a été l’occasion d’une grande modernisation, notamment dans les techniques d’extraction du charbon : à la Compagnie des mines de Lens, notamment, on s’est efforcé de forer des puits de plus grande dimension, mieux aménagés, avec un recours systématique à l’électricité. Cette guerre, ressentie par la population comme particulièrement dure, plus dure encore que la deuxième, a donc été en même temps l’occasion d’une modernisation – qui explique en partie « l’explosion » de l’architecture des années trente qu’on voit partout, aussi bien dans les villes que dans les bâtiments industriels.

La crise des années trente a-t-elle eu des effets aussi importants que la Première Guerre mondiale ?
Disons qu’elle a été assez forte. Au niveau des ouvriers, cela s’est traduit par le départ de beaucoup de Polonais, renvoyés chez eux du jour au lendemain, en 1935. Un drame. Au niveau économique, on a observé un affaiblissement profond de la structure financière régionale avec un certain nombre de faillites, comme la Banque Adam à Boulogne. C’est sans doute aussi pendant cette crise que les grands groupes textiles ont commencé à décliner, que leur rentabilité s’est révélée de moins en moins assurée. Les industriels ont alors réagi de manière extrêmement défensive, s’efforçant d’obtenir des pouvoirs publics le renforcement du protectionnisme et, pour les industriels du coton, la défense des débouchés coloniaux (11) – ce qui les a amenés à soutenir, dans un premier temps, le régime du Maréchal Pétain. Cette réaction de défense est intéressante car elle montre, en creux, qu’il n’y a jamais eu de vraie diversification dans le textile, notamment en direction des textiles artificiels (fibres de cellulose) à la fin du XIXe siècle ou des textiles synthétiques (fibres issues de la transformation du pétrole) au XXe siècle. Il y a plutôt eu abandon du textile pour autre chose, par exemple la grande distribution (c’est le cas de la famille Mulliez, fondatrice d’Auchan). Les historiens n’ont jamais compris pourquoi ce virage n’avait pas été pris alors que techniquement, toutes les conditions étaient réunies. Finalement, ce qui est étonnant dans l’histoire de cette région, c’est que la seconde révolution industrielle, au lieu de se produire comme partout ailleurs dans les années 1880-1900, ne s’est tout simplement pas faite ! Et les dirigeants d’entreprises ont pris conscience de la nécessité de la mettre en œuvre au moment où elle était en train de s’achever, c’est-à-dire dans les années soixante… Il y a donc un décalage chronologique qui a été fatal.

(…)
Pour la suite de cet article, se reporter à la version papier.
Dans sa version papier, l’entretien avec Jean-François Eck est ponctué de portraits d’industriels « emblématiques » de l’histoire du Nord, tels Eugène Motte, Philippe Vrau, Frédéric Kuhlmann
.

Propos recueillis par Claire Moyrand
Photos : © Véronique Védrenne

NOTES
(1) Voir à ce sujet les travaux de Marcel Gillet et notamment Les charbonnages du nord de la France au XIXe siècle, Éditions Mouton, 1973.
(2) Après la Révolution française, les Anglais instaurèrent un blocus maritime empêchant les liaisons entre la France et les Antilles. En 1806, Napoléon riposta en instaurant le « blocus continental », qui visait à empêcher l’entrée de toute marchandise anglaise sur le continent et, partant, à ruiner l’Angleterre… À vrai dire, le blocus fut un échec. Surtout, le sucre de canne se mit à manquer. Il fallut rapidement trouver un produit de substitution et l’on se tourna alors vers la betterave, qui peut donner du sucre lorsqu’on la « raffine ».
(3) « Capitalisme régional et financement de l’industrie dans la région lilloise entre 1850 et 1914 » (thèse de doctorat).
(4) Ce sera encore plus important après la « famine du coton », qui se produit pendant la guerre de Sécession aux États-Unis, entre 1861 et 1865. Les prix de la fibre de coton seront en effet poussés à un tel niveau que beaucoup d’entreprises cotonnières du nord de la France feront faillite. D’autres réussiront à se reconvertir dans la laine. C’est à partir de cette période que Roubaix se spécialisera pour de bon dans la laine.
(5) Voir l’ouvrage de Christian Borde, Calais et la mer (1814-1914), Presses universitaires du Septentrion, 1997. La Compagnie du Nord a été étudiée dès 1973 par François Caron, dans sa thèse intitulée « Histoire de l’exploitation d’un grand réseau : la Compagnie du chemin de fer du Nord », un travail très important dans l’histoire des entreprises.
(6) La Pologne est alors divisée entre l’empire russe, l’empire allemand et l’empire austro-hongrois.
(7) Jean-Marie Wiscart, Au temps des grands liniers : les Mahieu d’Armentières (1832-1938) – Une bourgeoisie textile du Nord, Artois Presses Université, 2010.
(8) La population de Roubaix – Industrialisation, démographie et société 1750-1880, Presses Universitaires du Septentrion, 2006.
(9) Le bassin minier du Nord-Pas de Calais était géré directement depuis Bruxelles par les autorités nazies.
(10) Jusqu’en 1954, le Nord était la première région industrielle de France, après la région parisienne ; il a ensuite été dépassé par la future région Rhône-Alpes. Voir à ce sujet l’ouvrage de Serge Dormard, L’Économie du Nord-Pas de Calais – Histoire et bilan d’un demi-siècle de transformations, Presses Universitaires du Septentrion, 2001.
(11) Ces industriels ont aussi soutenu l’action du secrétaire général de la Fédération de l’industrie cotonnière, Pierre De Calan, qui a lui-même joué un grand rôle dans le patronat français puisqu’il a dirigé Babcock-Wilcox (qui a fusionné plus tard avec Fives), avant de devenir vice-président du CNPF.

Une majorité de jeunes Français souhaite s’exiler | Le Figaro

Le Figaro | Publié le 

Par Charles Gautier

Selon une étude Viavoice pour W&Cie, 51% des 25-34 ans aimeraient vivre dans un autre pays.

C’est un vrai coup de semonce! Seulement 36% des jeunes Français auraient confiance dans l’avenir de leur pays, alors qu’ils sont 75 % à croire en celui de l’Allemagne et 67% en celui des États-Unis. Cette déprime générale transparaît dans deux autres chiffres inquiétants: 50% des 18-24 ans et 51% des 25-34 ans aimeraient, s’ils le pouvaient, partir vivre ailleurs!

Tels sont les enseignements du baromètre de la marque France ,une étude destinée à évaluer l’appréciation des Français sur leur propre pays. Réalisée selon la méthode des quotas (à partir d’interviews effectuées en ligne du 20 au 27 février auprès d’un échantillon représentatif de 1002 personnes par Viavoice), elle sert d’outil de référence à W & Cie, une filiale du groupe Havas spécialisée dans la communication.

Dépression collective

«Ces résultats illustrent des sentiments mêlés de ras-le-bol, de lassitude ou de curiosité, explique Denis Gancel, PDG de W&Cie. Toutefois, il ne s’agit pas d’une fuite de la jeunesse, mais d’envie de vivre de nouvelles expériences.» Si les jeunes Français sont prêts à boucler leurs valises, la majorité de leurs concitoyens (55 %) veut rester, même s’ils semblent atteints d’une crise de pessimisme aiguë.

«70% des personnes interrogées expliquent que les Français vivent une dépression collective et 66 % estiment que le pays est en déclin!», résume Denis Gancel. Du coup, la mondialisation est perçue comme une chance par seulement 38% des Français, qui, à 87 %, jugent aussi l’économie nationale de moins en moins performante.

Pour sortir de ce pessimisme et bannir un climat d’autodérision qui serait un mal français, W&Cie prône la mise en valeur de la marque France, susceptible de mettre en valeur les atouts du pays à l’étranger, comme le fait la Corée du Sud. Ce qui pourrait redonner confiance à des Français parfois en mal de repères nationaux.

Ce label (différent du «made in France») serait, en fait, souhaité par 82% de nos compatriotes. Détail: au hit-parade des marques nationales qui portent positivement les couleurs de la France, ils citent dans l’ordre RenaultEADS et PSA. C’est un des enseignements de l’enquête: l’industrie reste une valeur sûre pour les Français.

Michèle Delaunay: 5,4 M€ de patrimoine | Le Figaro

Le Figaro / AFP | 15/04/2013 à 10:19

La ministre aux Personnes âgées Michèle Delaunay a déclaré pour son couple un patrimoine de 5,4 millions d’euros, portant en grande partie sur des biens hérités, un patrimoine « très important » qu’elle assume, ne s’étant « jamais vécue comme riche », mais dont l’exposition l’inquiète pour l’éventuelle incompréhension. Dans le patrimoine, révélé aujourd’hui par le quotidien Sud Ouest avant sa publication comme tous les ministres, Mme Delaunay, cancérologue et ancien chef de clinique, déclare pour son couple marié en communauté de biens 5,4 millions dont 3,1 millions d’immobilier, avec deux maisons à Bordeaux, une à Arcachon (Gironde), une à Hossegor (Landes).

Selon le détail, validé aujourd’hui par l’entourage de la ministre, il comporte aussi des éléments financiers issus de la vente d’une partie de ce patrimoine, soit 1,3 million. Un autre million correspond aux gains des deux carrières -Mme Delaunay était cancérologue et chef de clinique, son époux haut fonctionnaire. Il comporte notamment 200.000 euros de meubles et tableaux anciens, 15.000 de bijoux Selon Sud Ouest, ce patrimoine pourrait placer Mme Delaunay, qui paie l’ISF, parmi les cinq plus gros patrimoines du gouvernement. « C’est un patrimoine très important. Et difficilement compréhensible de la majorité des Français qui sont dans la difficulté », reconnait-elle dans Sud Ouest. « Sachant le contexte politique très tendu, c’est pour moi une épreuve au premier sens du terme. L’opposition ne va pas manquer de s’engouffrer dans l’image de la socialiste riche ».

Son patrimoine, explique-t-elle, est « le fruit de deux carrières professionnelles longues, de bon niveau, et des héritages issus de nos quatre parents. Il s’agit donc du bilan de deux vies. Sans enfant, qui plus est. Sans possibilité de donation, donc ». Mme Delaunay se dit émue de « devoir transformer toute une vie en éléments financiers. Alors qu’elle est tout sauf ça ».

Elle reconnait que la publication « est une marche probablement nécessaire vers une véritable bataille contre l’évasion fiscale et la fraude. Si nous ne l’avions pas franchie, dans le contexte Cahuzac, cela aurait pu paraître comme une volonté de protéger certains ». Mme Delaunay relève enfin qu’une des maisons dont elle a hérité de ses parents à Bordeaux en 1968 a vu sa valeur multipliée par 40 : « si cette déclaration peut favoriser une réflexion sur la folie immobilière, ce ne sera pas le moindre de ses effets ».

Dynasties industrielles françaises et américaines

• Fondateurs de dynasties industrielles françaises
de Wendel – sidérurgie (Lorraine)
Schneider – sidérurgie (Le Creusot)
Peugeot – automobile (Montbéliard)
Japy – horlogerie et mécanique de précision (Franche-Comté)
Michelin – pneumatique (Clermont-Ferrand)
Prouvost, Seydoux, Pollet (La Redoute), Leroy, Motte, Lepoutre, Tiberghien, Masurel – textile (nord de la France)
Gillet, Poulenc – chimie (Lyon)
Berliet – automobile (Lyon)

• Fondateurs de dynasties industrielles américaines
John Jacob Astor – immobilier, fourrure (New York)
Andrew Carnegie – sidérurgie (Pittsburgh, New York)
Jay Cooke – banque, finance (Philadelphie)
Charles Crocker – chemin de fer (Californie)
Daniel Drew – banque, finance (New York)
Thomas Edison – électronique (General Electric)
James Fisk – finance (New York)
Henry Ford – automobile
Henry Clay Frick – sidérurgie (Pittsburgh, New York)
Jay Gould – chemin de fer (New York)
Charles T. Hinde – chemin de fer, eau, transport maritime, hôtels (Illinois, Missouri, Kentucky, Californie)
Mark Hopkins – chemin de fer (Californie)
John Pierpont Morgan – banque, finance (New York)
John Cleveland Osgood – exploitation minière, charbon (Colorado)
Henry B. Plant – chemin de fer (Floride)
Charles M. Schwab – sidérurgie (Pittsburgh, New York)
Joseph Seligman – banque, finance (New York)
Leland Stanford – chemin de fer (Californie)
Theodore Vail – téléphone (ATT)
Cornelius Vanderbilt – eau, transport, chemin de fer (New York)
George Westinghouse – transport et grosses machines

• Dynasties pétrolières américaines
Henry Flagler (New York, Floride)
John Warne Gates (Texas)
Andrew W. Mellon (Pittsburgh)
Charles Pratt (Massachusetts)
John D. Rockefeller (Cleveland, New York)
Henry H. Rogers
James Miller Williams (Ontario)

Ces généreux milliardaires, une vieille histoire américaine | Marianne

Marianne | Vendredi 7 Janvier 2011 à 15:01

ERIC DIOR – MARIANNE

L’extrême richesse, toujours plus indécente en période de récession, ne date pas d’hier. Alors qu’ils pourraient faire vivre dans l’opulence des générations d’héritiers, certains nababs choisissent de reverser une énorme partie de leur pactole. De Rockefeller à Bill Gates, en passant par Carnegie, Eric Dior dresse un tableau de l’accumulation de richesse à travers l’histoire américaine.

Ces généreux milliardaires, une vieille histoire américaine (1/3)
La pire malédiction de la richesse, c’est, dit-on, de devoir vivre, avec des gens riches. Reste, alors, à s’improviser ami du genre humain après avoir acculé à la ruine les opiniâtres qui osaient vous concurrencer. A se réinventer saint Bernard quand on a affûté, des années durant, ses crocs de loup-cervier. Voyez Warren Buffett et Bill Gates, les deux cas les plus récents de reconversion dans la bienfaisance. Deuxième fortune mondiale, le premier a octroyé 85% de ses 44 milliards de patrimoine à la fondation créé par son « pote ». Lassés d’accumuler, le « sorcier de Wall street » et l’ex-patron de Microsoft se proposent de recycler dans le « caritatif », la bagatelle de 60 milliards de dollars, soit deux fois le budget de l’Organisation Mondiale de la Santé et plus du double de l’aide humanitaire américaine à l’étranger. Ennemis declarés de l’héritage, les deux lascars affichent, pour comble, des mines épanouies depuis qu’ils se sont délestés de leurs maudits pactoles. Comme il est doux de se sentir bons et d’avoir l’opulence altruiste. Aussi suave que de faire enrager sa descendance – ces « spermatozoïdes chanceux » ironise Buffett – qui devra se contenter des grosses miettes laissées par leurs géniteurs. Un dépit déjà éprouvé par les rejetons des « barons voleurs », bâtisseurs, au 19e siècle, du capitalisme américain. Eux aussi s’ingénièrent sur leurs vieux jours à refouler leurs instincts carnassiers en distribuant à tout va. Saturés d’honneurs, d’avanies et de dollars, ils consacrèrent le dernier tiers de leur existence à effacer les traces de leur jeunesse impitoyable.

(John D. Rockefeller - Flickr - Ethan Bloch - cc)

(John D. Rockefeller – Flickr – Ethan Bloch – cc)
Enroulé dans un plaid, John D. Rockefeller, le César du pétrole, montre, sur un cliché d’époque, sa tête de vieil oiseau déplumé. Avec son bon sourire, Andrew Carnegie, roi de l’acier et du rail, a l’allure pateline d’un notaire de province qui vient de marier sa fille aînée. Jay Gould, le « Mephisto de Wall Street » a l’air apaisé d’un homme qui n’a pas encore à redouter l’impôt sur le revenu et plus à pousser au suicide ses rivaux défaits (« Il ne comprend rien au présent, rien au passé, rien à l’avenir mais il comprend tout dès qu’il s’agit d’argent », disait de lui l’une de ses victimes).

(Henry C. Frick - Flickr - jaycross - cc)

(Henry C. Frick – Flickr – jaycross – cc)

Ou encore Henry Frick, le bien nommé, comparse de Carnegie qui l’aida à bâtir son empire sidérurgique par la manipulation boursière, la corruption des élus et le recrutement massif de crève-la-faim, irlandais, chinois et polonais, jetés par la misère sur les rivages américains. « J’ai les moyens, clamait-il, d’acheter la moitié de la classe ouvrière américaine et de lui ordonner de massacrer l’autre moitié » ! Le tableau serait incomplet si l’on omettait d’y ajouter John Pierpont Morgan, le « maréchal de l’industrie ». Sorte de banque centrale à lui tout seul, il irriguait de ses dollars trusts et monopoles car le plus gros avantage de la richesse est de pouvoir accumuler les dettes impunément. Un déroutant bonhomme qui usait de son droit de grâce sur les firmes déficitaires entre deux rendez-vous galants. Ses ennemis attribuaient à sa trogne cramoisie, due à une rarissime maladie de peau, le complexe à l’origine de sa soif de pouvoir. Son nez vermillonné comme une fraise trop mûre lui donne, de fait, un air trompeur de vieux clown aviné.

Reste que comparé au pactole qu’ils amassèrent, tous, en un temps record, même Rupert Murdoch ferait figure de gagne-petit. A trente ans, Rockefeller « pèse » déjà 200 millions de dollars, soit environ 2% du PIB de son pays, et contrôle 90% de l’industrie pétrolière de l’Union (le revenu annuel d’une famille américaine moyenne, est, alors de 500 dollars). En dollars constants, Bill Gates, actuelle première fortune mondiale, aurait occupé péniblement la 31e place dans ce palmarès de la magnificence ou le gros lot allait au plus implacable. « C’est une loi constante de l’histoire humaine que la fortune échoit à un petit nombre d’individus. La majorité des hommes sont, en effet, incapables de s’imposer le sacrifice qui permet d’accumuler des biens. La richesse de la nation est vouée à demeurer entre les mains de quelques élus tandis que la masse subvient à ses besoins par son labeur quotidien », tranche, en 1893, David J. Brewer, juge à la Cour suprême et bon samaritain des bien nantis.

« La richesse concentrée par quelques uns sert bien plus la cause du progrès que lorsqu’elle est émiettée en salaires destinés à faire vivre la multitude », renchérit Carnegie, adepte de la sélection des plus forts qui pensent grand et voient loin ! Buffett et Gates auraient trouvé, à coup sûr, leur niche dans cette Amérique de l’après Guerre de Sécession, où l’on cartellisait à tout va, en brandissant l’arme du lock-out, ancêtre de nos délocalisations. Sans parler de l’empressement toujours actuel à solliciter l’aide financière d’un gouvernement, éperdu de complaisance, sitôt que la conjoncture bat de l’aile. Au sommet de son règne, Morgan siège dans quarante-huit conseils d’administration et Rockefeller préside trente-sept instances de direction. Une toute puissance a priori obscène mais que le néo-libéralisme s’acharne, depuis 30 ans, à réhabiliter : « Les entreprises américaines d’il y a vingt cinq ans ont peu à voir avec les structures impitoyables qui nous entourent, écrit, aujourd’hui, l’économiste Paul Krugman.A l’aune des pratiques contemporaines, elles feraient presque figure de républiques socialistes. Les directeurs généraux y touchaient des salaires négligeables, comparés aux fabuleux packages des rémunérations actuelles. Ils ne donnaient pas non plus la priorité absolue à la performance boursière. Ils estimaient être au service d’un éventail d’acteurs, dont leurs salariés ».

On peut, au choix, considérer les « barons pillards » du XIXe siècle comme des pionniers qui accouchèrent au forceps du capitalisme moderne ou des flibustiers, déjà acharnés à liquider, avec la complicité de l’Etat, ce qui subsistait de concurrence. Seule certitude, la mondialisation avec sa quête du moindre coût et sa soif jamais assouvie de dividendes aurait comblé leur fringale. Après le naufrage de la social-démocratie redistributive, étudier leur ascension c’est comprendre pourquoi le capitalisme, sitôt qu’il est affranchi des « contraintes » étatiques, finit toujours par renouer avec la férocité de ses origines. La comparaison ne s’arrête pas là. Tout comme leurs émules d’Enron et de Worldcom, ces « visionnaires » des temps héroïques, excellaient déjà dans l’escamotage des passifs, les transactions fictives, et les jeux de miroir de la manipulation comptable. Le tout assorti de l’habituelle légende sur leur jeunesse sans le sou. Le pasteur Russell Cornwell, leur plus ardent propagandiste, sera ainsi chargé de répandre, au cours de centaines de conférences, le conte des nababs, partis de rien : « 98% d’entre eux, clamait-il, se sont hissés au sommet à la force du poignet. Je compatis néanmoins avec ceux qui sont restés pauvres même s’ils doivent, d’abord, à leur propre incompétence de n’avoir pas échappé à leur condition ». Une fiction recyclée à satiété pour préserver, jusqu’à aujourd’hui, le moral de la nation. « Ce qui continue à distinguer les Etats-Unis des autres démocraties c’est une répartition des revenus plus statique qu’en Europe et moins de chances d’ascension sociale » corrige l’économiste Alan Krueger.

(John P. Morgan - Flickr - cliff1066 - cc)

(John P. Morgan – Flickr – cliff1066 – cc)

Maître du crédit, Pierpont Morgan est ainsi, lui-même, le fils d’un banquier et il a hérité de son géniteur l’horreur de la concurrence « qui, dit-il, crée la banqueroute et lamine les profits » ! Pendant la Guerre de Sécession, cet adolescent prometteur achète à un arsenal, 3,5 dollars pièce, des fusils qu’il revend à un général nordiste 22 dollars chaque ! Contrairement à la légende, Gould et Rockefeller sont, eux-aussi, issus de la bourgeoisie. En âge de combattre, tous échappent au hachoir de la guerre parce que leurs familles leur achètent, pour 300 dollars, un remplaçant dans la dèche, fraichement débarqué sur le territoire américain. « Un homme peut être patriote mais beaucoup d’autres vies ont bien moins de valeur que la tienne » résume, en ouvrant sa bourse, le père de Morgan. La suite de leurs carrières est un cocktail d’astuce, de fourberie et, surtout de promptitude à exploiter dare-dare, à l’instar de Bill Gates, les innovations techniques. Futur propriétaire de l’American Tobacco Company, James Duke terrasse ainsi la concurrence grâce à sa machine à débiter quotidiennement 100.000 cigarettes. L’ancien boucher, Gustavus Swift va régaler l’Amérique de steaks à prix cassés en utilisant les wagons frigorifiques.

(Statue de James Duke - Wikimedia Commons - cc)

(Statue de James Duke – Wikimedia Commons – cc)

Car, en cette fin de XIXe siècle, le rail, l’électricité, le pétrole et le téléphone révolutionnent l’Occident. « Tout dans le monde moderne repose désormais sur le machinisme. Les Etats-Unis domineront la planète parce qu’ils ont le goût de la mécanique et qu’ils peuvent produire le fer et la houille à bon marché » pronostique le journaliste français Paul See dans son pamphlet, Le Péril Américain. Un jour comptable, l’autre télégraphiste, les futurs satrapes, en dépit de leurs origines bourgeoises, débutent tôt dans la vie active. Il est vrai qu’ils méprisent les idées générales, dépourvues d’applications rentables. Jeune courtier à Wall Street, John D. Rockefeller a d’entrée de jeu l’intuition qui assurera, dans le secteur pétrolier, sa suprématie. Plutôt que de s’épuiser en forages coûteux et aléatoires, mieux vaut utiliser comme base opérationnelle, une seule raffinerie pour casser les coûts et laminer la concurrence. Cent après cent, il acculera ainsi ses rivaux à la faillite en concluant des accords avec les compagnies ferroviaires, chargées du transport de l’or noir. Son rival le plus tenace sera mis hors jeu par une série de sabotages….. Il découvrira trop tard que son chef mécanicien s’était laissé acheter par le machiavélique créateur de la Standard Oil.

(Andrew Carnegie - Flickr - cliff1066 - cc)

(Andrew Carnegie – Flickr – cliff1066 – cc)

Carnegie, lui, a tout juste vingt ans lorsqu’il fait la découverte de sa vie. Il investit ses premiers 500 dollars, péniblement gagnés comme employé au télégraphe, dans le capital de la Pennsylvania Railroad, une compagnie ferroviaire en pleine expansion. « Aussi longtemps que je vivrai, avouera-t-il plus tard, je me souviendrai de mes premiers dix dollars de dividendes. Je contemplais longuement le chèque que, pour la première fois, je n’avais pas gagné à la sueur de mon front ». Son slogan ? « L’intelligence, plus l’énergie, plus l’enthousiasme, plus le don d’anticipation engendrent les bénéfices ». Ajoutons-y sa promptitude à réaliser ses actifs dans un secteur en voie de saturation pour les réinvestir aussitôt dans un créneau plus riche en opportunités. Ainsi, après avoir extrait ses premiers 100.000 dollars de la construction de ponts métalliques, l’Ecossais va se consacrer corps et âme au coulage de l’acier. Un tyran déroutant qui mêle à ses calculs des bouffées d’illuminisme biblique. Pacifiste proclamé, il juge néanmoins que « des grévistes qui se liguent pour menacer le droit de propriété doivent être abattus comme des chiens enragés » ! Multirécidiviste de la manipulation boursière, il estime pourtant que « de toutes les idolâtries, celle de l’argent est la plus redoutable ». Est-ce le même homme qui dénonce, lors d’un voyage en Grande-Bretagne, « les conditions scandaleuses d’existence du prolétariat anglais » et qui prétend, chez lui, indexer la pitance de ses manœuvres sur les fluctuation des cours de l’acier. Raflant mines, fonderies et hauts fourneaux, il vise, comme Rockefeller pour le pétrole, à exercer son hégémonie sur la totalité du processus. De l’extraction minière à la fabrication de rails ou de plaques de blindage pour les cuirassés de l’US Navy.

Payés aux pièces, ses ouvriers de l’aciérie de Homestead débrayent lorsqu’il prétend réduire leurs bonifications à mesure que grimpe leur productivité. Payés 12 dollars par semaine, ils travaillent 12 heures par jour, sept jours sur sept et bénéficient de deux jours de vacances par an (pour Noël et la fête nationale!). Les accidents du travail dans l’industrie américaine font alors 20.000 morts par an ! « Vous m’appellerez Maître Carnegie car je suis tellement riche que vous m’appartenez corps et âme », dit une complainte de l’époque. Dans cette foire d’empoigne pas encore mondialisée, Carnegie ampute ainsi, sans préavis, leurs salaires hebdomadaires de deux dollars. Son coup de force aboutit à un bain de sang. Expulsés de l’aciérie par les gros bras de l’agence Pinkerton, les grévistes s’emparent de la ville voisine d’Allegheny. L’épisode divise l’Amérique. Selon qu’elle encaisse ses rentes ou vit de son travail, elle promeut l’Ecossais « défenseur de l’ordre » ou « vampire, suceur de sang ». L’affaire se solde par une vingtaine de morts, l’intervention de l’armée et la découverte par ce monarque absolu qu’il serait temps de soigner un peu plus sa popularité.

 

Moins soucieux de plaire, Jay Gould est, lui, l’exemple achevé de spéculateur, sujet aux fulgurances. Un as de l’intox, du coup boursier et du pot de vin. Son duel avec Cornelius Vanderbilt pour s’assurer le contrôle de la compagnie ferroviaire Erie Railroad, établit sa réputation. Illusionniste hors pair, Gould émet plusieurs dizaines de milliers de fausses actions à son nom grâce à la complicité des élus de l’Etat de New-York qui se partagent une enveloppe d’un million de dollars. Trop lent à réagir, Vanderbilt crie grâce. « Gould est capable de faire surgir des capitaux à partir de rien et de s’assurer le contrôle d’une firme en trompant son monde sur sa puissance réelle grâce à ses talents de prestidigitateur », écrit son biographe, Edward J.Renehan. Maître de l’Erie, il étend alors son réseau vers l’ouest. Passée dans la légende, cette « bataille du rail » entre l’Union Pacific et la Central Pacific pour joindre les deux rives de la jeune république, assurera, outre celle de Gould, la fortune de nombreux élus. Les deux compagnies emprunteront les tracés les plus tortueux afin d’arracher le maximum de subventions aux villes qu’elles traversent. Elles annexeront au passage 3 millions d’hectares. « Les terres vierges ont disparu. Le moindre demi-hectare de sol cultivable appartient aux compagnies ou aux intérêts privés », se désole Hamlin Garland, un ouvrier de Boston, parti vers l’ouest pour faire fortune.

Une banque écran sera même créée pour ventiler vers diverses poches les 94 millions d’aide gouvernementale soit environ le double du coût réel de la construction de la transcontinentale. Afin d’éviter une éventuelle enquête, on arrosera une nouvelle fois les élus du Congrès et jusqu’au vice-président Schuyler Colfax. 24.000 Chinois et Irlandais s’échineront, pendant quatre ans, à frayer un passage au cheval de fer pour un salaire quotidien de deux dollars. Au total, l’épopée ferroviaire se soldera par le plus gigantesque détournement de fonds de l’histoire américaine et une enquête vite enterrée par les autorités fédérales. En 1900, 1% des Américains détiennent ainsi 45% de la richesse nationale et 19 des 22 plus grosses fortunes de l’Union sont nées du rail. « Aujourd’hui, la combinaison de l’électronique, de l’informatique, du divertissement et de la télécommunication engendre un phénomène comparable. Les monopoles prospèrent et les fortunes se concentrent dans des proportions jamais vues depuis le temps de Vanderbilt », résume l’économiste Bradford Delong.

On voudrait croire que leurs intarissables dividendes furent tout de suite réinvestis au bénéfice de la collectivité suivant la « théorie de la cascade », chère aux idéologues néo-libéraux. En fait, les barons alimentent dès qu’ils le peuvent la chronique mondaine en s’efforçant d’imiter l’aristocratie européenne. En 1883, Ava Vanderbilt, l’épouse du vaincu de la guerre du rail, organise à New-York, pour se remonter le moral, un bal costumé. Elle y apparaît déguisée en ampoule électrique et Vanderbilt, lui-même, en Duc de Guise. « Parmi les invités, écrit un chroniqueur, on dénombre pas moins d’une dizaine de Louis XVI et huit Marie-Antoinette, en plus d’un assortiment de Walkyries et de chefs indiens. Seul le président Grant, l’invité d’honneur, n’a pas jugé bon de se travestir ». Le bon peuple, lui, contemple avec un mélange d’envie et de répulsion ces potentats, pas encore philanthropes, qui achètent sur catalogue castels en Europe et marient leurs filles avec des ducs anglais. Surtout, il s’interroge sur cette nouvelle noblesse, née de l’industrialisation à marche forcée, qui a concentré, en à peine 20 ans, l’essentiel de la richesse de l’Union. De 1897 à 1903, le nombre des holdings passe brutalement de douze à trois cents cinq. Les trusts de Rockefeller et Morgan contrôlent, à eux seuls, pas moins de 112 compagnies. Les deux tiers des 3,5 millions de kilomètres de réseau ferroviaire, sont dirigés par sept groupes que Morgan s’empresse de fédérer. Avec ses 170.000 tâcherons, ses 78 hauts-fourneaux, ses 150 aciéries et sa flotte de 112 navires, l’US Steel Corporation, ex-Carnegie Steel and Co, produit les trois cinquièmes de l’acier américain. En fait, par le jeu des échanges d’actions et de l’interpénétration des conseils d’administration, la Morgan Trust s’empare des cinq principales banques nationales, en plus de la General Electric et de l’American Telephone and Telegraph.

La voracité d’une poignée de carnassiers mine ainsi l’évangile de la richesse pour tous, arc-boutant du rêve américain. Exclue du banquet, la classe moyenne, principale dépositaire de l’idéal méritocratique, grogne devant cet étalage de dividendes. Surnommé le « dompteur des trusts », son grand homme, le républicain progressiste, Théodore Roosevelt va faire adopter une série de lois réprimant les ententes illicites et imposant au Congrès la création d’un « Bureau des corporations », chargé d’enrayer le pouvoir des cartels. Morgan, lui-même, fait pression sur le patronat pour qu’il accepte le principe d’un impôt sur le revenu et d’un arbitrage de l’Etat en cas de conflit social. Carnegie paraît pareillement soucieux de laisser à la postérité un bon souvenir depuis qu’il a vendu, pour 480 millions de dollars, ses aciéries à Morgan. La transaction s’est faite lors d’un dîner. Le Mephisto de l’acier a inscrit sur un bout de papier le montant qui fait de lui l’homme le plus riche du monde. Le lendemain, l’humoriste Mark Twain sollicite son bon cœur : « Ca a plutôt l’air, lui écrit-il, de marcher pour vous. Pourriez-vous, en conséquence, m’octroyer un prêt de un dollar pour m’aider à acheter un recueil de cantiques ? Dieu vous le rendra au centuple ». « Les jours de la ploutocratie sont comptés. Je vais maintenant m’appliquer exclusivement à faire le bien autour de moi », lui répond son correspondant qui tiendra parole. Fondations pour la paix, le développement des sciences ou l’attribution de pensions « aux veuves des héros qui ont sauvé des vies humaines». Ses largesses prolifèrent et l’ex-despote va distribuer par brassées un bon tiers de son pactole. En plus de centaines de dons à des anonymes sans le sou ( y compris, une pauvresse, égarée dans son palais, qui a la bonne fortune de ressembler à sa mère! ), il subventionne la construction du Carnegie Hall de New York et de l’université Carnegie de Pittsburgh. Sa grande passion est, désormais, la promotion de la paix entre les nations. Il espère l’activer en subventionnant la promotion d’un esperanto « simplifié », inspiré de l’anglais, qui terrasserait, promet-il, la démagogie belliciste. Il crée au total une quinzaine de fondations et ne possède plus à sa mort un seul dollar en propre. Un jaloux prétend même qu’il aurait volontiers donné des millions à la Grèce « si celle-ci avait rebaptisé le Parthénon Carnegopolis ». Après sa mort, en 1919, La lecture de son testament traduit, en tous cas, son désir de se réconcilier dans l’au-delà avec les « partageux » qu’il avait poursuivi, jadis, de sa hargne, « car, conclut-il, celui qui meurt riche, disparaît dans la disgrâce ». Le syndicaliste Thomas Burt et le socialiste anglais, John Elliott Burns, y sont même gratifiés d’une rente annuelle de 5000 dollars!

(Warren Buffet - Flickr - m_bahareth - cc)

Carnegie donne le ton. Enfin repus, les racketteurs de la chevauchée industrielle vont rivaliser de générosité. Comme s’ils voulaient démontrer que l’on peut singer le bon dieu après avoir longtemps flirté avec le diable. Claquemuré dans son palais new-yorkais, Pierpont-Morgan finance la construction du Musée américain d’histoire naturelle du Metropolitan Museum of Art. Entre autres bienfaits, Rockefeller rachète systématiquement pour les musées du nouveau monde les œuvres de peintres européens. Un siècle plus tard, le « charity business» continue d’autant mieux à prospérer que la richesse est plus que jamais concentrée entre quelques mains. En cumulant leurs avoirs, les sept milliardaires les plus riches de la planète pourraient, aujourd’hui, fournir le minimum vital au quart le plus démuni de l’humanité. Evaluée à 218 milliards de dollars, leurs fortunes combinées équivaut au total des PNB des 48 nations les moins développées. La tendance à un nivellement des conditions, trait dominant de l’après-guerre, n’a pas résisté aux assauts conjugués de la mondialisation, de la révolution technologique et de l’extinction, pour cause de banqueroute, du défi du bloc soviétique. En dépit de la montée en puissance de l’Asie, la toute puissance de Wall Street continue à garantir la surreprésentation des Etats-Unis dans le club des bien fortunés. « La tendance est à la polarisation des résultats économiques », euphémise James Spath, auteur d’un rapport de l’ONU sur l’aggravation des disparités. Ainsi la fourchette des revenus dans l’Angleterre blairiste est aussi large qu’en 1886 ! De plus les pronostics sur l’extinction inéluctable des vieilles dynasties au bénéfice d’une technostructure de managers se sont révélés pour le moins prématurés. Six petits enfants de William Randolph Hearst, le Pape de la presse, pèsent encore 5,7 milliards de dollars. Avec 50% du marché du chewing-gum aux Etats-Unis, William Wrigley, troisième du nom, accuse 3,1 milliards de dollars….

(Bill Gates - Wikimedia Commons - cc)
Avec son air lunaire et son humilité feinte, Bill Gates n’a, en apparence, plus grand chose de commun avec les condottieri de l’épopée industrielle. Outre leur passion partagée du monopole, il peut néanmoins, comme eux, jouir du privilège rare de se retrancher du monde tout en envahissant la vie de ses contemporains. D’ailleurs, « la lutte des des classes a repris aux Etats-Unis et ce sont les gens dans mon genre qui sont en train de la gagner », avertissait Buffet, le magnifique, du temps où son magot lui pesait encore sur la conscience.

Le genre de provoc’ que Carnegie, même au sommet de sa magnificence, n’aurait pas osé proférer….

Le nouveau monde des classes moyennes | Le Monde

Le Monde | 27 mars 2013

En stagnation ou en déclin en Occident, les classes moyennes émergent dans les pays en développement. Des consommateurs tout neufs qui font rêver les entreprises

Globalement, le monde s’enrichit, et ce phénomène s’exprime dans un surgissement des classes moyennes dans les pays en développement. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le nombre des personnes disposant d’un revenu de 10 à 100 dollars par jour dans la zone Asie-Pacifique passera de 525 millions en 2009, à 1 740 en 2020 et à 3 228 en 2030. Dans le même laps de temps, les classes moyennes européennes sont promises à la stagnation avec 664, 703 et 680 millions respectivement et les américaines, au déclin, avec 338, 333 et 322 millions.

Qu’est-ce que les classes moyennes ? Les définitions sont innombrables. On a vu que le PNUD se fonde sur un revenu quotidien de 10 à 100 dollars. La Banque mondiale a tendance à considérer comme appartenant aux classes moyennes les  » non-pauvres « , c’est-à-dire les personnes disposant de 2 dollars par jour. Mais aux Etats-Unis, la pauvreté va jusqu’à 12 dollars… Même en ajustant ces chiffres de la parité en pouvoir d’achat, la définition par le revenu pèche par son imprécision et par les aléas des statistiques officielles.

Il faut donc apprécier aussi les classes moyennes à partir de leurs comportements. Disposant de revenus qui leur permettent de ne plus se contenter du strict minimum, elles éduquent leurs enfants. Ainsi, toujours selon le PNUD, on dénombrait 12 % de plus de 15 ans sans aucune formation dans le monde en 2010 ; il n’y en aura plus que 3 % en 2050, et le pourcentage des diplômés du secondaire et du supérieur bondira de 44 % à 64 %.

Formées et urbaines, ces populations voient les femmes se marier plus tard, s’émanciper et travailler, ce qui a pour conséquence d’enclencher une transition démographique et une chute du taux de fertilité. Philippe Fargues, directeur du Centre des politiques migratoires de l’Institut universitaire européen de Florence, estime que, dans la région Maghreb-Moyen-Orient, ce taux est tombé  » de 7 enfants par femme en 1960 à 2,9 en 2008 « .

Avec des revenus croissants à partager entre moins de têtes, la famille appartenant aux classes moyennes modifie sa consommation. Hassen Zargouni, directeur du cabinet tunisien Sigma Conseil, fixe à 400 dollars par mois, soit 13 dollars par jour, le revenu qui signe la classe moyenne en Afrique du Nord, car  » c’est à partir de ce chiffre qu’on ose franchir le seuil des grandes surfaces « , dit-il.

Et quand on entre dans un supermarché à Shanghaï, au Caire ou à Quito, on se met à acheter des produits jugés trop onéreux jusque-là (vin, chocolat, lait). On consomme plus de viande, plus d’électroménager et plus de services, tels les transports, ce qui – soit dit en passant – contribue à des émissions massives de gaz à effet de serre.

Ces perspectives font rêver entreprises et bureaux d’études. Par exemple, le cabinet McKinsey a calculé que les pays émergents représenteraient d’ici à 2025 une consommation annuelle de 30 000 milliards de dollars (23 300 milliards d’euros). C’est peut-être le secteur automobile qui a analysé le mieux ce que pourrait lui apporter ces classes moyennes bourgeonnantes, parce que l’achat d’un véhicule individuel suppose un certain niveau de richesse. C’est pour elles que l’indien Tata a inventé sa voiture  » la moins chère du monde « , à moins de 2 000 dollars (1 500 euros), la Nano.

Renault estime que le seuil de revenu par mois et par ménage qui déclenche l’achat d’un véhicule est de 500 dollars en Inde, de 1 000 dollars au Brésil et de 1 300 dollars en Russie. 18 % des ménages indiens, 30 % des brésiliens et 50 % des russes sont dans ce cas.

Les conséquences de ce bouleversement ne sont pas seulement matérielles. Le psychologue américain Abraham Harold Maslow (1908-1970) avait décrit qu’une fois les besoins de survie (faim, soif) satisfaits, les individus élèvent leurs exigences (logement, sécurité), avant de se tourner vers les besoins sociaux, les besoins psychologiques et, pour finir, les besoins d’auto-accomplissement.

On peut appliquer cette grille d’analyse aux classes moyennes parvenues au point de réclamer  » des réformes politiques et institutionnelles leur permettant une plus grande participation, tant politique qu’économique « , estime Yves Zlotowski, directeur de la recherche économique de l’assureur Coface. Selon lui, les  » printemps arabes  » contre les prédations des pouvoirs, les manifestations anti-Poutine, les spectaculaires protestations en Inde contre le viol, les mobilisations sur les réseaux sociaux chinois contre la pollution ou la corruption sont l’expression des insatisfactions de ces nouvelles classes.

D’où, estime Yves Zlotowski, une montée des risques politiques dans les pays  » où elles ont les moyens de se faire entendre et lorsque l’absence de démocratie empêche les pouvoirs de gérer leurs nouvelles exigences ou fait privilégier les classes déjà établies comme en Tunisie « . Selon ses calculs, le pays le plus exposé à des secousses politico-sociales dues à la frustration de ses classes moyennes est l’Iran.

Alain Faujas

Le fisc face au  » mur de l’argent  » | Le Monde

Le Monde | 6 avril 2013

Les grandes affaires d’évasion ou de fraude fiscale sont toujours le fruit de dénonciations. Elles éclatent à l’initiative d’anciens salariés d’institutions financières en conflit avec leur employeur, ou désirant monnayer leurs informations, ou encore à l’occasion de conflits familiaux, comme ce fut le cas pour l’affaire Liliane Bettencourt.

En 2011, la guerre ouverte avec sa fille a contraint l’héritière de L’Oréal à révéler au fisc l’existence de 100 millions d’euros dissimulés sur douze comptes bancaires non déclarés, en Suisse et à Singapour, et celle de propriétés luxueuses. Face à l’opacité des paradis fiscaux, et à la difficulté de tracer les flux financiers dans un monde globalisé où l’argent circule librement, vite et loin, l’administration fiscale paraît démunie. Notamment pour suivre la piste des montages offshore. Les chiffres sont éloquents : l’évasion fiscale est estimée à 50 milliards d’euros par an en France ; les redressements effectués par l’administration plafonnent à 15 milliards d’euros.

Alors qu’il n’existe aucune obligation, pour un particulier ou une entreprise, de déclarer la création d’une société offshore – seuls doivent l’être les comptes en banque ouverts à l’étranger -, il est rare que les inspecteurs du fisc découvrent l’existence d’un trust (une société fiduciaire) ou d’une international business company (IBC), ce statut ultraprotégé offert par les îles Vierges britanniques aux investisseurs étrangers.

Quand, par extraordinaire, ils en repèrent la trace, et qu’ils parviennent à obtenir confirmation de leur existence, ils peinent à caractériser la fraude.

En effet, de par leur statut, ces IBC ne sont tenues à aucune obligation comptable, si ce n’est, depuis peu, à une comptabilité encore très opaque des flux entrants et sortants. Tout est fait pour que rien ne se voie sur les comptes de ces sociétés spécialement conçues à des fins de dissimulation.

 » Qu’il s’agisse du produit de la vente d’actifs, de plus-values sur titres ou de commissions à l’export, on ne voit jamais aucun flux, il n’y a jamais de lien entre la société et la matière réalisée « , confie un expert de la lutte contre la fraude fiscale.

Les fichiers du Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ) nous en ont fourni l’illustration : parmi la masse des documents confidentiels obtenus, nul état comptable, nul transfert de fonds, mais des milliers de factures de petits montants destinées à régler des intermédiaires financiers. Des documents anodins. L’essentiel est tenu secret sur des comptes non déclarés, souvent ouverts en Suisse…

Dans le cas de conflits familiaux, même devant les chambres civiles et la Cour de cassation, il est difficile pour l’administration fiscale d’obtenir des informations sur les biens. Résultat, résume un spécialiste :  » Si les gens refusent de coopérer, le fisc ne peut rien ! «  Tout juste l’administration peut-elle se tourner en dernier recours vers des tiers, notamment des cabinets de conseil privés, mais sans être dotée à cet effet de procédures administratives contraignantes, assorties de sanctions en cas de refus de communication des renseignements demandés.

 » Le mur de l’argent, voilà ce à quoi vous allez vous heurter ! « , nous avait prévenus un haut fonctionnaire international, alors que nous évoquions avec lui les débuts de notre enquête…

Un mur qu’ont érigé ensemble les institutions financières, les avocats d’affaires et les juristes, sous le regard longtemps indifférent, voire bienveillant, des grandes puissances internationales, pendant de longues années de dérégulation financière et de démantèlement des contrôles des flux de capitaux.

La moitié des paradis fiscaux sont sous pavillon britannique. Adeptes de l’optimisation fiscale, de nombreuses multinationales se sont fait une spécialité de tester le droit aux endroits de la planète les moins régulés.

Depuis 2009 pourtant, et ce fameux G20 de Londres où Barack Obama, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se sont accordés pour dénoncer l’évasion fiscale, les choses commencent à changer. Placés sous le feu des projecteurs, les paradis fiscaux sont contraints d’entrouvrir leurs portes, de faire évoluer leurs règles et d’établir des conventions fiscales aux normes internationales avec les autres pays, par lesquelles ils s’engagent à lever leur secret bancaire en cas d’enquête de la justice ou du fisc de pays tiers.

Mais certains territoires, comme Jersey, ont une application restrictive de ces accords, limitée à certains impôts. D’autres, comme les îles Caïmans, la Suisse ou Singapour, informent les tiers détenteurs des renseignements demandés, afin d’en permettre la contestation. Cela peut restreindre les échanges ou les retarder, et porter atteinte au secret des procédures françaises.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a promis d’établir une nouvelle liste noire des juridictions non coopératives, si ces conventions n’étaient pas appliquées dans les faits. Un exercice d’évaluation international est en cours…

Par ailleurs, en France, le travail du fisc a bénéficié d’au moins deux avancées ces dernières années : la création, en 2010, d’une police fiscale dont l’efficacité repose sur le recours possible à la garde à vue ; l’adoption, fin 2012, dans le troisième collectif budgétaire, d’une disposition autorisant l’administration à taxer à 60 % les sommes non déclarées placées à l’étranger, dont un contribuable refuserait de révéler l’origine. Ainsi, c’est incontestable, le travail conjointement mené par l’OCDE et Bercy aura fait sortir du bois une frange non négligeable de fraudeurs… Mais le véritable coup de balai dans les paradis fiscaux ne pourra être que politique et global.

Anne Michel

De la révolte fiscale des riches | Le Monde

Le Monde | 11 avril 2013

 

Ce fut un crime de lèse-République. Margaret Thatcher avait réussi à gâcher les festivités de François Mitterrand. Les idées anglaises ont précédé les Lumières, et à la veille des cérémonies pharaoniques du bicentenaire du 14 juillet 1789, la Dame de fer avait blessé l’orgueil français.  » Les droits de l’homme n’ont pas commencé avec la Révolution française « , piqua la défunte premier ministre, invoquant la Grande Charte de 1215, le Bill of Rights et la Glorieuse Révolution de 1688, qui marquèrent l’avènement de la monarchie parlementaire.

Margaret Thatcher eût été avisée de profiter des célébrations pour (re)lire l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme de 1 789. Nos pères révolutionnaires édictèrent un sage principe fiscal :  » Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. « 

Or, à cette époque, Margaret Thatcher introduisait sur son île la fameuse  » poll tax « . Cet impôt par capitation, qui réformait l’antique taxe d’habitation, traitait d’égale manière la reine en son château et la famille ouvrière dans sa cité minière. Un an et quelques émeutes plus tard, en novembre 1990, Margaret Thatcher était  » putschée  » par son parti, victime d’une révolte fiscale inédite. La Dame de fer s’est perdue, oubliant que chacun doit payer l’impôt selon ses capacités. Les pauvres comme les riches.

Deux décennies plus tard, François Hollande est à la merci d’une révolte fiscale. Une révolte bourgeoise et non pas populaire, à l’instar de la  » poll tax « , ou populiste, comme celle lancée par Pierre Poujade. Rappelons pour l’Histoire, qu’un jour de juillet 1953, dans le village de Saint-Céré, dans le Lot, le libraire papetier Poujade empêcha manu militari un contrôle fiscal sur des artisans et commerçants. Peu enclins à payer une taxe sur leur chiffre d’affaires qui les défavorisait par rapport aux grandes enseignes naissantes, ces derniers ne profitaient guère de l’Etat-providence mis en place à la Libération. Ils se sentaient exclus de la modernisation en marche et finirent par élire député un certain Jean-Marie Le Pen en 1956.

Non, la fronde du XXIe siècle est celle des riches. En 2009, le philosophe allemand Peter Sloterdijk avait joué les provocateurs, surpris que n’éclate pas la révolte.  » Cette acceptation par la quasi-totalité des populations du diktat de la fiscalité me paraît surprenante quand on songe que, pour la première fois dans l’Histoire, ce sont les riches qui paient en donnant la moitié de leur revenu chaque année, déclarait au Point Peter Sloterdijk. L’égoïsme bourgeois existe, mais la réalité est plutôt marquée par la générosité bourgeoise, et il faut le dire ! «  Il faut le dire vite, alors que sont révélés les agissements de Cahuzac et consorts, pris dans les paradis fiscaux d' » OffshoreLeaks « . La révolte a déjà eu lieu. Longtemps, on a nié l’existence de ces réfugiés fiscaux, fuyant, à partir de 1995, l’ISF, exception bien française, au montant déplafonné par Alain Juppé. Ils n’allaient pas loin : en Suisse, mais surtout à Londres et à Bruxelles. On ne les a pas vraiment pourchassés.

Impossible de sévir comme de Gaulle, qui annexa fiscalement Monaco en octobre 1962 en plaçant six douaniers aux portes du Rocher pour exiger que les Français y paient leur impôt. Au contraire. Depuis les années 1990, avec une liberté de circulation des capitaux devenue totale, l’Europe faisait entendre sa musique dissonante : que la France et l’Allemagne, paralysées par le coût prohibitif de leur Etat-providence, subissent une saine concurrence fiscale, se réforment, et le sujet pourra être rediscuté.

La crise financière est passée par là. Au G20 de Londres, en 2009, l’Europe fit mine de découvrir qu’elle abritait l’essentiel des paradis fiscaux de la planète. Les riches, dans la mythologie socialiste, sont devenus la cause de tous les maux. François Hollande les a attaqués avec des moyens oublieux des droits fondamentaux, telle la taxation punitive de 75 %, censurée par le Conseil constitutionnel. Trop tard, le sentiment d’injustice était là, qui produisit fin 2012 la révolte des  » pigeons « , entrepreneurs plumés avant d’être engraissés et le coup de sang de Depardieu.

Le scandale Cahuzac accentue le climat de guerre civile fiscale. Le fisc, naguère dirigé par le fraudeur en chef, est en quête de rédemption. Il s’annonce sans pitié. Déjà, le nouveau ministre du budget, Bernard Cazeneuve, ose demander à la presse de jouer les officiers de police et de lui fournir les fichiers  » OffshoreLeaks « .

Bercy ne va trouver que ceux restés en France. Rendez-vous est pris avec les classes moyennes-supérieures, ces riches dont François Hollande a dit qu’il ne les aimait pas, ceux qui gagnent plus de 4 000 euros par mois. Une droite  » ultra  » tente de les mobiliser dans des manifestations qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’opposition au mariage gay. Jamais ces  » riches  » ne se sont révoltés en France, pourtant championne des dépenses publiques. Logiquement : gratuité des meilleures écoles, hôpitaux remboursés à 100 %, culture subventionnée, le modèle républicain est très favorable aux classes supérieures.

Mais en temps de disette, il est dans le collimateur du pouvoir. Après avoir taillé dans le quotient familial, tenté d’introduire de légers droits d’inscription dans les classes préparatoires, l’exécutif veut couper les allocations familiales des plus aisés. La ligne de partage des eaux se trouve au revenu mensuel net de 4 300 euros. A ce niveau de salaire, un couple avec trois enfants touche 293 euros d’allocations… et cotise, par l’intermédiaire de son employeur, la même somme à la caisse d’allocations familiales. Tous ceux qui gagnent plus y perdent, avant toute réforme Hollande. On prédit le réflexe de ces familles aisées qui vont finir par trouver le système injuste et rejeter le système français.

 » Eh bien, que les pauvres se démerdent tout seuls !  » L’expression n’est pas la nôtre, mais celle de l’éditorialiste de Rue89, que nous n’oserions taxer, même en ces jours de deuil, de thatchérienne. Outre-Manche, David Cameron a, lui aussi, supprimé cet hiver les allocations pour les familles dont un parent gagne plus de 4 800 euros. Hollande dans les pas de l’héritier de  » Maggie  » ? Mieux vaut en rire.

Arnaud Leparmentier